D'aucuns trouveront sans doute que décidément, j'écris pour pas grand-chose...
Certes.
Oui, mais voilà, au Gobolistan, les "pas-grand-chose" peuvent avoir une importance énorme, par les proportions que peuvent prendre certains problèmes.
Dans le cas de Gobolovna, nous étions depuis plus de 4 ans maintenant, devant un problème qui s'annonçait insoluble : l'énurésie.
Alors certes, dans certains milieux, il est de très mauvais ton de parler de ces choses-là : il vaut mieux les cacher. Oui, je suis d'accord, en réalité, ça ne regarde personne d'autre qu'elle et nous, ses parents.
Sauf que je me dis que parmi les lecteurs de ce blog, certains sont peut-être, ou seront peut-être concernés par ce problème, beaucoup plus fréquent qu'on ne le pense généralement (puisque c'est "honteux"), et qui touche environ 1 enfant de plus de 6 ans sur 10 (eh oui, c'est énorme !).
Aucune honte à avoir, donc, face à ce souci quotidien.
Dans le cas de Gobolovna, les choses semblaient prendre le bon chemin, puisque la petite demoiselle a été propre à tout juste 2 ans, le jour, et dans la foulée, la nuit, pendant... 2 semaines !
Ensuite, les choses se sont gâtées. Retour de la couche la nuit, sous peine d'inondations, et naissance de Gobolovitch dans la foulée : retour de la couche le jour, au moins partiellement (pour les longs trajets en particulier), sinon, il fallait tout changer deux ou trois fois dans la journée.
Je ne me suis pas pris la tête pour autant, sachant pertinemment que Gobolovna n'avait aucune obligation d'être propre le jour avant le mois de septembre (quelques jours après son troisième anniversaire, donc), pour l'entrée en maternelle. Et ô miracle : durant l'été, nous nous sommes rendu compte qu'elle pouvait très bien se passer de couche, moyennant des accidents réguliers et quotidiens.
Durant les mois qui ont suivi la rentrée, nous nous sommes rendu compte également que les accidents en question, pour nombreux qu'ils soient, ne se produisaient jamais à l'école, mais systématiquement à la maison. A cela, deux explications étaient possibles et avec le recul, j'en privilégierai une :
- première explication : tout se passait dans la tête, et notre Gobolovna nous expliquait par là qu'elle était en conflit avec nous, et spécialement avec moi, puisque c'était en priorité les jours où je m'occupais d'elle qu'elle faisait pipi dans la culotte.
- deuxième explciation : elle ne pouvait tout simplement pas faire pipi dans la culotte à l'école, puisque en maternelle, les enfants vont très régulièrement aux toilettes, en groupe, à la queue-leu-leu, et que du coup, ce genre de chose est quasiment impossible, sauf si l'enfant a échappé à la surveillance des instits et n'est pas allé aux toilettes. Oui, mais ça ne peut pas être le cas de Gobolovna, qui depuis le début de sa scolarité, fait montre d'une incroyable capacité à l'obéissance, si tant est qu'on lui demande d'obéir à quelqu'un d'autre que sa propre mère...
Je privilégierai donc cette hypothèse n°2, parce qu'elle me semble plus conforme à l'esprit un tantinet tordu de ma fille, qui prend un malin plaisir au quotidien à s'opposer en tout à nous, mais aussi est d'une sagesse exemplaire (un peu trop d'ailleurs), quand elle est avec un autre adulte. Ce qui tendrait à montrer d'ailleurs qu'en réalité, elle n'était pas tout à fait propre le jour quand elle est entrée à l'école...
La question de la nuit est littéralement passée aux oubliettes à ce moment-là, parce que l'urgence était précisément de régler la question le jour...
Quand notre Gobolovna a eu 4 ans, j'en ai parlé au médecin, quand même, parce que je me disais qu'il était quand même temps de faire quelque chose. Il a donc posé des questions, histoire de savoir si c'était un problème nouveau, récurrent, physiologique, mental, ou autre.
Le généraliste (remplaçant de notre généraliste habituel), a tout d'abord passé un "contrat" avec Noémi, lui demandant de faire attention, et de ne pas faire pipi dans la culotte le jour (la question de la nuit étant toujours secondaire d'après lui). Noémi a pris très sérieusement les choses, et s'est exécutée, avec un résultat très probant pendant... 3 jours. Dès le 4e jour, les choses ont empiré. Et le 7e jour, où nous avions un rendez-vous bilan avec le médecin, on était revenus à la case départ.
Du coup, il m'a adressée à un pédopsychiatre, parce que ce que je lui décrivais était hors de son champ de compétences, et que pour lui, c'était une énurésie diurne et nocturne secondaire (Gobolovna avait été propre à un moment donné, et ne l'était plus), ce qui ne relevait donc pas d'une malformation quelconque, mais bien d'un souci mental.
J'ai mis du temps à prendre rendez-vous avec le Pédo-psy, en me disant que ça allait peut-être s'arranger avec le temps. Et puis, de toute façon, j'attendais BBK, et je ne pouvais pas faire grand-chose d'autre à ce moment-là.
Et il se trouve qu'au cours de la grossesse, des tas d'angoisses sont revenues à la surface, et que ma gynéco m'a conseillé d'en parler avec une psychologue qui intervenait à l'hôpital. Ce que j'ai fait, parce que j'en avais marre des cauchemards. Et celle-ci m'a dit que mon problème était trop compliqué pour pouvoir être réglé en 1 seance, et qu'elle me conseillait de voir une de ses collègues, qui intervenait elle aussi à l'hôpital, mais qui elle, pourrait assurer un suivi dans le temps. J'ai donc recommencé tout depuis le début, pris rendez-vous... et me suis retrouvée au même endroit que là où j'avais pris rendez-vous pour Noémie, mais avec un autre psychologue.
Du coup, j'ai décidé de mener les 2 de front, prenant conscience que le comportement de Noémi reflétait sans doute l'inadéquation du mien en certaines circonstances.
Dans l'intervalle, nous ne sommes bien sûr pas restés inactifs : sur le conseil de ma petite soeur médecin, j'ai fabriqué un calendrier, sur lequel j'ai noté les dates, et que Noémi devait remplir tous les matins, avec un soleil si elle n'avait pas fait pipi, et un nuage et de la pluie si elle avait fait pipi. Seulement voilà, Noémi trouvait bien plus drôle de dessiner des nuages qu'un soleil (ne me demandez pas pourquoi), et elle a commencé à faire exprès de faire pipi dans la couche pour justement pouvoir mettre un nuage dans la case. Je me suis dit qu'il fallait donc que ce soit moi qui remplisse le calendrier, mais elle n'a jamais accepté, et du coup, le calendrier ne servant strictement à rien d'autre qu'à provoquer des conflits supplémentaires entre Gobolovna et moi, il a été supprimé de notre arsenal anti-pipi.
Retour à la case départ.
Du coup, nous avons laissé tomber pendant un temps, c'est-à-dire pendant les 6 mois suivants, histoire de nous habituer à la présence de notre BBK qui venait de naître, et de ne pas tout affronter en même temps. J'ai continué les deux consultations parallèles : l'une pour Noémi, l'autre pour moi, au Centre pour l'enfant et sa famille, et au fil du temps, des améliorations se sont vues, d'abord dans mon propre comportement avec les enfants (en gros, je suis devenue une maman "normale"), puis, par ricochet, dans le comportement de Noémi. Mais rien côté énurésie, si ce n'est du mieux dans la journée, et la disparition totale durant la grande section de maternelle de l'énurésie diurne.
Au mois de mars 2008, Noémi devait partir en classe verte. Nous avons profité des mois précédant ce premier grand départ pour tenter un nouvel essai côté énurésie nocturne. Ma petite soeur, toujours la même, m'avait parlé d'un dispositif appelé "pipi-stop" : une sorte de bande hygiénique, reliée par un fil électrique à une petite valisette dotée d'une alarme. Quand l'enfant fait pipi, l'alarme se met à sonner, réveille l'enfant (en théorie), et rééduque ainsi le cerveau afin que l'enfant en vienne à se réveiller avant de faire pipi... Le processus jusqu'à la propreté nocturne prend environ 4 à 5 semaines en général.
Oui mais voilà, chez Noémi, le "pipi-stop" réveillait tout le monde, toutes les nuits, sauf Noémi... qu'il fallait donc porter jusqu'aux toilettes où elle faisait pipi par réflexe, et la recoucher, la plupart du temps sans qu'elle ne se réveille une seule seconde... Epuisant donc pour Jean-Luc, Nathanaël et moi, et sans aucun effet pour Noémi.
Au bout de 7 semaines de ce traitement, nous avons rendu l'appareil à la parapharmacie en leur disant que ça ne marchait pas. En revanche, cela nous avait appris que les sonneries se produisaient en général entre 23 heures et minuit. Nous avons donc commencé à réveiller Noémi avant 23 heures pour la conduire aux toilettes, et pendant 3 nuits, elle n'a plus fait pipi au lit. Sauf qu'au bout de trois nuits, tout était à refaire de nouveau...
Nous avons laissé tomber une fois de plus : aucun bénéfice pour Noémi, et des réveils nocturnes pour nous pour des "prunes"...
Jusqu'au mois de février 2009.
Retour une fois de plus chez le pédo-psy, qui nous avait promis un traitement en novembre, mais l'ordonnance n'était jamais arrivée. Après avoir appelé plusieurs fois, j'ai compris qu'elle hésitait à donner un anti-dépresseur à une enfant de 6 ans, et qu'elle avait attendu pour voir si la situation avait évolué d'elle-même. Elle souhaitait nous revoir en février, pour en parler, d'autant plus que dans l'intervalle, Nathanaël, lui, était devenu propre de nuit... ce qui n'avait pas manqué de provoquer des réactions violentes de la part de Noémi...
Retour donc en février, et là, elle nous a dit de tout recommencer :
- pipi-stop la nuit
- calendrier le matin
- rétention d'urines la journée, quand Noémi était à la maison, pour rééduquer la vessie.
Premiers essais : rien. Nuages, nuages, pluie. (le pipi-stop sonnait bien, mais ça ne l'empêchait pas de faire pipi dans la couche après)
Lueur d'espoir au bout de 4 jours. (sonnerie, et couche sèche le matin)
Retour de la pluie.
Soleil à la fin de la première semaine.
Re-pluie.
Soleil pendant 2 jours.
Pluie pendant 2 jours.
Soleil pendant 4 jours d'affilée.
Absence de sonnerie de toute la nuit, réveil "sec".
Réveil spontané à 5 h 30 avec envie de faire pipi.
Absence de sonnerie pendant 5 jours consécutifs.
Au bout de 14 jours "secs", et après un bilan par téléphone avec le pédo-psychiatre, j'ai pris la décision de retirer couche et pipi-stop. Et ça tient !
Depuis 18 nuits maintenant, Noémi n'a plus fait pipi dans la couche, ou dans le pyjama, ou au lit... Un grand bonheur est enfin arrivé au Gobolistan !
Du coup, des perspectives s'ouvrent devant Noémi :
- pouvoir dormir chez des amis
- pouvoir inviter des amis à dormir à la maison
- pouvoir leur dire sans honte, et sans crainte de mentir : "Non, je n'ai plus besoin de couches !" (parce que bien entendu, à la classe verte, toutes les filles s'étaient rendu compte qu'elle en portait encore la nuit, et elle était devenue la tête de turc de ses camarades de classe à cause de ça...)
- pouvoir être fière d'elle et du chemin accompli.
Des jours heureux et paisibles s'écoulent donc au Gobolistan, et pour l'instant, tout va bien : il est encore un peu tôt pour demander à BBK de faire la même chose : elle réclame le pot dans la journée, mais c'est uniquement un jeu pour l'instant, et elle n'a absolument pas fait le lien entre le pot et l'absence de couche...
Mais ceci est une autre aventure...