mercredi 30 avril 2008

Mariages...

Il est beaucoup question du mariage, au Gobolistan, ces temps-ci.

Alors non, il ne s'agit pas du nôtre (il a déjà été célébré il y a bientôt 7 ans (déjà ?????) et tient bon la barre), mais de plusieurs autres : celui de ma petite soeurette Zabeth, qui sera célébré le 10 mai au fin fond de la Bretage, et ceux que nous préparons avec les jeunes couples de fiancés de Sélestat (sessions CPM, rencontres avec les couples à la maison, etc.).

Et là, il y a souvent des choses plutôt étranges que nous vivons...

Quand on parle de mariage religieux, j'entends par là mariage catholique, tout le monde voit de quoi il s'agit : cérémonie à l'église, belle robe blanche la plupart du temps, jolies fleurs, photos, alliances, et tout le folklore qui va avec.

Quand on demande aux couples pourquoi ils se marient à l'église, au mieux, ils disent que c'est parce qu'ils croient en quelque chose qui les dépasse, et que c'est important pour eux. Pour ceux-là, quand on creuse un peu, on se rend compte qu'ils ne savent pas bien comment exprimer ce qu'ils vivent, mais qu'ils mettent derrière le mariage religieux un contenu autre que le traditionnel "c'est plus long et plus beau que le mariage à la mairie" qu'on entend le reste du temps. Si ces jeunes ont le temps, si ça les interpelle vraiment, ils pourront tout à fait creuser cette question après le mariage, et donner du sens à celui-ci.

Seulement, ceux qui donnent cette réponse sont plutôt rares, ces derniers temps. En dehors du "c'est plus long et plus beau que le mariage à la mairie" déjà cité, on entend aussi des "c'est la tradition", ou bien "c'est la suite logique : on a été baptisés, on a fait notre première communion et notre confirmation, alors c'est normal qu'on se marie à l'église".

Et là, ça me fait un peu tiquer quand même. En quoi est-ce une suite "logique" ? Est-ce qu'on doit forcément inscrire à son "palmarès" personnel la totalité des sacrements ? A moins de devenir veuf un jour et d'entrer par la suite dans les ordres ou de devenir prêtre, c'est impossible d'avoir les 7 sacrements que sont le baptême, l'eucharistie, la réconciliation, le mariage, l'ordre, la confirmation et l'onction des malades. Sauf dans le cas cité plus haut, on ne peut recevoir que 6 des 7 sacrements. La logique dans ce cas-là est plutôt une vue de l'esprit, qui inclut sans doute non seulement le fait d'avoir été baptisé, d'avoir fait sa première communion et sa confirmation, mais aussi d'être en couple, de construire une maison, éventuellement d'avoir déjà un voire plusieurs enfants... quand ils ne le disent pas expressément : "c'est pour officialiser notre relation".

Certes. Cette relation de couple existe, les fiancés ont souvent un passé commun plus que conséquent (plusieurs années, plus de dix ans pour certains), mais pourquoi le mariage ? Pourquoi pas le Pacs, ou rester dans l'union libre ou le concubinage ?

Qu'est-ce que le mariage apporte de plus à ces couples ? Est-ce une question d'impôts ? De nom de famille pour les enfants ? De famille ? S'ils ont besoin d'officialiser par un engagement leur relation, est-ce à cause du regard et de la pression familiale ?

Toutes ces raisons sont à mon sens tout à fait valables, mais pour le mariage civil. C'est le mariage civil qui apporte au couple la "solution" pour les impôts, qui garantit un nom de famille identique pour toute la famille (même si la femme peut toujours décider de garder son nom seul, d'y accoler celui de son mari ou de le faire figurer avant celui de son mari, de même que ces noms de famille seront ceux des enfants, l'un, l'autre, ou les deux dans un sens ou l'autre). C'est aussi le mariage civil qui certifie aux yeux de la société l'union d'un homme et d'une femme. C'est lui qui l'officialise, puisque c'est le seul qui soit reconnu aux yeux de la loi, en tout cas en France. Alors quid du mariage religieux ? Qu'apporte-t-il en plus du mariage civil pour faire courir tant de monde à l'église ?

Le mariage civil et le mariage religieux engagent strictement à la même chose : dans le mariage civil, les époux s'engagent à la fidélité l'un envers l'autre, ils s'engagent pour le meilleur et le pire, ils s'engagent à une communauté de vie, ils s'engagent aussi à avoir un comportement responsable envers les enfants qui naîtront de leur union. Ils s'engagent librement à se soutenir mutuellement, à élever et à subvenir aux besoins de leurs enfants jusqu'à ce que ceux-ci soient capables de le faire eux-mêmes.

Le mariage religieux engage les époux à la fidélité, il les engage pour la vie. Les époux s'engagent aussi à être féconds, ils acceptent "la responsabilité d'époux et de parents", ils s'engagent à élever leurs enfants chrétiennement, et enfin, ils s'engagent librement, c'est-à-dire que la présence d'un enfant, ou bien la maison qu'ils construisent ne constituent pas des raisons de se marier. D'où à mon sens l'importance de ne pas être "trop" engagé l'un envers l'autre avant le mariage, pour pouvoir dire "non" le jour J si jamais on se rend compte que l'on s'est trompé. Sinon, où est la liberté ?

 

Les questions relatives au mariage telles que les présente l'Eglise sont plus larges que cela : l'Eglise propose non seulement un sacrement, mais également un "chemin de vie", dans la foi catholique. En ce sens, le mariage est un engagement exigeant. Parce que la dimension présente dans le mariage religieux, et absente du mariage civil, ce qui fait la différence entre les deux, outre que l'un est "officiel" et l'autre pas, c'est la dimension spirituelle, celle de la rencontre avec Dieu. Dieu est au coeur de l'amour entre l'homme et la femme, c'est lui qui a permis la rencontre entre cet homme et cette femme. Cette rencontre fait partie du plan de Dieu pour chacun d'entre nous. Il est omniscient et omnipotent, il sait tout, il voit tout, et il peut tout. Et dans le mariage, il s'engage aux côtés des fiancés. Les mariés ne sont pas seuls, Dieu s'engage avec eux.

 

Cela m'amène à une réflexion toute bête : la question de la foi. Parce que cet engagement religieux suppose donc qu'on croie en Dieu. Sinon, on demande à l'Eglise de célébrer un mariage où une personne dont on ne reconnaît pas l'existence réelle va s'engager avec les mariés. Il y a là une contradiction évidente qui fait que la question de la foi devient centrale dans la préparation au mariage : le postulat de départ a changé. Avant, on se mariait à l'église parce que c'était comme ça : tout le monde ou presque était croyant (et pratiquant, cela va de soi, de toute façon, il y a encore 40 ans, l'Eglise refusait le sacrement du mariage aux non-pratiquants), et donc, la question de la foi ne se posait pas puisque c'était une donnée de base. Aujourd'hui, les églises sont désertées le dimanche, mais les équipes de préparation au mariage préparent des couples à tour de bras : A Sélestat, notre équipe seule en prépare entre 75 et 80 chaque année ! Il devrait donc y avoir beaucoup de jeunes couples et de familles dans nos églises ! Mais où sont-ils, ces couples qui se sont engagés devant Dieu ?

 

La foi n'est plus une donnée de base : seuls ceux qui y ont réfléchi, ceux qui se sont approprié la foi qui leur a été transmise par leurs parents ou d'autres, ceux qui ont expérimenté LA rencontre avec Dieu croient réellement que Dieu est dans leur vie, que Dieu agit avec eux, qu'il les accompagne, qu'il les soutient au quotidien. Ceux-là croient que s'ils demandent, il obtiendront de Dieu ce qui leur manque dans leur vie.

"Cherchez et vous trouverez", "Demandez, et vous obtiendrez", "Frappez à la porte, et on vous ouvrira". Ces quelques phrases de l'Evangile disent bien que Dieu est un Père aimant, qui ne saurait rien refuser à ses enfants qu'il aime tant...

 

Alors aujourd'hui, quand nous sommes en session de préparation au mariage, nous devons faire attention à ce que nous disons. Nous ne devons pas "titiller" les couples que nous accompagnons : ce n'est pas notre rôle. Nous ne devons pas les pousser dans leurs retranchements et les mettre en face de leurs contradictions : c'est le rôle du prêtre. Nous devons les accueillir tels qu'ils sont, là où ils en sont.

Je suis d'accord avec cette dernière phrase : les accueillir tels qu'ils sont, là où ils en sont. Mais pas avec le reste. Parce que ces sessions seront sans doute pour eux le premier lieu où ces questions leur seront posées, ce sera sans doute le seul moment où ils se poseront pour aborder avec d'autres couples la question du "pourquoi" du mariage religieux. Si nous, couples animateurs, ne leur posons pas la question, si nous n'amorçons pas la réflexion, ils ne feront pas le pas tous seuls, pris qu'ils sont par le tourbillon de la vie quotidienne et des préparatifs du mariage. Ils devront attendre au mieux la discussion avec le prêtre, quelques jours avant la célébration, pour se poser les vraies questions sur un engagement qui va les "river" l'un à l'autre pour le restant de leurs jours : le mariage religieux est indissoluble.

 

Pourquoi ces questions sont-elles si importantes pour moi ? Finalement, qu'est-ce que ça peut me faire à moi, que ces couples se marient à l'Eglise ou non ? Et qu'ils le fassent pour les bonnes ou les mauvaises raisons ?

Pour moi, l'Eglise a un message fort à faire passer : accueillir tous et chacun, oui. Bien sûr. Donner un sacrement à tous, croyants ou non croyants : non. Parce que justement, le mariage à l'église est exigeant. Et pour ceux qui tentent au quotidien de le respecter, de vivre pleinement les engagements et les préceptes de l'Eglise parce qu'ils y croient, parce qu'ils croient que c'est un don de Dieu, et que c'est la plus belle chose qui puisse leur arriver, pour ceux-là, voir le mariage religieux, ce si bel engagement, vidé de son contenu parce que tout le monde, y compris ceux qui ne croient pas en Dieu, peut y accéder, c'est douloureux. Parce que du coup, l'engagement lui-même perd de son sens. Et si les autres, ceux qui s'assoient sur les préceptes de l'Eglise (notamment en ce qui concerne la cohabitation avant le mariage, les relations sexuelles, la contraception, la vie de foi dans le couple, la prière du couple, etc.), peuvent contracter cet engagement, c'est que l'Eglise ne lui donne pas ou plus sa vraie valeur, et elle devient illisible : comment être crédible quand on demande aux couples l'abstinence avant le mariage, quand on leur demande de ne pas utiliser de contraception, d'une part, et qu'on accorde le mariage à tous, y compris à ceux qui cohabitent, qui usent et abusent de la contraception ? Il devient alors décourageant d'essayer de "tenir" dans les épreuves, quand il devient si facile de divorcer et de demander ensuite l'annulation du mariage religieux pour en contracter un autre avec une autre personne...

Quel est le sens du mariage ? Que veut dire pour tous ces couples qu'il est "indissoluble", quand en session de préparation, on entend une jeune femme dire que si jamais elle divorce, elle sera heureuse du chemin fait avec cet homme qu'elle va épouser ? Que veut dire la fécondité, quand cet homme nous dit en session qu'il élèvera "humainement" ses enfants, et qu'il n'est pas question de les baptiser, alors que l'engagement du mariage, c'est justement de les élever "chrétiennement" et de leur transmettre cette foi qui est censée faire vivre ses parents ? Que veut dire la liberté, quand on entend que ces jeunes se marient à l'église parce que s'ils ne le font pas, leur mère, ou leur grand-mère, ne s'en remettrait pas ? Que veut dire la fidélité, quand la mariée passe la semaine qui suit le mariage avec son amant, invité au mariage bien sûr, et qu'elle quitte son nouvel époux pour ledit amant un mois après la cérémonie ?

 

Ce soir, j'ai une impression de dégoût. L'impression que ce magnifique engagement qu'est le mariage n'est pour beaucoup qu'un bel emballage cadeau, prétexte à faire la fête et à réunir famille et amis. Bien sûr que cet aspect du mariage est important ! Mais pourquoi fait-on la fête ? Parce qu'on est heureux et qu'on veut le dire à toute la Terre ! Parce qu'on est tellement comblé qu'on voudrait offrir une journée inoubliable à toux ceux qu'on aime et qui ont partagé avec nous cet immense moment de joie ! Là, chez un grand nombre de couples que nous rencontrons, j'ai l'impression que le mariage n'a pas de sens. Qu'il n'est qu'une "formalité" pour beaucoup d'entre eux : il fait partie des étapes normales : on s'installe ensemble, on fait construire une maison, on a un enfant, deux peut-être, et on se marie... Comme s'ils n'avaient aucune conscience de ce à quoi ils s'engagent... Alors de nos jours, on lit les "petites lettres" sur les contrats d'assurance, on s'engage pour 12 ou 24 mois (renouvelable par tacite reconduction) avec un opérateur de téléphonie mobile, mais quand on prend un engagement qui va décider de tant de choses durant toute la vie, on ne se pose même pas la question de savoir quels sont les termes du contrat ?

 

Ce que Jean-Luc et moi essayons de faire, c'est simplement de planter des graines. Peut-être que notre engagement permettra à ces jeunes fiancés de se poser les bonnes questions, et d'avancer. C'est en tout cas cette espérance qui continue de nous porter. Parce que la plupart de ces couples, nous ne les reverrons jamais. Nous ne saurons jamais ce qu'ils sont devenus. Nous prions toujours pour eux après la session, et après les rencontres que nous faisons à la maison, pour préparer le dossier administratif. J'aimerais croire que la rencontre qu'ils font avec nous quand ils viennent chez nous ou quand ils viennent à une session leur permet de dialoguer ensuite, entre eux, et d'avancer sur ce chemin de foi et de vie exigeant qu'est le mariage... Mais rien n'est moins sûr... Sans doute, pour beaucoup d'entre eux, ces discussions sont-elles oubliées dès le lendemain de la célébration du sacrement... J'ose espérer malgré tout que pour quelques-uns, les graines porteront du fruit...

 

samedi 12 avril 2008

Espèce de Cacahuète !!!

Depuis qu'elle est rentrée de classe verte-transformée en classe de neige (voir les épisodes précédents), Noémi a adopté une expression un tant soit peu bizarre.

Quand elle est en colère, quand elle est fâchée, contre son père ou contre moi, elle nous assène un "Espèce de cacahuète" tonitruant.

La première fois, ça fait bizarre, et c'était à la fois tellement drôle et tellement inattendu, que j'ai éclaté de rire. Noémi, qui comme tous les enfants de 5 ans presque 6, n'a pas du tout le sens de l'humour (ce qui, pour rassurer les parents qui me lisent, est entièrement normal paraît-il, puisque pour avoir le sens de l'humour, il faut être capable de rire de soi, c'est-à-dire d'avoir assez de distance avec soi-même pour se tourner soi-même en dérision, distance dont les jeunes enfants sont incapables), a pris la mouche, s'est mise à bouder, et à nous faire sentir que nous l'avions blessée profondément, moi, en particulier.

Evidemment, les mêmes parents cités plus haut savent qu'un enfant de l'âge de Nathanael, doué du langage, donc, apprend beaucoup par imitation et mimétisme. Donc, le lendemain, nous avons eu droit de sa part, dans une situation assez similaire à celle de la veille à un "Espèce de Caca" tout aussi tonitruant.

Re-explosion de rire côté parental, avec la question suivante : "Est-ce qu'il a raccourci volontairement ? A-t-il voulu répéter mot pour mot, et ne se souvenait-il plus de l'insulte de sa soeur ? Ou, puisqu'il sait ce qu'est le "caca", était-il conscient de ce qu'il disait réellement ?"

Nous l'avons corrigé : "Ce n'est pas "Caca", mais "cacahuète", l'insulte qu'utilise ta soeur. Et d'abord, on n'insulte pas les gens".

(seulement, nous avons autorisé ce "espèce de cacahuète", pour limiter les "vraies" insultes dont Noémi a commencé à émailler les conversations, histoire de lui laisser une porte de sortie, mais de ne pas encourager les "gros mots", "cacahuète" n'étant pas un gros mot à proprement parler).

 

Côté éducation, nous avançons donc à grands pas vers l'éducation qu'on pourrait appeler "partagée", c'est-à-dire au niveau où nous en sommes, influencée par les copains, l'école, le périscolaire, la garderie, la cantine, la télévision, les dessins animés pas forcément adaptés (et pourtant, nous faisons attention !!!), et celle que nous tentons de maintenir vaille que vaille, où on essaie d'inculquer à nos chers petits la notion de respect, d'obéissance, d'interdits...

Vaste tâche, qui, si j'en juge à ce que disent les clientes de l'institut de beauté où je suis en stage, est loin d'être terminée : nous n'en sommes pas encore à l'adolescence ! Ca s'annonce corsé...

Week-end de folie (bis !)

Après une soirée passée à maudire l'éducation nationale et à déblatérer sur la stupidité de certains enseignants (tous ne sont pas de cet accabit, heureusement !), nous avons passé une nuit tout à fait correcte, et le samedi matin, nous étions fins prêts pour le programme prévu, et annoncé au début du message précédent : NE RIEN FAIRE. Parce que cette activité devient tellement rarissime dans nos vies de stressés chroniques, que parfois, se programmer du "rien" comme activité principale tient de l'héroïsme, et du miracle quand en plus, le "rien" devient réalité.

Et là, ben le miracle n'a pas eu lieu.

Parce que du coup, le samedi, il a fallu se rendre à l'évidence : programmer "ne rien faire" un samedi, quand un des enfants rentre de classe "verte" et que l'autre est malade,  ce n'est pas une très très bonne idée, dans la mesure où elle est irréaliste...

Donc, le "rien" s'est transformé en lessive (3 machines en une journée, quand même), en cuisine (histoire de ne pas perdre les bons légumes bios apportés la veille au soir par le livreur (oui, ça, je n'en ai pas parlé, mais ça continue tous les vendredis)), et en bricolage pour Gobolof, qui du coup, s'est mis en tête de faire des étagères au deuxième étage, en face de la salle de bains, histoire de pouvoir ranger enfin les serviettes de toilette et le bazard du bureau (qui accessoirement se trouve au deuxième étage aussi, dans... notre chambre à coucher !).

Donc, le rien est devenu aussi, de mon côté, du rangement tous azimuts, et j'étais bien contente de n'avoir rien programmé de particulier : comment aurais-je donc pu le faire ????

 

De toute façon, ce n'était pas bien important, le rangement est un éternel recommencement, tout comme le ménage, et à ce titre, il peut parfois attendre un jour de plus sans que la terre ne s'arrête de tourner. Oui, mais voilà, Gobolof n'est pas vraiment de cet avis : quand le vin est tiré, il faut le boire, et quand les placards sont finis, il faut les remplir...

 

Qu'à cela ne tienne, demain est un autre jour. Et demain, justement, on change les plans habituels : nous irons à la messe de 9h30 au lieu de 11 heures, ce qui nous permettra d'être à l'heure pour le déjeuner chez nos amis de Morschwiller-le-Bas, à un peu plus d'une heure de route de Sélestat.

 

Dimanche matin, donc, nous nous réveillons de bonne heure, et (presque) de bonne humeur. Pour découvrir quelques minutes plus tard que Nathanaël est de nouveau couvert de boutons, mais pas les mêmes que ceux du jeudi précédent. Non, ceux-là sont rouges, avec une sorte de poche au milieu, comme un bouton d'acné, mais rempli non de sébum ou de pus, mais d'un liquide transparent. Bon sang ! LA VARICELLE ! (et ça, c'est contagieux !!!)

Je saute sur le téléphone : "Allo Sandrine ? Oui, c'est juste pour te poser une petite question, là, pour aujourd'hui, j'ai un petit souci : Nathanaël sort d'une conjonctivite (je vous avais passé l'épisode précédant le précédent épisode, celui où il avait les yeux collés, et où il a refilé la conjonctivite à Rébecca (puisque la conjonctivite, c'est très, très contagieux), puis à Jean-Luc, pour la récupérer par la suite, et là, on ne savait plus trop si on en était sortis ou pas, vu que ça coulait par intermittence chez plus ou moins tout le monde), et il vient de commencer la varicelle : qu'est-ce que tu en penses vis-à-vis de tes 4 enfants à toi ?"

Réponse de Sandrine : "La varicelle, je m'en fiche, les miens l'ont tous eus, par contre, la conjonctivite, je préférerais ne pas y revenir, on en sort à peine..."

Décision fut donc prise de reporter notre visite pour un jour où il n'y aurait plus de conjonctivite (sachant qu'on l'a programmée pour le 20 avril, et que la varicelle est contagieuse pendant au moins 8 jours, et que donc, il y a des chances que les filles suivent derrière, à plus ou moins long terme, mais que là, ce sera au petit bonheur la chance, et que de toute façon, ça ne nous empêchera pas d'aller à Morschwiller-le-Bas...).

Cette question étant réglée, nous avons, comme deux ratcheuses* que nous sommes, abondamment "ratché" sur les conditions de l'expulsion de Nathanaël (la pilule est quand même dure à avaler...). Mais évidemment, Sandrine étant elle-même prof, elle a fini par prendre le parti des fonctionnaires de l'éducation nationale, en me faisant remarquer très justement d'ailleurs, que certains syndiqués profitent de leur statut de syndicalistes pour être tout le temps en congé syndical ou en grève, et pour n'en faire pas une... Et de mon côté, je suis fille de fonctionnaire et petite-fille d'enseignante, je suis donc bien placée pour savoir que certains profs bossent, et que tous les fonctionnaires ne sont pas des tir-au-flanc. Seulement, pour côtoyer des fonctionnaires, justement, je sais aussi que certains cumulent le statut de fonctionnaire option glandeur, avec le statut de syndicaliste mention gréviste. Et là, quand on en voit qui les accumulent, ça ne redore pas vraiment le blason de la fonction publique, qu'elle soit territoriale ou d'Etat d'ailleurs. Surtout quand en plus, on assiste dans le train à des scènes surréalistes, où des instits rentrant de "journées pédagogiques" (traduisez "journée glandouille" pour certains), se refilent les noms et adresses de médecins généralistes complaisants acceptant de donner des congés de maladie (puisque là, il ne s'agit plus d'arrêts de travail pour cause de santé, mais de réels congés de complaisance), et l'une motivant l'autre en lui disant qu'après-tout, les trois jours pour enfant malade, elle ne les a pas pris, et que ce n'est pas normal, que puisqu'elle y a droit, elle n'a qu'à aller voir son médecin pour qu'il lui fasse un certificat (situation véridique, dont votre serviteur et auteur de ces lignes est elle-même témoin).

On a fini par se mettre d'accord, elle par convenir que crier au loup quand un enfant a des joues rouges et se mettre en arrêt maladie, c'est de l'abus, et moi par approuver le fait qu'il y a aussi des glandeurs dans le privé... (mais franchement, d'après ce que j'ai pu un peu observer, il semble qu'il y en ait légèrement plus dans la fonction publique, na !)

Finalement, la journée "Rien", ce fut le dimanche, si on peut appeler "rien" le fait de soigner comme on peut un enfant atteint d'une varicelle costaude (vésicules sur tout le corps, démangeaisons importantes, fièvre impressionnante). Le flacon d'Advil y est presque passé en entier... avant que le médecin ne m'apprenne le lundi matin que l'Advil est déconseillé en cas de varicelle, et qu'il faut donner du Doliprane... Quand je vous disais que je ne suis pas médecin !

 

Le lundi, fin du week-end de folie. Je dépose Noémi à l'école, et vais voir ensuite l'instit de Nathanaël. Chose bizarre, je vois un certain nombre d'enfants de sa classe qui repartent, accompagnés de leurs parents... et j'apprends en entendant les enfants parler dans les couloirs que "la maîtresse n'est pas là parce qu'il y a un enfant malade et que la maîtresse est malade et que son bébé est malade aussi".

Limite furieuse, je me dirige à grands pas vers la salle de classe, pour trouver l'atsem qui me dit "Nathanaël n'a pas classe ce matin, sa maîtresse est toujours en arrêt de travail".

Je la corrige illico : "Non, Nathanaël n'a pas classe aujourd'hui, ni toute la semaine, parce qu'il a la varicelle. Donc, voici le certificat pour la semaine dernière, où il n'était pas contagieux. Maintenant, il l'est, mais ça n'a rien à voir, c'est la varicelle, pas le parvovirus B19. Donc la maîtresse n'est pas malade, et elle n'a aucune raison de ne pas venir vous pouvez le lui dire de ma part".

 

J'ai appris ce matin qu'elle n'est toujours pas rentrée. Ce sont les vacances, c'est vrai, mais elle n'est pas revenue du tout, malgré le certificat de lundi matin... Je vous laisse méditer là-dessus...Rire

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* En bon alsacien, une "ratcheuse" est une bavarde, qui peut se doubler d'une commère.

 

lundi 31 mars 2008

Week-end de folie !!!


Alors comme d'habitude, le week-end dernier aurait pu être réjouissant : au programme, nous avions prévu :

Rien le samedi (une fois n'est pas coutume !)

aller chez des amis le dimanche, la première fois depuis leur déménagement il y a maintenant plusieurs mois, la première fois aussi depuis la naissance de leur 4ème (Tiphaine, née le 1er août, si Alzheimer ne m'a pas encore atteinte).

Or, vous vous en doutez bien, sinon je ne serais pas là à écrire ces lignes, les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu.

 

En réalité, le désastre s'annonçait déjà dès jeudi soir. Je suis allée à Paris le 27 mars, et j'y ai retrouvé Emilie (Pearl-of-Light pour ceux qui fréquentent le site Yoko (voir dans les liens)), et j'ai eu aussi l'immense joie de rencontrer Valérie (Val sur le même site). Après un petit déjeuner sympathique à refaire le monde et à essayer de prévoir notre week-end à Bruges, je suis partie à ma réunion au CNAM. Tout s'est bien passé, et à part le retard de 10 minutes à l'arrivée du train le matin, je n'ai rien eu à déplorer ce jour-là : pas de manifestations, pas de suicides dans le métro, pas de problèmes de correspondances, bref, tout semblait bien se passer. Je suis arrivée à l'heure à la gare pour mon retour en Alsace, et coup de bol, le train était à l'heure à Sélestat aussi !

Et là, les choses ont commencé à doucement se gâter.

Tout d'abord, Gobolof m'avait promis d'être à la gare à 19h11 pour venir me chercher. Je ne le lui avais même pas demandé, il m'avait simplement dit qu'il voulait être là. Mais c'est que c'est une bonne idée, ça !

19h12 : je sors de la gare : pas de Gobolof. Pas grave, il va arriver ! J'attends !

19h15 : toujours personne. Bon, ça ne fait que 4 minutes de retard, ce n'est quand même pas la catastrophe !

19h17 : j'appelle Vincent, le frère de Gobolof, pour savoir si lui sait quelque chose (parce qu'en fait, je ne peux pas appeler Gobolof lui-même : c'est moi qui ai son téléphone !). Et là, Vincent me dit gentiment : "Mais si, je sais où il est ! Il est chez le médecin, Nathanaël a des boutons, et la maîtresse a appelé pour qu'on vienne le chercher parce qu'il est contagieux, et alors ils n'ont pas le téléphone de Jean-Luc, donc ils m'ont appelé, et comme je n'étais pas avec Jean-Luc, il n'a pu aller le chercher qu'à plus de 17 heures, et il est parti chez le médecin, et il n'est pas encore rentré."

Pas très clair, tout cela, si ce n'est que comme d'hab', Gobolof gère, et que je n'ai plus qu'à rentrer à pieds. Et puis, peut-être qu'entre temps, ils seront rentrés : le médecin ferme à 19 heures...

19h27 : je suis devant la maison, et y'a personne. Pas de voiture. Donc, puisque le médecin n'est pas là non plus (j'ai appelé à son cabinet), ben c'est qu'ils sont en route, vu que la pharmacie, à cette heure-là, doit elle aussi être fermée. Vont pas tarder.

19h28 : j'appelle maman parce que je viens de voir dans la boîte aux lettres que Popi est arrivé pour BBK : l'abonnement se terminait donc en Avril et pas en Mars, il faut donc le faire repartir à partir de Mai, et pas d'Avril. Et "au fait, Nathanaël est malade, sans doute la varicelle, je te tiens au courant". Je raccroche, et hop ! qui je vois arriver ? La voiture ! Donc, forcément, Gobolof, Gobolovitch et BBK aussi (Gobolovna est en classe verte-devenue-classe-de-neige jusqu'à vendredi !).

 

Explications de Gobolof : « C’est pas la varicelle ! C’est de l’eczéma ! »

Bref, on fait du neuf avec du vieux, quoi ! On pourrait dire aussi « Rien de nouveau sous le soleil », ce serait pareil. Parce que l’eczéma, au Gobolistan, on connaît bien. Avec Gobolovna, d’abord, on en a pris pour un an, et on en a été sauvés par la Canicule (vous savez, celle qui a fait environ 15 000 morts en France en 15 jours ? Ben au Gobolistan, elle a eu un effet inattendu et tout à fait bénéfique, en asséchant la peau et en faisant disparaître l’eczéma !).

Ensuite, on a remis ça avec Gobolovitch, en plus fort, plus long, encore plus étendu (si c’était possible !) et encore plus suintant (ça aussi, je n’aurais jamais pensé que ce fût possible…).

Parce que l’eczéma de Gobolovitch, il était non seulement atopique, comme celui de Gobolovna, mais également allergique ! Chouette !

Donc, de l’eczéma. Ouf. Rien que nous ne sachions soigner et gérer, en fait. J’étais presque déçue que ce ne soit pas la varicelle !

Et Gobolof poursuit : « Et puis la maîtresse, elle disait qu’il était contagieux » (Ben bien sûr que non, puisque c’est de l’eczéma, c’est donc pas du tout contagieux).

Ok, donc, pour demain, y’aura qu’à la rassurer, et il pourra retourner à l’école ! C’est que je travaille, moi, demain !

 

La journée de jeudi, qui aurait pu si mal se terminer, a donc fini paisiblement, et Gobol s’en est allée au lit, rassurée, certaine que tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes dès le lendemain.

Mais voilà…

 

8h15, vendredi matin : Gobolof est parti avec Gobolovitch et BBK à 8h05, pour déposer Gobolovitch à l’école. Et il téléphone : « Amélie, la maîtresse elle dit que Nathanaël est contagieux et qu’il faut un certificat du médecin pour qu’il puisse retourner en classe ! Attend, je te donne le nom du virus pour qu’il puisse faire le bon certificat : c’est le Parvovirus B19, il paraît qu’il est dangereux pour les femmes enceintes, et que c’est pour ça que la maîtresse est partie, hier, et elle ne reviendra que quand ils auront le certificat pour Nathanaël ».

Ben voyons. Et ils pensent qu’un certificat, ça se trouve dans une pochette surprise ?

Le problème, c’est que du coup, Nathanaël a été exclu de l’école jusqu’à l’obtention du certificat en question. Va donc falloir faire quelque chose.

 

8h17 : j’appelle le service de l’éducation : « Madame, je vous appelle parce que Nathanaël est interdit d’école à cause du Parvovirus B19. C’est quoi ce délire ? » « Ben je ne sais pas, madame Platz, faut vous adresser à l’éducation Nationale. Mais je note qu’il ne sera pas à la cantine, c’est ça ? » « Ben oui, puisqu’il n’a pas le droit d’aller à l’école ! Et c’est légal, ça ? » « J’en sais rien, faut voir avec l’Education nationale ».

8h19 : « Allo docteur ? Je suis désolée de vous déranger, mais Nathanaël, c’est bien de l’eczéma, qu’il a ? » « Ben oui, pourquoi ? » « Parce qu’il a été refusé à l’école sous prétexte qu’il est contagieux, et ils veulent un certificat comme quoi il n’a pas le Parvovirus B19 ! » « Bon sang, c’est qui le médecin, ici ? Eux ou moi ? C’est pas contagieux l’eczéma ! et c’est pas non plus dû à un virus ! Mais on est en plein délire, là ! » « Ben je suis bien d’accord avec vous, moi, mais il leur faut un certificat, sinon, il ne pourra pas retourner en classe ! »

« Attendez, je me renseigne et je vous rappelle ».

 

8h30 : j’appelle l’école : « Bonjour, je voudrais parler à la directrice, s’il vous plaît » « La directrice est en classe verte » « Ah oui, c’est vrai, ma fille est avec eux. Bon, je vous appelle à propos de Nathanaël Platz » « Je vous passe sa maîtresse ! » (l’autre, parce que l’enseignante de la partie allemande est en arrêt de maladie, là, j’ai droit à l’enseignante française).

« Bonjour Madame Platz ! Oui, il faut un certificat pour Nathanaël » « Mais c’est que je ne peux pas vous donner de certificat, moi ! Je ne peux pas aller chez le médecin tous les jours : hier, il nous a dit que c’était un eczéma, et l’eczéma n’est pas contagieux, et puis, je suis sûre que c’est ça, ça va déjà mieux avec la crème qu’on lui a donnée. » « Vous savez, madame, je l’ai vu ce matin, et il avait toujours les joues aussi rouges qu’hier ! » (c’est ça, traitez-moi de menteuse, pendant que vous y êtes !)

« Non, ça va mieux, il n’a plus rien sur les jambes, le ventre… et puis, vous savez, l’eczéma, je sais ce que c’est, et là, c’est rien, c’est atopique, ça peut récidiver pendant plusieurs années, mais ce n’est pas contagieux ! » « Peut-être, mais il faut un certificat ! » (bon, ça va, j’ai compris…)

« Au fait, c’est quoi, ce « parvovirus B19 ? Ca sort d’où, ça ? »

« Ben c’est un virus tout à fait bénin chez les enfants, mais qui provoque des fausses couches chez les femmes enceintes au cours du troisième trimestre, et comme l’autre maîtresse connaît, elle a demandé conseil à son médecin traitant, qui a préféré l’arrêter pour lui éviter de prendre des risques… »

etc, etc.

 

Bilan du coup de fil : le certificat médical est obligatoire, sans cela Nathanaël n’ira plus en classe.

Je rappelle le médecin, qui voit rouge et me dit qu’il ne peut pas le faire, parce que pour le faire, il faut que je revienne avec Nathanaël, qu’on fasse des prélèvements, qu’on envoie le tout à Lyon pour les faire analyser, et que ça prendra une semaine au bas mot pour avoir des résultats, et que zut, y’en a marre des enseignants !

Vous en faîtes pas, docteur. Vous pouvez peut-être faire un certificat comme quoi la maladie qu’il a n’est pas contagieuse ? Comme ça, ça vous évite la paperasse, ça nous évite les prélèvements, l’attente, et à l’école, ils auront le certificat demandé, et il pourra retourner en classe demain ?

Il est d’accord, alors on est parti comme ça.

 

9 heures : il est temps que je me prépare pour aller à mon stage : c’est dans 45 minutes.

Allez zou, séquence maquillage, je me fais belle, et à 9h15, je suis prête. Je dois faire vite : je voudrais passer à la pharmacie pour aller chercher un nouveau tube de crème pour Nath, et au service de l’éducation pour inscrire Gobolovna au CP. Y’a pas de temps à perdre !

Je descends, et au moment où je veux sortir : pas moyen, la porte est fermée à clé ! Et où est la clé ? Pas là ! Chouette ! Je suis enfermée à la maison ! Et bien entendu, pas moyen d’appeler Jean-Luc : la veille, Vincent lui a donné un nouveau portable avec un nouveau numéro, parce que François partait en livraisons, et qu’il avait besoin du téléphone, et que Vincent aussi partait en livraisons, et qu’il avait donc lui aussi besoin du téléphone, et que jusqu’à présent, ils avaient réussi à se débrouiller avec seulement deux téléphones pour trois, mais que là, un troisième était devenu indispensable. Sauf qu’il avait oublié de nous donner… le numéro ! Impossible de joindre Jean-Luc.

J’appelle donc Vincent, puisque François (le père), est injoignable sur l’ancien numéro de Jean-Luc (le téléphone que j’avais la veille à Paris !). Et là, il me dit qu’il n’est pas du tout à Sélestat, qu’il ne peut pas m’aider, qu’il n’a pas le numéro de Jean-Luc sur lui, et que je n’ai qu’à passer par la fenêtre !

 

Après avoir vérifié, je me rends compte que, pour bête que ce soit, c’est néanmoins la seule chose possible. Je prends donc mon courage à deux mains, et j’ouvre la fenêtre. Premier problème : atteindre le balai qui se trouve debout, à droite de la table de jardin qui se trouve sous la fenêtre. Après quelques contorsions, j’arrive à attraper le balai, et je peux alors soulever un côté de la table pour enlever l’eau qui stagne dessus (vous savez, il a neigé en début de semaine, et l’eau qui stagne, ce sont les restes !). Je remets mes chaussons, parce qu’il est hors de question que je descende en chaussettes, et commence à tenter une sortie. Et que faire si la clé n’est pas dans la poche de ma veste ? Comment rentrer ? Comment fermer la fenêtre ? Comment appeler l’institut pour dire à Frédérique que je ne peux pas venir ? On verra après. Pour l’heure, j’ai réussi à sortir, à escalader le mur, à descendre sur la table en plastique qui miracle, ne s’est pas cassée (je suis donc moins lourde que je ne le pensais ???), à descendre de la table, et hop, sans perdre mes chaussons, à ouvrir la porte extérieure provisoire (celle qui ne ferme pas), à ouvrir la penderie dans le vestibule, et ô miracle, mes clés sont dans ma poche : J’ouvre la porte d’entrée, retourne dans la cuisine pour fermer la fenêtre, récupère mon sac, vite, ma veste, mes chaussures, et c’est parti. Je n’aurai pas le temps pour le service de l’éducation, mais la pharmacie, ça devrait être possible !

 

Et bien non. Parce que je croise Claire-Marie. Et on commence à papoter. Et au bout de quelques minutes, je me rends compte que si je n’active pas, ce n’est pas la peine d’y aller ! Je vais être en retard !!!

9h45 pétantes : me voici à Soleil Beauté, l’institut de beauté où j’effectue mon stage pour préparer le CAP. La journée a commencé il y a moins de 3 heures, et j’ai déjà l’impression d’y être depuis une éternité…

Heureusement, le stage se passe bien. Le premier soin n’est qu’à 10 heures, ce qui me laisse le temps de me poser, et le deuxième à midi, ce sera fini vers 13h30, reprise à 15 heures.

Pendant la pause, je découvre trois messages sur le répondeur : l’un de Jean-Luc, inquiet à propos de cette histoire de clés, à 9h30 (je devais être partie depuis moins de 3 minutes…), le deuxième vers 10h45, le médecin pour me dire que le certificat est prêt, ainsi que l’ordonnance, que Jean-Luc a oubliée la veille au cabinet médical, et le troisième de Jean-Luc, à 13h36, étonné que je ne sois pas encore rentrée (mais mon chéri, il me faut au bas mot 10 minutes à pieds, minimum, pour rentrer, et je finissais à 13 heures 30, mais j’en ai profité pour aller d’abord au service de l’éducation qui ouvre à 13h30, inscrire d’une part Noémi au CP, et d’autre part les deux grands au centre de loisirs pendant la première semaine des vacances de printemps, puisque je dois faire un stage…, et puis ensuite, je suis passée à la pharmacie pour les médicaments de Nath, et donc, je suis rentrée vers 14h15, j’ai donc maxi ½ heure pour manger, heureusement qu’il y a encore des choses à réchauffer pour midi, ça devrait suffire).

 

Je rappelle néanmoins Jean-Luc, histoire de le prévenir pour le certificat, parce que Noémi rentre ce soir de classe verte, et que je ne pourrai pas être partout, alors tant qu’à faire, s’il peut passer chez le médecin avant de rentrer à 17h30, ce serait bien…

 

18 heures, je suis de retour à la maison. Et là, bien sûr, je me dis que je suis à la bourre, puisque l’heure de retour de Noémi, c’est… 18 heures ! Eh ben non ! Pour une fois, je suis contente du retard : 18h15, ça suffit ! Chouette ! Un pipi, et c’est reparti pour un tour, direction l’école, cette fois. Allez, en voiture, Simone !

18h30 : tout le monde est enfin réuni, et Noémi nous raconte les péripéties de la classe verte transformée par la météo en classe de neige depuis mardi (50 cm en hauteur, fallait pas les rater !)

 

20h : les trois zouaves sont au lit, on va peut-être pouvoir passer une soirée en amoureux ?

(la suite au prochain épisode).


 

lundi 24 mars 2008

Pâques !

 

je m'y prends une fois de plus un chouia trop tard, mais le coeur y est :

Je vous souhaite à tous de belles et saintes fêtes de Pâques !

Ou plutôt, je souhaite que vous ayiez tous passé de très belles fêtes pascales.

 

Que vous ayiez bien mangé, que vous ayiez pu retrouver ceux que vous aimez, passer de belles journées avec eux.

Pour ceux qui y croient, je voulais partager avec vous la joie qu'ont été pour moi ces journées, et comme chaque année, la grande joie d'entrer dans cette fête par la célébration de la Sainte Cène.

J'ai eu la grâce aussi de vivre le sacrement de la réconciliation, et j'ai pu ainsi vivre pleinement la journée du Vendredi Saint, dans le recueillement, et sans, pour une fois, me battre en permanence avec les enfants.

Samedi a, comme tous les ans, été une journée de silence (relatif, la vie continue !) et de préparation, du moins le matin. J'ai pu trouver le temps de faire les Lammala pour toute la famille (sauf pour Rébecca, un peu trop petite, mais ce sera pour l'an prochain), soit quatre en tout. J'ai aussi pu préparer un flan pour l'après-midi (pas encore Pâques, mais déjà de la visite !) et nous avons eu la joie de recevoir ma grand-mère, ainsi que deux de mes tantes, trois de mes cousins, et une des nombreuses arrière-petite-filles de ma grand-mère ! Au menu de l'après-midi : papotage, gâteau, vin et jus de fruits pour les enfants, maquillage pour ma grand-mère (venue aussi pour me servir de cobbaye, donc), épilation des sourcils d'une de mes cousines, et du coup, trois cobbayes de plus (ma tante, et ses deux filles !)

Le soir, j'étais de service pour la Vigile Pascale. Les enfants étant trop petits et un peu trop turbulents aussi, Jean-Luc a fait du baby-sitting pour la deuxième année consécutive (promis, mon chéri, bientôt, nous pourrons y retourner en famille !). La messe était très belle, très priante, sans fioriture, mais très joyeuse !

Dimanche, re-belotte : messe à 11 heures, avec les enfants cette fois. mais contrairement à la messe du Jeudi Saint et à celle du Vendredi Saint, un temps de partage de l'Evangile était prévu pour les enfants de maternelle, ce qui a permis à nos deux grands de mieux suivre ce qui se passe pendant ces journées. Restait le problème de BBK, qui n'a rien de mieux à faire que d'explorer l'église dans tous les sens ! Depuis qu'elle marche, il faut qu'elle aille partout !

Vendredi, elle a réussi à faire tomber la Croix, le Crucifix de Saint Damien qui devait être exposé devant l'autel à la fin de la célébration. J'ai pu voir que BBK n'avait rien, j'ai alors eu peur pour la croix...

Dimanche, elle a jeté son dévolu sur les lumignons, pile-poil à sa hauteur dans le présentoir !

A la fin de la messe, nombreux étaient ceux qui se demandaient s'il fallait se souhaiter une belle fête de Pâques ou... un Joyeux Noël ! Il a neigé toute la matinée !

 

L'après-midi, nous avons enfin pu nous retrouver un peu seuls Jean-Luc et moi, avant d'aller chez mes beaux-parents pour la traditionnelle chasse aux oeufs ! Le lièvre de Pâques a donc bien déposé les oeufs en chocolat, et chacun des trois zouaves Goboloviens a pu retrouver le paquet qui avait été déposé pour lui. Puis, nous avons eu la surprise de voir débarquer le frère de Jean-Luc avec femme et enfants, ce qui a encore augmenté d'une part le volume sonore ambiant, et d'autre part le bazar dans la maison. Mais c'est vrai que 5 enfants entre 1 et 5 ans, ça déménage !

 

Profitez bien de cette belle journée fériée en famille ou entre amis !

 

Et n'oubliez pas !

 

Le Christ est ressuscité !

Il est vraiment ressuscité !

 

mardi 18 mars 2008

Semaine Sainte

Ca y est ! Nous sommes entrés depuis Dimanche dernier dans la Semaine Sainte.

Je ne vous ferai pas l'affront de vous expliquer ce qu'est la Semaine Sainte : même les non croyants, en général, savent à quel point ce moment de l'année peut être important pour les chrétiens : on en parle même sur TF1...

Mais cette semaine, c'est aussi une semaine intense de stress, notamment quand on s'est engagé auprès de la paroisse en tant qu'animateur/animatrice/chef de choeur/organiste (rayer la mention inutile).

Parce que voyez-vous, la Semaine Sainte, c'est certes, comme toutes les semaines, une messe par jour (oui, il y en a qui y vont tous les jours, et pas uniquement le dimanche), mais comme c'est une semaine particulière, ce sont des messes particulières. Par exemple, pour 2008 (comme chaque année, d'ailleurs, me direz-vous), nous avons la Semaine qui commence par la Messe des Rameaux (ça, c'était dimanche dernier). Puis, le lundi, il n'y a pas grand'chose de particulier, ni le mardi non plus, d'ailleurs, si ce n'est des célébrations pénitentielles collectives, histoire de se préparer spirituellement aux événements à venir, et le mercredi, les grandes festivités commencent : messe chrismale à la Cathédrale (bon, là, d'accord, c'est pas évident pour nous). Le Jeudi, ça se corse un tout petit peu : c'est la célébration de la Cène, le dernier repas du Christ, moment où Il nous fait don de l'Eucharistie (personnellement, pour moi, la messe du dimanche est une véritable nourriture, au sens propre (la communion) comme au figuré (la Parole). La messe du Jeudi Saint est donc particulièrement importante, puisque c'est l'institution du don que Jésus nous fait de son corps et de son sang). Le Vendredi, c'est la célébration de la Passion du Christ : C'est le jour où Il meurt sur la croix. Moment intense et grave, où l'on fait silence (les cloches ne sonneront plus jusqu'à la Résurrection), et en Alsace, c'est particulièrement important, puisque héritage protestant oblige, on a en plus droit à un jour férié (pas moyen d'oublier, quoi !). Le samedi, on a droit à deux messes, si on veut : la messe du jour (comme tous les autres samedis), et la Vigile Pascale, le soir. Et là, c'est carrément la fête : le Christ est RESSUSCITE ! Rien que ça ! Si, si, il était mort, et il est Vivant ! Pour nous, et jusqu'à la fin du monde ! (bon, alors c'est vrai qu'expliquer ça aux enfants, ça peut paraître un peu compliqué, mais bon, pour l'instant, ils ne posent pas trop de questions, sans doute parce qu'ils ne semblent pas être encore bien conscients de ce qu'est réellement la mort...). Et le dimanche c'est la grande fête de Pâques.

 

Voilà pour le côté "religieux". Parce qu'il y a l'aspect stressant. Par exemple, pour le Jeudi Saint, c'est à mon tour d'animer la célébration. Et ben c'est pas gagné ! Parce que là, on est mardi soir, et je n'ai toujours pas le déroulement définitif de cette célébration (je l'ai préparée toute seule, et j'attends donc les modifications de notre curé... qui ne semble pas bien pressé de me faire ses observations !). Mais il y a pire. Samedi soir, pour la Vigile, les deux chorales rescapées plus mes ex-choristes chanteront, sous la direction des deux chefs, alternativement. Répétition ce soir, mais sans l'une des deux chefs ! Elle est partie pour la semaine, et rentrera en fin de semaine (mais quand ? That's the question of the day !). Autre sujet de préoccupation : notre curé (encore lui !) m'a gentiment demandé de chanter les psaumes qui seront comme un écho à chacune des lectures de la célébration. Oui, mais lesquels ? A l'heure qu'il est, il ne m'a toujours pas donné d'indications précises (ni les psaumes en question, ni les mélodies, ni les textes...). Heureusement, l'organiste est encore plus stressé que moi, et il m'a appelée ce soir pour me demander de lui donner les textes, afin qu'il sache exactement comment jouer sur les psalmodies. Il a été sidéré d'apprendre que je n'avais même pas le "programme" (oh que je n'aime pas ce terme quand il s'agit de la messe... ce n'est pas un concert !), et que je ne savais même pas ce que je devais chanter. Du coup, c'est lui qui m'a transmis ce qu'il avait, c'est-à-dire le déroulement précis, les titres des chants, et les partitions pour les trois psaumes. Et là, surprise ! Ce ne sont pas deux, mais trois psaumes, et uniquement des chants que je ne connais pas ! Chouette ! En plus, va falloir les travailler ! Bon, pas de panique, j'ai le temps, demain, entre 9h30 et 10h30, d'aller au presbytère "sonner les cloches" de notre curé pour obtenir des explications, des éclaircissements, et surtout des partitions complètes, comprenant non seulement la musique, mais aussi les paroles...

 

L'autre aspect de Pâques, ce sont les traditions culinaires alsaciennes. Parce qu'ici, il y a un petit truc que je n'ai jamais rencontré ailleurs : le Lammala. Le Lammala est un agneau en biscuit confectionné le samedi saint, et consommé exclusivement le matin du dimanche de Pâques. Et comme je me dois, ayant épousé un Alsacien pure souche, de me mettre aux coutumes locales, j'ai pris le parti de faire les Lammalas à la maison (parce que bien entendu, on peut les acheter, mais honnêtement, ce n'est pas pareil, et c'est bien plus cher...). En ces temps difficiles où le pouvoir d'achat des Français, des Alsaciens et des Goboloviens est mis à mal, ce n'est pas un aspect à négliger. Mais le Lammala n'est pas la seule tradition. S'y ajoute aussi le Pain de Pâques. Depuis quelques années, c'est-à-dire depuis mon arrivée à Sélestat, je me fais livrer tous les ans ce pain, confectionné uniquement le Samedi Saint, tout comme le Lammala. Et en plus, ça fait travailler une association à caractère social locale, et ce n'est donc pas plus mal (et encore en plus en plus, c'est carrément bon, donc on ne va pas refuser de se faire du bien, et de faire du bien aux autres, ce serait parfaitement stupide, non ?). Autre tradition, mais celle-là semble être répandue bien au-delà de l'Alsace et du Gobolistan : la chasse aux oeufs, et sa variante, la livraison du lapin de Pâques, qui tient à la fois de la visite familiale et du Père Noël à Pâques. Chez nous, ou plutôt dans la famille de Gobolof, cela se traduit invariablement par un défilé des frères, parents et oncles côté Platz. Et là, c'est la débauche, l'avalanche, à croire qu'il y a  un concours, dont le gagnant est celui qui apportera le plus gros lapin en chocolat... Je vous avouerai que c'est l'aspect qui me plaît le moins là-dedans : que faire de trois lapins de 60 cm de haut chacun ??? et que faire quand ça se multiplie par trois parce que trois enfants, puis par 5, parce que chacun y va de son cadeau (les deux frères de Gobolof, ses parents, son oncle et sa grand-mère) ? Et comme ce serait mal vu que nous ne rendions pas la pareille, ben on est bien obligés de s'y mettre aussi... Mais je me refuse à la surenchère. Donc, ici, c'est un budget raisonnable par enfant, c'est la même chose pour tout le monde (comme ça, y'a pas de jaloux), et rien ou presque pour nos propres enfants (ils auront déjà bien assez de la part des autres, c'est pas la peine qu'on en rajoute...).

Le côté sympa, c'est que le week-end de Pâques dure 4 jours entiers, et qu'on a le temps de voir la famille (dont ma tante de Strasbourg, elle aussi "exilée" en Alsace depuis quelques années, et elle aussi "adaptée" aux traditions locales : elle a encore plus de mérite que moi, puisque son mari, tout comme elle, est normand, et qu'ils n'étaient pas du tout obligés de s'y mettre !) ! Donc, soit nous allons à Strasbourg le lundi de Pâques, soit, comme cette année, ce sont eux qui viendront nous voir, et puis ce seront les visites chez les parents, frères, oncle et grand-mère de mon cher Gobolof.

Et finalement, je trouve que ces traditions ont du bon : elles permettent de se préparer à la fête, de penser à chacun, elles permettent aussi de se revoir, alors que ce n'est pas si facile que ça de se poser quand on a un quotidien surbooké comme le nôtre (mais je sais que nous ne sommes pas des cas isolés, loin de là !). Ca demande beaucoup de temps et de préparation, un peu (beaucoup, parfois !) de stress, mais le plaisir de se revoir aussi...

 

Et puis, n'oublions pas le principal : si nous sommes ici pour en parler, de Pâques, c'est parce qu'il y a 2000 ans environ, un certain Jésus a donné sa vie pour nous sauver de la mort, et qu'il est ressuscité. Et qu'au passage, il nous a promis la Vie éternelle. Ca mérite qu'on s'y arrête, non ?

lundi 17 mars 2008

Travail, travail, travail... toujours !

Bon, alors c'est vrai que ça fait hyper longtemps que je n'ai plus écrit ici. Non, je ne délaisse pas le blog. Non. Mais voyez-vous, il y a des moments, des périodes, même, où c'est plus difficile d'écrire.

Les problèmes de page blanche, je connais aussi, comme toute personne qui souhaite écrire un peu. Et là, en ce moment, il y a tellement de choses dans ma petite tête que ça a du mal à se mettre en ordre pour pouvoir être couché sur du papier ou un écran d'ordinateur.

Donc, le présent billet s'appelant "Travail, travail, travail... toujours !", je suis censée vous parler... Travail ! Oui, c'est bien, vous suivez.

Et bien non, je n'ai pas du tout envie de vous en parler.

Parce que ça aurait tendance à me déprimer un peu, tout ça.

 

D'abord, le travail de qui ?

 

De Gobolof, qui est de nouveau à Péta-ou-schnok pour la semaine ? De son travail qui me prive de mon mari et de son soutien, de son aide au quotidien ? Il a un métier superbe, une vraie passion pour lui, un travail en harmonie avec la nature, dans le respect de la nature... Mais c'est sa passion à lui, et des fois, je la déteste (sa passion !) de me l'enlever si souvent...

 

Du mien, alors ? Duquel ? Documentaliste ? Oui, ça, c'est mon métier. Un métier que j'aime, mais qui, parfois, me sort par les yeux. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de mon travail au quotidien, de mes tâches de documentaliste. Parce que ça, c'est sans problème. Ce qui me sort parfois par les yeux, ce sont les relations avec F. (je ne citerai pas son nom...), mon "cher" collègue. Parce que F. est franchement compliqué. Il est notre aide-documentaliste, avec certaines particularités qui font qu'il est à la fois unique, touchant, énervant, surprenant... Bref, il nous oblige, Magali (ma collègue documentaliste, dont je vous ai déjà parlé il y a quelques temps) et moi, à nous remettre sans cesse en questions, et si c'est bénéfique la plupart du temps, si ça nous aide nous aussi à avancer, à ne pas nous laisser scléroser par les petites habitudes du quotidien, eh ben parfois aussi, c'est usant, parce que se remettre en cause sans arrêt, c'est franchement compliqué : ce que je faisais hier, il faut le changer, faire attention à ci, ou à ça... Oui, mais demain ? Qu'est-ce qu'il va encore trouver ? Qu'est-ce qui va encore me tomber dessus ? Qu'est-ce qu'il va encore inventer ? Sur quoi portera la discussion ? Ses états d'âme ???

Parce que F. est handicapé mental, tendance paranoïaque, gay, et son ami est Suisse de surcroît. Oh, n'allez pas croire que ça me pose un problème en soi : chacun est libre, tant que ça n'interfère ni sur les autres (leur liberté), ni sur le travail qu'il est censé faire. Et c'est là le hic : il a fallu se battre pour faire sortir l'homosexualité des priorités documentaires de notre centre de doc... Il a fallu batailler ferme pour lui faire comprendre que nous n'étions pas ses psys, ni ses copines à qui il peut raconter ses problèmes et partager ses états d'âme, ses questionnements sur la sexualité, le mariage, les enfants, l'éducation, la législation suisse avec ses avantages et ses inconvénients côté patrimonial ou social...

 

La question qui se pose, c'est comment réagir quand il "pète un fusible" ? Comment prévenir les crises ? Alors oui, du chemin, j'en ai fait. J'ai arrêté de le considérer comme quelqu'un de "normal" (mais qu'est-ce donc que la normalité ???), pour prendre en compte le fait qu'il n'est pas normal du tout, et qu'il convient de surveiller tout ce qu'on lui dit, et tout ce qu'on fait, parce que figurez-vous que F., non content d'être en thérapie depuis des années à cause de sa maladie, a trouvé le moyen de tomber amoureux d'un... psychiatre... Oui ! Du coup, il analyse tout ! Nos actes, nos paroles, ses erreurs ("Je ferai cette étiquette une autre fois, parce que ça fait trois fois que je la recommence aujourd'hui, et trois fois que je me trompe, donc inconsciemment, je dois avoir un problème avec cette étiquette, ou alors avec le livre où je dois la coller" : vous voyez le genre ???). Donc, la règle d'or : ne jamais parler tout de suite. Jamais. Ca risquerait de déclencher une crise aiguë de paranoïa, du style : "tu veux me mettre en difficulté devant les élèves [nous, à l'ISSM, on dit plutôt des "étudiants", compte-tenu de leur niveau post-bac, mais il n'y a pas moyen de le lui faire comprendre], tu veux qu'ils me voient comme un incapable, tu veux me faire sentir que c'est toi la chef, que je fais mal mon travail" etc, etc. Donc, quand il y a quelque chose à revoir avec lui, la règle d'or, c'est DIFFERER ! Toujours ! Ne jamais dire maintenant ce qui peut attendre demain ! (sauf que j'ai du mal à ne pas dire les choses quand ça ne va pas... Et pourquoi ce serait forcément à moi de m'adapter ? Pourquoi ne pourrait-il pas en faire autant ???) (ouf, ça fait du bien de se défouler un peu...)

Donc, des fois, le travail, c'est pesant.

Ah ! c'était pas de ce travail-là qu'on devait parler ? Non ? L'autre, alors, le futur ?

Esthéticienne.

Oui. Peut-être un jour, si j'arrive à finir mon stage. Si j'arrive à travailler mes cours, si j'arrive à passer l'examen, à obtenir le diplôme... Si j'arrive à devenir esthéticienne, quoi. Ca a beau être un CAP, je trouve ça vraiment difficile. Alors, analysons-ça un peu ! Est-ce parce que je n'ai plus mis les pieds à l'école depuis 10 ans ? Est-ce parce que c'est une formation à distance ? Est-ce parce que je suis vraiment dingue de faire ça ? Est-ce parce que j'ai trois enfants et un mari absent cette semaine ? Est-ce parce que accessoirement, j'ai aussi deux lessives à faire tourner aujourd'hui, avant le retour de mon cher mari (qui va me ramener de quoi en faire deux de plus) ? Est-ce parce que j'ai une messe à préparer pour le Jeudi Saint, et que du coup, je suis incapable de me concentrer sur tout à la fois ? Est-ce parce que Noémi part en classe verte la semaine qui suit Pâques et que rien n'est prêt ? Que ça me fait paniquer à l'idée de savoir ma petite grande fille loin de nous pendant une semaine ???? Est-ce tout ça à la fois ???

 

Dur dur, en ce moment, en tout cas... le travail...