mardi 27 septembre 2016
Rentrée des classes... bis
Changer de métier alors qu'on ne s'y est pas vraiment préparée, ça n'a rien d'évident. Renoncer à un métier que l'on aime pour un autre que l'on découvre totalement, c'est même plutôt difficile, surtout quand on me connaît et que l'on sait que je m'étais juré de ne jamais devenir enseignante. Oui mais voilà, une fois encore, les voies de Dieu semblent impénétrables et, surtout, totalement imprévisibles.
Suite à ma journée du 2 septembre où j'ai pu rencontrer le directeur du SDEC (Service Diocésain de l'Enseignement et de la Catéchèse) ainsi que mes nouvelles collègues, tout aussi nouvelles dans le métier que moi d'ailleurs, j'ai également participé à la journée de pré-rentrée des IDR (Intervenants De Religion), où le directeur du SDEC nous a servi en gros la même chose que lors de notre rencontre avec lui le 2. En plus, nous avons eu droit à l'intervention de Pierre-Michel Gambarelli, qui nous a donné quelques billes au niveau de la pédagogie. Après cette journée, il est apparu essentiel à plusieurs de mes collègues (et à moi aussi, mais de mon côté, c'était une évidence depuis le 2 et surtout depuis l'acceptation de ce nouveau travail) que nous devions travailler ensemble pour mieux maîtriser ces nouveaux programmes que nous avons pour tâche de présenter aux élèves. Pour ce faire, rien de mieux que des séances de travail à plusieurs, histoire de ne pas être isolées face à nos classes et de profiter de l'expérience des autres pour les novices comme moi et du regard neuf des nouvelles pour les plus anciennes.
Dans le même temps, il y avait un bête problème administratif : je n'étais pas inscrite et n'avais donc pas encore le droit d'entrer dans les écoles pour y délivrer l'enseignement. Ma rentrée a donc été différée de quelques semaines par rapport à celle des élèves et de mes collègues ayant déjà l'agrément (non, on n'entre pas "comme ça" dans une école de la République, il faut des autorisations et des raisons valables) et j'ai profité des quelques deux semaines que j'avais devant moi pour remplir mon dossier administratif et l'envoyer au secrétariat du Service d'une part et pour préparer mes premiers cours d'autre part.
L'aide des autres dans ce domaine m'a été précieuse. Dès le 12 septembre, trois collègues chevronnées ont proposé de venir à la maison travailler avec moi sur le premier chapitre de la classe de CE2, durant les deux heures où Rebecca était à l'école (et les peintres dans le salon, mais ça, c'est une toute autre histoire. Et le 13 septembre, nous nous sommes retrouvées à une bonne dizaine autour de la table dans la salle de réunion du presbytère de Châtenois pour parler du programme de CM2 et voir comment le mettre en oeuvre. Cela a d'ailleurs été l'occasion de pointer certaines faiblesses dans le programme et d'élaborer des outils plus conformes qui seront, du coup, utilisés par tous les IDR de notre communauté de paroisses et de celle de Sélestat.
Ce même 13 septembre, mon dossier, enfin prêt (il manquait un document qui m'a été remis ce jour-là), j'ai pu l'envoyer par courrier au service, la version électronique (sauf le fameux document manquant) ayant été envoyée par mail la veille au soir. Le même jour, un peu plus tard dans l'après-midi, j'ai été contactée par la secrétaire qui me demandait de... refaire tout le dossier ! Devant mon incompréhension (et l'impossibilité de le faire, puisque le document manquant était parti avec le courrier du matin mais je n'avais pas eu le temps d'en faire une copie, sachant que c'était urgent), la secrétaire a pris le temps de reprendre mon dossier et m'a dit que le problème venait de l'affichage des pièces jointes !!! Tout ça pour ça... Bref, j'ai pu lui renvoyer dans la foulée les documents dans un autre format (Merci, PDF Creator !!) et la question a été réglée. J'ai par la même occasion demandé si j'avais l'autorisation d'intervenir dans les écoles, ou si je devais attendre de recevoir le papier du rectorat... qui ne sera délivré qu'après les vacances de la Toussaint ! Et oui, je pouvais démarrer dès la semaine suivante, soit le 19 septembre.
C'est là que les choses ont sérieusement commencé à se corser. Jusque là, tout s'était passé entre adultes. Tout restait encore théorique : la classe, les élèves, leurs réactions, la réalité des enfants d'aujourd'hui... tout cela m'était quasiment inconnu, ma seule expérience d'adulte dans une école consistant à aller chercher mes enfants à la fin de la journée, de rencontrer les instits en cas de problème (ou pas) et de gérer les conflits avec les copains du village via leurs parents, par téléphone. Et puis, il faut bien le dire, ce que nous vivons avec nos enfants au quotidien est forcément unique, donc forcément différent de ce que vivent les autres enfants dans leurs familles. Il n'y a pas deux familles qui se ressemblent, il n'y a pas deux enfants identiques et il faut donc composer avec cette réalité-là si on veut y arriver.
Ce lundi 19 septembre, je me suis donc rendue dans la première école, là où j'avais deux heures à passer devant mes élèves : des CE1-CE2 avant la récréation et des CM1-CM2 juste après ladite récréation.
Et là, ce fut le premier choc.
Vingt-quatre enfants devant moi, et moi, larguée par la maîtresse partie avec les six dispensés pour leur donner un cours de morale. Vingt-quatre enfants vifs, tous intéressés, avec une tonne de questions chacun et un débordement d'énergie impressionnant. Vingt-quatre personnalités, vingt-quatre intelligences, toutes différentes, avec deux classes d'âges et des niveaux différents en ce qui concerne la rapidité de lecture et d'écriture...
Mais surtout, vingt-quatre enfants habitués, parce qu'en double niveau, à gérer leur temps et leurs apprentissages de manière quelque peu... désordonnée. Voire carrément bordélique si je puis me permettre. Avec l'habitude de se lever pour un "oui" ou pour un "non", de parler avec les voisins, de se retourner pour discuter ou d'aller boire un peu d'eau s'il fait trop chaud...
Ma première heure a donc consisté à essayer de faire faire aux enfants qui n'en avaient pas un "chevalet" portant leur prénom, histoire que j'arrive à les connaître, et à leur faire remplir les feuilles d'un arbre avec les noms des personnes de leurs familles et deux ou trois petites choses qu'ils apprécient ou qu'ils n'apprécient pas.
Tout cela dans un bazar sans nom, au milieu des bavardages, des demandes répétées de celui qui veut aller faire pipi ou de celui qui se plaint parce que son copain n'a pas de colle (ou ne veut pas lui prêter la sienne, je ne sais plus).
Après cinquante minutes durant lesquelles j'ai plus ou moins loupé la partie "tenir la classe", la maîtresse est venue me délivrer de mon calvaire et a littéralement été "choquée" (ce sont ses mots) devant le bavardage et le bazar qui régnait dans sa classe. Il faut dire aussi que cette femme, sûrement très bonne enseignante, se laissait elle-même un peu envahir et n'avait pas mis en place les règles qui permettent aux enfants de vivre leur journée dans le calme et la tranquillité propices aux apprentissages. Du coup, elle a réagit, mais je vous en dirai un peu plus long là-dessus un peu plus loin.
Quelque peu traumatisée, de mon côté, par cette première expérience, je suis montée au premier étage où, après la récréation, devait avoir lieu mon deuxième cours. En ce qui me concerne, je n'avais pas vraiment pris la mesure de ce qui venait de se passer, tout simplement parce que, si je savais que la classe devait être calme, c'était la première fois que je me retrouvais devant des élèves et que, du coup, je n'avais aucune idée de ce qui était acceptable et de ce qui ne l'était pas, et surtout pas la moindre idée de ce qu'il convient de faire pour que les enfants soient un tantinet plus calmes.
Or là, dans cette deuxième classe, j'ai eu devant moi vingt enfants de CM1 et de CM2, tous très calmes, très posés (ou à peu près) et, pour plusieurs d'entre eux, très intéressés et intéressants parce qu'ils avaient déjà fait leur première communion ou avaient débuté le catéchisme depuis un an pour se préparer à la première confession. Du coup, ce que je disais me semblait un peu moins déconnecté de leurs réalités et ça a eu un peu plus de sens. Et surtout, le contraste avec l'agitation de la classe précédente était tel que j'ai eu l'impression d'être face à des anges... Je suis sortie de ces deux premières heures plutôt mitigée, consciente de mes manques en matière d'autorité mais aussi de ce qu'il convient de ma part d'accepter de la part de mes propres enfants, ou de refuser tout net. Rien n'est encore perdu, le tout est de redresser la barre à temps, si besoin.
Le lendemain, retour au presbytère de Châtenois, cette fois pour préparer les premières séances avec mes deux classes de CP qui m'attendaient le jeudi suivant, dans deux villages différents.
Et devant la masse de travail, j'ai retravaillé sur ces cours l'après-midi et le mercredi également, histoire d'être certaine de ne rien oublier (et d'avoir le temps de scanner les documents, de préparer les outils à donner aux enfants pour les trois heures qui m'attendaient le lendemain, alors même que mon ordinateur fait des siennes et refuse d'imprimer certains documents dans des délais raisonnables... ça aussi, il faudra que je vous en reparle !).
Le jeudi matin, j'étais donc dans un état de stress et de fatigue déjà avancé, parce qu'en plus, je savais que l'après-midi serait rude et que la journée ressemblerait à un marathon.
Tout d'abord, il y avait ce cours du matin dans la première école, avec une classe de CP-CE1.
Heureusement, contrairement à la première heure du lundi, ces élèves-là étaient très tranquilles et plutôt disciplinés ce qui a facilité nettement les choses. L'expérience, si menue soit-elle, aidant, j'ai aussi nettement moins accepté de laisser le bazar s'installer. Quand il s'agit d'une question de survie, on apprend vite à être autoritaire. Et tout s'est très bien passé durant cette première heure de la matinée.
Ensuite, je devais rentrer, aller chercher Louise-Marie à l'école, récupérer Rebecca sur le chemin et préparer rapidement le repas, attendre le retour de Noémi pour passer à table (elle était en stage à la boulangerie du village la semaine dernière) et faire en sorte que nous ayons fini de manger à 13 heures afin de pouvoir partir en laissant à Noémi, en congé l'après-midi, le soin de déposer sa petite sœur à l'école pour la sieste. Je devais être à l'école vers 13h20 pour avoir le temps de repérer les lieux, les classes et de faire les quelques photocopies indispensables pour le premier cours. Le problème, c'est qu'il faut quasiment quinze minutes pour y aller depuis chez moi, ce qui m'obligeait à partir au plus tard à 13h05, mais que Louise-Marie ne peut pas aller à l'école avant 13h20 puisque c'est à cette heure-là que les portes s'ouvrent, ici comme là-bas...
Le temps de passer les consignes à Noémi, de réunir le matériel nécessaire pour Louise-Marie (c'était sa première sieste à l'école), je suis partie avec un peu de retard et, pour couronner le tout, je me suis retrouvée dans les travaux sur l'autoroute, où j'ai encore pris un peu plus de retard sur l'horaire prévu.
Ensuite, il a fallu trouver la bonne entrée, la bonne classe, me présenter à la directrice, à l'enseignante, et j'ai pu commencer mon cours un peu après 13h35, soit cinq minutes après l'horaire initialement prévu.
Là, je me suis retrouvée face à treize élèves de CP qui n'avaient rien à envier, côté discipline, aux vingt-quatre CE1-CE2 du lundi précédent. Mais, moins nombreux, ils sont plus facilement canalisables et, surtout, on apprend plus vite leurs prénoms. Du coup, le bazar, cette fois encore, n'a pas pu s'installer et l'heure a, somme toute, été assez agréable. Pour le coup, enseigner la religion à des élèves de CP est loin d'être évident, surtout quand, adulte, on lit automatiquement. On en arrive à oublier que les enfants que l'on a en face soi ne font que découvrir la lecture et l'écriture et, même si certains savent déjà écrire "en attaché", cela ne veut pas dire pour autant qu'ils sont autonomes de ce point de vue-là et qu'ils n'ont pas besoin de plus de temps, de beaucoup plus de temps que les autres pour écrire simplement leur prénom sur une feuille... Et puis, à cet âge- là, on est très à cheval sur ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. Et certains, bien sûr, essaient de faire ce qu'ils veulent en espérant que cela ne se verra pas, alors même qu'ils savent très bien que ce n'est pas autorisé. Seulement quand la maîtresse a disparu avec les dix autres élèves et que l'on est largué dans une classe dont on ne connaît pas le fonctionnement et les règles, c'est un peu difficile quand même. Même si les règles sont en général assez souvent les mêmes (on lève le doigt avant de parler, on ne se lève pas sans autorisation, on ne bavarde pas en classe...), il y a des règles subtiles que l'on ne connaît pas parce qu'elles appartiennent à la maîtresse. Comme le fait de ne pas colorier avec des feutres, mais avec des crayons de couleur, ou bien de n'utiliser qu'un stylo à plume et non pas l'effaceur, ou de prendre une feuille de "secours" jaune, mais pas la bleue ni la rose...
Et puis, là encore, il faut composer avec les personnalités des élèves. Avec celui qui sait déjà beaucoup de choses parce que, contrairement aux autres, il va à la messe avec sa mamie régulièrement. Ou celle qui a des grands frères et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, qui n'a pas froid aux yeux et qu'il est difficile de faire taire. Ou encore celui qui pense qu'on est une "maîtresse bis" et qui veut absolument que vous fassiez exactement comme la maîtresse ferait à votre place. Ou celle qui est installée, sans raison apparente, un peu à l'écart, qui est incapable de rester assise plus de vingt-huit secondes sur sa chaise, qui passe une partie de son temps sous sa chaise (si, si, je l'ai vue), qui parle très peu, même quand on l'interroge, qui semble avoir soit des troubles du comportement, soit des troubles de l'apprentissage, soit un sérieux problème mental type handicap, mais que la maîtresse a omis de signaler... Bref, cette classe de treize élèves est attachante mais compliquée à gérer, peut-être plus encore que les CE1-CE2 un peu vifs et indisciplinés de l'autre école...
Mais le plus dur restait à venir, et je le savais. Les autres (mes collègues) m'avaient mise au parfum directement, histoire que je sois préparée à ce que j'allais trouver en face de moi, en cette deuxième heure du jeudi après-midi.
Quelques jours après, je me demande vraiment si l'on peut être préparée à ça.
A l'heure dite, je me suis présentée à la porte de la classe et j'ai frappé, espérant que la maîtresse m'entendrait. Et j'ai été surprise qu'elle m'entende et qu'elle me réponde, compte-tenu du brouhaha qui régnait à l'intérieur de la classe.
Je suis rentrée dans la pièce et j'ai découvert un spectacle assez incongru pour une salle de classe. La maîtresse était debout sur la petite estrade, tenant en ses mains un bâton de pluie qu'elle était en train d'annoncer de la manière suivante : "Vous connaissez la règle, quand la dernière goutte de pluie est tombée, vous devez être en silence". Sur le coup, je me suis dit que c'était assez créatif et sympa comme méthode pour obtenir le silence, puis, immédiatement après, que si elle en arrivait là, c'était sans doute que les moyens classiques étaient totalement inefficaces. En regardant plus précisément les élèves qui se trouvaient face à moi, j'ai eu la surprise d'en découvrir un à ma droite, allongé par terre, un autre tout au fond, devant le lavabo, en train de boire, puis de se laver les mains et de les sécher consciencieusement, alors même qu'une des élèves avait levé la main pour demander la parole et était en train de dire tout haut "Nous souhaitons la bienvenue à notre nouvelle intervenante de religion" (une phrase absolument adorable venant d'une élève, et aussi totalement incongrue dans cet environnement quasi-apocalyptique qu'était la salle de classe à ce moment-là...)
Au bout d'une heure passée à faire le gendarme et à essayer d'avancer un tout petit peu sur ce que j'étais censée leur dire, je me suis sentie très heureuse d'entendre du bruit de l'autre côté de la porte. Il était 15h25 et la maîtresse regagnait sa classe pour libérer les élèves. En entrant, elle m'a demandé, comme l'avaient fait tous les autres enseignants rencontrés cette semaine, comment la séance s'était passée. Je n'ai pu dire que "c'était compliqué".
Et là, j'ai vu la maîtresse se dévoiler un tout petit peu, en une phrase : "C'est mon quotidien". Et puis elle m'a confié que deux jours plus tôt, elle avait été inspectée et que les élèves avaient été extrêmement créatifs dans la bêtise et le bazar qu'ils étaient capables de faire, devant l'inspecteur. Comme s'ils lui avaient réservé leurs meilleurs tours pour cette occasion un peu exceptionnelle...
J'ai brutalement pris conscience de la détresse de cette maîtresse. Tous les bâtons de pluie n'y feront jamais rien : face à une telle classe, on se demande qui, de la maîtresse ou des élèves, est le plus à plaindre. Et en fait, la réponse vient immédiatement, et ce ne sont pas les élèves qui gagnent. Face à une classe pareille, ce ne sont pas les élèves turbulents que l'on repère, mais les trois qui s'accrochent, qui écoutent et arrivent à se concentrer dans un b****l pareil. Et on ne peut que s'interroger sur le devenir de ces élèves. Surtout quand on apprend, le lendemain, d'une amie, institutrice elle aussi, que ces mêmes élèves, en CE2 l'année précédente, avaient cumulé, à eux seuls, le plus important turn-over chez les instits et la belle performance d'être les seuls élèves de l'Académie à avoir déclenché une grève... du travail de la classe (grève des devoirs, grève de la préparation de la dictée, grève de la dictée elle-même... et j'en passe, bien sûr).
Après cette deuxième journée de travail, où il a encore fallu courir pour arriver à l'école pas trop en retard (la maîtresse était prévenue, et j'ai eu la chance d'avoir une collègue qui terminait son cours dans l'école d'Ebersheim quelques minutes avant 15h30 et qui s'était engagée à aller chercher Louise-Marie le jeudi après-midi, pour que je n'aie pas à stresser sur la route pour être à l'heure, mais que je devais présenter à la maîtresse ce jour-là pour qu'elle repère qui devait aller chercher ma fille), j'ai littéralement explosé de rage contre les enfants, à la moindre bêtise, au plus petit bruit, au premier signe de désobéissance. Le stress avait été tel qu'il s'est retourné contre moi (via des maux de têtes impressionnants) et par ricochet contre les enfants, avec lesquels je suis subitement devenue hyper exigeante, ne lâchant rien, ne laissant rien passer... déclenchant chez Louise-Marie des colères impressionnantes, tout simplement parce qu'elle n'avait dormi que vingt minutes à l'école, au lieu de la sieste de deux heures et demi qu'elle fait d'habitude à la maison.
Le soir venu, j'ai compris que je ne tiendrai jamais ce rythme toute l'année et que ce n'était pas une bonne idée, ni pour moi, ni pour les enfants, que d'avoir accepté ce travail. J'ai aussi pris conscience (et mon époux aussi) qu'en voulant "calmer" Pôle-Emploi, j'avais mis le pied dans un piège qui venait de se refermer sur moi et que, quitte à faire un boulot simplement pour que Pôle-Emploi ne me relance pas tout le temps en me demandant si je menais des recherches actives pour trouver un nouveau travail, je n'aurais pas mieux fait d'accepter cet emploi de porteur de journaux...
Seulement, il y avait une autre donnée à prendre en compte : je n'étais pas là pour gagner de l'argent, mais pour répondre à la mission qui m'avait été confiée par le curé de ma paroisse. Et s'il m'avait appelée là, c'était parce qu'il estimait que j'étais capable de le faire. Et donc que je devais le faire, mais pas au prix de la paix et de la santé de mes enfants. Parce que l'objectif avait toujours été clair et les priorités, dès le début, bien énoncées : si j'arrête mon travail à Mulhouse, c'est parce que c'est mieux pour les enfants, pour leur équilibre, que je sois à la maison pour m'occuper d'eux plutôt que de les confier à la nourrice, au périscolaire ou à la cantine, quelles que soient les qualités des personnes qui ont la charge de ces services. En regardant le plus froidement possible la situation dans laquelle j'étais, je me suis dit qu'il y avait une solution pour apporter un peu de paix dans la famille tout en remplissant la mission qui m'était confiée : réduire mon temps de présence devant les enfants, en classe, à trois heures par semaine pour l'instant, et uniquement le matin pour que cela ne porte pas préjudice à la sieste de Louise-Marie. L'autre avantage étant que cela portait à trois le nombre de niveaux à travailler au lieu de quatre et que la préparation des cours en serait simplifiée.
Dès le vendredi matin, je suis donc allée voir le curé de la paroisse, à qui j'ai exposé le problème du stress et de l'emploi du temps incompatible avec la vie de famille et les heures de siestes de Louise-Marie. En quelques phrases, il a compris le problème et m'a assuré que je pouvais le considérer comme réglé. Le samedi, nous avions la marche de rentrée avec les jeunes collégiens se préparant au sacrement de la confirmation et à la profession de foi et, à cette occasion, il m'a confirmé qu'il avait trouvé un remplaçant pour ces deux classes du jeudi après-midi, réglant du même coup le problème de mon emploi du temps et de la sieste de Louise-Marie.
Le lundi suivant, je me suis donc retrouvée devant ma classe de CE1-CE2, puis devant les CM1 et CM2, comme la semaine précédente. Et je dois avouer que l'ambiance était nettement plus agréable que la semaine précédente. Dans la première classe, parce que l'institutrice avait pris conscience du problème de discipline et qu'elle avait tout de suite pris les mesures qui s'imposaient. Depuis une semaine, les élèves travaillent avec elle le silence, le calme, le respect de l'autre et des consignes. De mon côté, j'ai commencé par rappeler les consignes, puis, avec les élèves, nous les avons réécrites au tableau pour que les élèves les aient dans leur cahier de religion et puissent s'y référer.
Et avec les CM1-CM2, j'ai retrouvé une classe agréable, avec des élèves un peu dissipés, comme tous les enfants de 9 ou 10 ans, beaucoup plus "normaux" que la semaine dernière. Sans doute m'avaient-ils paru particulièrement calmes, en comparaison avec la classe précédente, alors qu'ils sont juste des enfants qu'il convient de canaliser et à qui il faut régulièrement rappeler les règles de la vie collective sans lesquelles il est impossible d'apprendre sereinement.
Je souhaite simplement bonne chance à mon remplaçant du jeudi après-midi : il va devoir développer des trésors de patience, de calme et d'autorité pour mettre au pas cette classe, ne serait-ce qu'une heure dans la semaine. Et je prie pour leur maîtresse, qui m'a semblée, trois semaines seulement après la rentrée, au bord de la crise de nerfs. Je prie pour qu'elle puisse trouver de l'aide et une hiérarchie attentive, compétente et consciente du problème et qui saura l'aider à faire face, qui pourra la comprendre. Je prie pour qu'elle sache prendre les bonnes décisions afin de préserver sa santé mentale tout en cherchant les meilleures solutions pour les élèves qui lui sont confiés.
Et puis je pense aux trois élèves de cette classe qui, contre vents et marrées, tentent et parviennent visiblement à se concentrer, à écouter et à apprendre. Ces trois élèves, si elles parviennent sans encombre jusqu'à la Sixième, seront aptes à gérer n'importe quelle situation de stress parce qu'elles auront appris à faire face au bruit, à la bêtise des autres et, surtout, elles auront compris très tôt, bien plus tôt que les autres, qu'elles sont à l'école et, plus tard, au collège, pour apprendre. Pour elles, pour leur avenir. Je leur souhaite "bon vent" et qu'elles puissent trouver des oreilles attentives pour entendre la souffrance qui est sûrement présente malgré la bonne volonté dont elles font preuve dans leur classe, dans leurs apprentissages. Je souhaite surtout qu'elles persévèrent dans cette voie difficile qui est de ne pas céder aux tentations d'entrer, elles aussi, dans l'indiscipline...
mercredi 27 février 2013
Des dangers de la viticulture
vendredi 26 août 2011
What a great job !!!
jeudi 27 janvier 2011
La Messagère du temps
lundi 14 juin 2010
Livraisons et week-end en amoureux !
Une fois n'est pas coutume, j'ai travaillé trois jours (pour une reprise, c'était une vraie reprise), mais trois jours consécutifs ! Du coup, mercredi soir, j'étais particulièrement fatiguée. Mais j'avais échappé à la "journée marathon" dont Jean-Luc a hérité : conduire les enfants à l'école de musique le matin, puis Noémi à son examen de violoncelle (oui, elle s'est très bien débrouillée !). Une heure après, elle a enchaîné avec l'orthophoniste, qui a confirmé qu'il n'y avait pas de problème actuellement ! Alléluia, de ce côté, ça semble aller de mieux en mieux !
Donc mercredi après-midi, Jean-Luc a emmené Nathanaël et Rébecca à Bergheim, chez ses parents, où ils devaient rester les trois jours suivants. De mon côté, je suis rentrée de Mulhouse plus tard que prévu, parce que ce mercredi 9, nous avions une rencontre avec Guy Delhasse, éducateur spécialisé et écrivain, qui venait parler aux étudiants et personnes intéressées (dont moi, forcément), de l'écriture, des liens entre écriture et travail social, et de l'importance de la littérature. L'après-midi s'est terminée autour d'un jus de fruits sur la place de la Réunion, en plein coeur de Mulhouse, et je suis rentrée par le train, en passant au préalable devant une librairie.
Aïe.
J'ai donc ramené au Gobolistan, en plus du livre de Guy, un livre sur l'histoire de la réunion de Mulhouse à la France en 1798, ainsi qu'un roman se déroulant en partie à Mulhouse, au 19e siècle...
Arrivée à la maison, j'ai terminé le sac de Noémi, que j'ai ensuite (après le dîner parce qu'il était déjà tard !) déposée chez Paul, un de ses grands copains depuis la maternelle.
Retour à la maison, et Vive la liberté ! Sans enfants pendant trois jours, Gobolof et moi étions un peu perdus... Mais que le lecteur se rassure : ça n'a pas duré très longtemps ! Nous avons bien vite retrouvé nos marques de jeunes mariés, et les choses sérieuses ont commencé le lendemain matin, dès 5h30. Nous sommes partis tous les deux en amoureux, livrer du vin en Moselle, puis à Paris. Le soir, après un crochet par Villers-Cotterêts, nous sommes allés jusqu'à Soissons où nous attendait une pizzeria sympa et un hôtel minable (si tant est qu'il mérite le nom d'"hôtel"). Minable, parce que la chambre était trop petite, le ménage n'avait sans doute pas été fait correctement (au vu du nombre incalculable de trucs noirs sur le sol). La literie était correcte, les draps et serviettes propres (c'est le minimum vital !). La salle de bain était microscopique, l'abattant des toilettes monté de travers, la télé était non pas accrochée en hauteur (forcément, les attaches avaient cédé et fait des trous dans le plafond), mais posée sur la toute petite table. Nous n'avions pas grand chose à y poser, mais comme les patères murales étaient inutilisables parce que cassées, la table entière aurait été la bienvenue pour que nous y posions sacs et vêtements... ce qui n'a bien sûr pas été possible. Enfin, il régnait dans cette chambre une odeur mêlant renfermé et vieille pisse... Si nous étions arrivés une heure trente plus tôt, j'aurais fait un scandale et demandé à changer de chambre. Mais dans ce type d'hôtel où tout est automatique (règlement par carte à l'entrée, obtention d'un badge et du numéro de chambre sur un ticket délivré par la machine), le contact humain est réduit à son strict minimum. Et bien entendu, ce ne sont pas les lutins de la machine qui sont responsables des dégradations dans la chambre...
Nous avons tout de même pu dormir à peu près correctement (sauf le bruit des voitures sur l'autoroute voisine), et le petit déjeuner, sans être formidable, nous a tout de même requinqués. J'en ai profité pour râler un peu histoire de marquer le coup, et j'ai déballé mon sac au gentil jeune homme chargé de préparer le petit déjeuner. Il a pris note de nos griefs. Mais le mal est fait : N'allez jamais au Première Classe de Soissons !!!!!!
Heureusement, la journée du lendemain s'est très bien passée, et nous étions même en avance sur notre planning. Tellement en avance qu'au lieu de livrer un client du nord de la Belgique le samedi, nous avons eu le temps d'y aller le vendredi. Et comme, à force de les voir, ces clients deviennent un peu plus que ça, celui-ci comme les autres fois nous a offert à boire. Une pause bienvenue, avant le retour en France pour les trois derniers clients. Nous avons alors pris la route de Valenciennes où se trouvait notre hôtel. Chat échaudé craint l'eau, dit-on. Forts de cet adage, en chemin, nous avons annulé la réservation au Première Classe de Valenciennes pour réserver une chambre à l'Etap'Hotel en face. Bien nous en a pris : nous sommes passés devant l'hôtel où nous aurions dû loger, et il était strictement identique à celui de la veille !
Le soir, après avoir inspecté la chambre, nous sommes allés manger. Et là, surprise : personne ! Les rues désertes, les restaurants fermés... le seul ouvert à moins de 10km à la ronde était un chinois (ça tombait bien, c'était le plan A pour le dîner du soir). Nous y sommes allés et avons été agréablement surpris. Sans que ce soit le haut de gamme, les plats étaient tout à fait corrects ! Au cours du repas, une réflexion de notre voisin nous a donné une piste quant à l'explication de la fermeture de tous les restaurants que nous avions croisés jusque-là : vendredi soir, c'était l'ouverture de la Coupe du monde de foot ! L'explication était forcément là. Nous avons bien ri, parce que du coup, pour une fois, nous avions beau venir dîner assez tard, nous avons été servis très vite !
Après un bon repas, nous sommes retournés à notre hôtel (nous sommes maintenant des habitués des lieux, c'est la troisième fois que nous y faisons étape). Une bonne douche et une bonne nuit plus tard, nous voici repartis, direction la Belgique cette fois. Là encore, de belles rencontres et retrouvailles pour certains clients !
Le retour a été rapide (ou plutôt, Gobolof a roulé bien vite), et nous sommes rentrés épuisés, fourbus, un peu avant minuit ce samedi soir. Mais avec de beaux souvenirs en tête, et surtout la joie d'avoir pu passer trois jours seuls, sans les enfants. Un vrai bienfait dans un quotidien fait de questions des enfants, de réponses parfois agacées, de stress pour les conduire à l'école, pour qu'ils soient prêts à l'heure, qu'ils se lavent les dents ou se brossent les cheveux, que les devoirs soient faits...
L'impression, ce week-end, d'avoir passé une semaine de vacances, avec le dépaysement et les joies et déboires des voyages compris !
Vendredi, les enfants (Gobolovitch et BBK) ont été également fort occupés : c'était la kermesse de l'école. Emmenés par les grands-parents, ils se sont apparemment bien amusés. Mais comme d'habitude, nos enfants étant plutôt secrets, nous n'en saurons pas plus...
vendredi 30 janvier 2009
Sereinement Bio ferme…sereinement !
Eh oui, c’est définitif depuis le vendredi 16 janvier : J’ai demandé la radiation de mon entreprise du registre des métiers du Bas-Rhin.
A cela, plusieurs raisons.
La première, c’est tout simplement que je n’ai pas le temps actuellement de faire tourner mon entreprise.
Ce n’est pour l’heure pas une question d’argent : j’ai un déficit pour 2008, mais c’est normal compte tenu de ma faible activité. J’espérais pouvoir « décoller » en décembre, mais pour que cela soit possible, il aurait fallu que je puisse faire garder BBK au moins une journée par semaine. J’avais trouvé une nourrice disponible le vendredi, à partir du 1er décembre, seulement voilà : son mari tient un restaurant, et elle l’aide le samedi et le dimanche. Dans la semaine, elle garde donc des enfants, sauf le lundi.
Or en novembre, j’avais fait une demande pour travailler une journée de plus à Mulhouse, devant le surcroît de travail qu’il y avait au centre de doc. J’avais donc besoin, au pire, d’une nourrice le lundi, et au mieux d’une nourrice le lundi et le vendredi.
Or celle que j’avais contactée ne pouvait pas prendre BBK le lundi, parce que c’est le seul jour de la semaine où elle peut voir son mari… chose que je comprends, respecte et encourage à 100%, même si ça ne m’arrange pas du tout. Elle m’a donc dit qu’elle connaissait une autre nourrice qui elle, pourrait prendre BBK le lundi… sauf qu’entre-temps, ladite nourrice n’avait plus de place.
Plus de mode de garde pour BBK, donc. Et me voilà obligée d’attendre septembre 2009 au plus tôt pour travailler plus.
Ca n’aurait pas été vraiment un problème si la crise n’avait rattrapé Jean-Luc, ou plutôt son entreprise. Non pas la crise du mois de septembre, qui n’a finalement eu que des retombées très limitées sur l’exploitation de ma moitié en 2008, mais une autre beaucoup plus insidieuse, liée à plusieurs facteurs :
- une année de grêle en 2006, et donc peu de vins à vendre en 2008
- des investissements importants en 2008 (remplacement de matériel, travaux sur les bâtiments…) qui augmentent les dépenses de l’entreprise, et font donc diminuer les bénéfices
- une fin d’année désastreuse au niveau de l’économie mondiale, qui a peut-être rendu les clients habituels plus méfiants, ce qui a fait sensiblement baisser les ventes de vins chers (ceux de Jean-Luc).
Du coup, entre des baisses de ventes sur les produits les plus rentables, une moindre quantité de bouteilles à vendre et des dépenses plus élevées, le salaire de Jean-Luc a été diminué de quasiment la moitié pour 2009.
Rien de dramatique, mais du coup, de mon côté, je peux difficilement me permettre de perdre encore de l’argent, en continuant avec mon entreprise, d’autant plus qu’à partir de septembre 2009, comme je ne satisferai pas à la condition de 1200 heures travaillées par an en tant que salariée (puisque je n’ai pas obtenu mon 75% à Mulhouse), je serai redevable de la totalité des cotisations sociales sur mon entreprise.
Entre des charges plus élevées sur mon entreprise et un salaire plus faible sur celle de Jean-Luc, plus la question de la garde de Rébecca, il devenait évident que je devais réduire les coûts…
Sereinement Bio a donc fermé ses portes officiellement le 16 janvier 2009, avec effet rétroactif au 31 décembre 2008.
Sans regrets, sans amertume, et en toute « sérénité » ! Parce que l’objectif de départ, ma « métamorphose », est atteint, je me sens désormais bien dans mes baskets, bien dans mon travail de documentaliste, et beaucoup mieux dans mon corps. J’ai pu apprendre ce que je voulais apprendre depuis longtemps, à savoir prendre soin de moi, et j’ai pu enfin mener un projet de bout en bout, même si c’est pour y mettre un terme au bout de 4 mois.
Hauts les cœurs : au 1er janvier 2009, un nouveau statut a fait son apparition dans le monde de l’entreprise : celui d’auto-entrepreneur. Concrètement, cela veut dire que les démarches pour créer son entreprise sont simplifiées, et surtout que, contrairement à ce qui se passait jusqu’à présent, où les cotisations sociales étaient d’abord prélevées, puis calculées et éventuellement remboursées si elles avaient été indûment perçues, ce statut permet de simplifier les calculs en procédant par déclarations mensuelles : soit on a gagné de l’argent au cours du mois, et on paie dessus des cotisations, soit on n’en a pas gagné, et on n’a rien à déclarer… De plus, ce n’est pas rétroactif : une fois payées, personne ne peut revenir sur les déclarations effectuées et les sommes versées pour la période considérée…
Ce qui veut dire que le plus simple, c’était, pour moi, de procéder à la radiation de mon entreprise, et de la recréer si la situation était plus favorable dans un an ou deux…
L‘avenir nous le dira…
jeudi 16 octobre 2008
Magali a une remplaçante !
vendredi 26 septembre 2008
Recrutement
mercredi 17 septembre 2008
Vendanges
Bref, j'ai quand même fait mes 12 petites boîtes carrées, et j'ai mis les petits cadeaux dedans. C'est bien, ça tient, mais si je leur donne les boîtes comme ça, elles n'arriveront jamais jusqu'à chez eux intactes...