Petit florilège de nouvelles entendues aux infos ce matin au réveil :
Le mois de novembre verra une nouvelle grève dans les transports, suite au succès de celle du 18 octobre. Elle sera sans doute reconductible.
Les agents de la SNCF manifestent contre le projet de réforme de leur régime de retraite, le gouvernement les a laissés sur leur faim : si le projet passe, ils devront cotiser 40 ans.
Chouette alors. Je dois aller à Paris la semaine prochaine, justement ! C'est formidable, ça. Vous savez quoi ? Les agents de la SNCF ont décidément un sixième sens, qui leur dit exactement quand faire la grève, pour que ça tombe pile poil les jours où je suis censée y être, que ce soit pour des raisons personnelles ou professionnelles (ça, ils s'en fichent, le principal étant de pourrir la vie des autres, sinon, à quoi bon faire grève, si ça n'a pas d'impact ?). Donc, faire grève, oui, mais à condition que ça enquiquine sérieusement quelqu'un, sinon, ce n'est même pas drôle. Ne croyez pas que je me sente visée personnellement. Non. Mais je me mets dans la peau du Parisien Lambda qui doit subir ça tous les jours (parce que d'après Denise, des grèves à Paris, il y en a tous les jours, quand ce ne sont pas les agents de la SNCF ou de la RATP, ce sont les éboueurs, ou les électriciens, ou les facteurs, ou les motos-crottes, ou...). Il se trouve que je ne suis pas une parisienne Lambda, je dois juste y aller pour une formation d'une semaine. Vais-je pouvoir y aller ?
Et puis, d'abord, pourquoi ils râlent encore, ceux de la SNCF et de la RATP ? Parce qu'ils vont devoir travailler 40 ans ! 40 ans ! Vous vous rendez compte ? Mais c'est inimaginable, 40 ans ! et pourquoi pas 41 ou 42 pendant qu'on y est ?
Ces messieurs de la RATP et de la SNCF se rendent-ils compte qu'ils sont des privilégiés ???? Que dans le privé, ça fait déjà belle lurette qu'on doit travailler 40 ans. Et qu'en plus, avec leurs réformes des retraites, c'est sûrement 42 ans qu'on devra travailler... voir plus, si j'ai bien compris. Et parti comme c'est, quand j'arriverai à l'âge de la retraite (dans au mieux 30 ans, si j'ai bien compté), ben la retraite, elle n'existera plus de toute façon...
L'Elysée a triplé son budget ! Et la rémunération du président de la République a doublé. Le texte a été voté dans l'urgence, et la rémunération du Président de la République est revalorisée à 19.000 euros (et des poussières, j'étais tellement éberluée par le montant que je n'ai pas retenu les petits chiffres, faut m'excuser, je n'ai jamais été comptable) par mois pour s'aligner sur celle du Premier Ministre .
19.000 euros.
Ben il en a des dépenses, notre bon Président ! Tant qu'il est obligé de demander une rallonge ? J'y suis ! Il paie à Cécilia la pension alimentaire pour le petit dernier (les filles, ce sont celles de feu Jacques Martin, il n'est donc pas légalement obligé d'assumer leur éducation, et puis de toutes façons, elles sont grandes maintenant, mais le petit dernier, oui, c'est son fils, et tout président qu'il est, Nicolas est bien obligé d'assumer ses obligations paternelles).
La question que je me pose, c'est une question très naïve : Mais que va-t-il bien pouvoir faire de 19.000 euros par mois ? Parce que voyez-vous, à l'Elysée, il est nourri, logé, blanchi (au propre comme au figuré), et ça, ce sont justement des frais qui font partie de ce budget Elyséen collossal, puisque ce sont les frais de représentation (on voit mal un Président de la République Française logé dans un taudis, habillé de haillons, sans rien à manger, et sans personne pour le servir, vous me comprenez bien).
Or, que font les gens avec leur salaire, habituellement ? Ils se logent, ils paient leurs factures, ils mangent, ils s'habillent, ils achètent ce qu'il faut à leurs enfants pour l'école, par exemple, en plus des vêtements, consoles de jeux, télévision, dévédés, portable, etc.
Oui mais pour notre bien-aimé président, tout ça, c'est déjà dans les frais de fonctionnement liés à la fonction elle-même. Alors pourquoi a-t-il besoin de 19.000 euros par mois, sachant qu'au départ, il n'était pas pauvre, même avant de devenir président ?
Réponse : Il ECONOMISE ! Il prépare la fin de son mandat : Dans cinq ans, aux prochaines élections, il sera sans doute éjecté du pouvoir, et remplacé par quelqu'un d'autre. En fait, il se prépare son parachute doré personnel : parce que si on fait le calcul, 19.000 euros sur douze mois, ça fait : 228.000 euros par an. Il est arrivé il y a 5 mois, pendant lesquels il était payé deux fois moins (19.000/2=9.500 euros par mois quand même), sur 5 mois : 9.500*5=47.500 euros de mai à octobre, +19.000*7=133.000, soit 180.500 euros la première année, puis 228.000 euros par an pendant quatre ans. Soit au total : 180.500+(228.000*4)=1.092.500 d'euros à la fin du mandat présidentiel.
Alors oui, on est loin des parachutes dorés que notre président dénonçait dans sa campagne présidentielle. Il n'en reste pas moins que je trouve cela plutôt honteux, venant du chef de l'Etat qui nous dit que nous devons travailler plus pour gagner plus, et qui s'octroit comme ça, une rémunération (de l'argent de poche, en fait) exhorbitante. Il est au service des Français, non ?
Comment ça, naïve ?
Bref, ce matin, donc, j'ai pas mal réfléchi à ces questions de liberté, d'égalité et de fraternité. Rien que sur ces deux exemples, notre devise nationale est bien mise à mal :
La liberté, oui, mais où est-elle ? Si je veux travailler plus pour gagner plus, je dois faire cette formation à Paris. Or je risque de ne pas pouvoir la faire, parce que des agents de la SNCF et de la RATP ont décidé de faire la grève pour défendre leurs privilèges. Et du coup, leur droit de grève entrave mon droit au travail et ma liberté de mouvement.
L'égalité ? Ces mêmes agents de la SNCF et de la RATP font grève pour défendre des droits qui sont loin d'être ceux de tout le monde. Personnellement, je ne sais pas si j'aurai un jour un droit à la retraite. Qui peut prévoir ce qui se passera dans 30 ans ? Et si tout le monde réagit comme ils le font, c'est certain que la retraite n'existera plus... Parce que c'est mathématique, plus il y a de gens à la retraite, et plus ceux qui travaillent doivent payer pour les retraités. Ca fonctionne tant qu'il y a plus d'actifs que de retraités, et plus de temps de travail que de temps de retraite. Mais tout le monde sait bien que ça ne durera pas, et qu'on est plutôt en train d'inverser la manoeuvre, avec plus de retraités que d'actifs, et un temps de retraite qui s'allonge considérablement.
De plus, nous sommes dans un pays où même en ce qui concerne le droit de grève, nous ne sommes pas égaux. Parce que si je décidais de faire la grève, ben je ne serais tout simplement pas payée. Alors qu'eux, ils sont quand même payés. Si. La preuve, une fois, ils ont fait grève pour obtenir le paiement des jours de grève au-delà du quota annuel...
La fraternité, enfin... Un bien joli mot, qui sonne comme une injure parfois, quand on réalise que loin d'être des frères, nous finissons par être des ennemis : personnellement, si je voyais aujourd'hui un agent de la SNCF ou de la RATP gréviste, j'aurais très envie de lui envoyer mon poing dans la figure. Et pourtant, j'ai toujours été plutôt conciliante, essayant de comprendre le point de vue de l'autre avant de me faire une opinion, essayant de me mettre à sa place... Mais là, trop c'est trop.
Finalement, on est revenus à l'Ancien Régime, celui des castes, des privilèges, des Nobles et du Tiers-Etat...
Faudra-t-il décapiter encore quelqu'un pour voir le monde tourner dans le bon sens, ou au moins voir le bon sens revenir en ce bas monde ?
Heureusement, il nous reste la Foi. Cette foi qui nous dit de nous mettre au service des plus pauvres, cette foi qui a renversé, et continue de mettre toutes nos valeurs humaines à l'envers, et qui nous dit que les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers. Je ne prétends pas avoir compris tout ce que nous dit aujourd'hui encore cet Evangile. Je ne prétends pas non plus être sur le bon chemin. Ce que je viens d'écrire, d'ailleurs, me montre que j'ai encore beaucoup de chemin à faire : ai-je vraiment tous les éléments, toutes les cartes en main pour juger de ce que font mes semblables ? Est-ce que je connais tout le régime des retraites actuel, et la réforme proposée par notre actuel gouvernement, pour dire ici qui a tort, et qui a raison ? Ai-je même seulement le droit de les juger ???
Est-ce que je ne suis pas égoïste aussi quand ces grèves me font doucement rigoler quand je n'ai pas à me déplacer, et hurler quand je dois aller en formation à Paris ? Tant que les problèmes des autres ne me touchent pas, tant que leurs combats ne dérangent pas ma petite vie tranquille, ils peuvent faire ce qu'ils veulent, c'est ça ?
Voilà, je vous livre ici ces réflexions, loin de notre petite famille. Ce matin, en commençant l'écriture de ce billet, j'étais très énervée. Maintenant, je suis apaisée, calme.
On dit parfois que l'écriture est thérapeutique.