mercredi 29 octobre 2008

Chansons enfantines... Alsaciennes !


Il y a déjà un moment de cela, j'avais entrepris de reproduire ici le texte d'une chanson que je trouve hilarante, rapportée du périscolaire par Gobolovitch et Gobolovna. Je l'avais oubliée, et ce matin, elle a refait surface, tout simplement parce que Gobolovitch a recommencé à la chanter, ainsi que d'autres, toutes ayant pour point commun de raconter les aventures d'animaux plus ou moins familiers.

La première de ces chansons, c'est celle de la P'tit' cigogne. Je vous laisse apprécier : 

   

La p’tit' cigogne est tombée du nid

Elle a fait « plouf », elle a fait « plof »

La p’tit' cigogne est tombée du nid

Elle a la tête comme un Kougelhopf

 

Youlalahi ! Youlalaho !

Youlalahi, laho, Hop-là !

Youlalahi ! Youlalaho !

Youlalahi, laho, Hop-là !

 

La p’tit’ cigogne elle a mal aux reins

Hop dans l’Haut-Rhin, hop dans l’Bas-Rhin !

La p’tit’ cigogne elle a mal aux reins

Ell’va voir le Docteur Mangin !

 

Youlalahi ! Youlalaho !

Youlalahi, laho, Hop-là !

Youlalahi ! Youlalaho !

Youlalahi, laho, Hop-là !

  

Vous pouvez remarquer au passage l'utilisation de deux termes permettant de s'assurer que le Gobolistan est bien une enclave Alsacienne en pleine Alsace : Hop-là, terme polysémique alsacien signifiant tout autant "Alons-y" que "Ca y est", ou exprimant, selon le contexte, le contentement, l'impatience ou encore un sentiment de fatalité... L'autre terme est, bien entendu, le mot "Kougelhopf", monument de la gastronomie alsacienne. D'autres encore, permettent d'acquérir un début de culture géographique, puisque la chanson précise dans quels départements on peut trouver ces volatiles que sont les cigognes (autre emblème de l'Alsace, avec la quetsche, les bretzels et mauricettes, ou encore le sapin de Noël (c'est dans un incunable du 16e siècle conservé à la bibliothèque Humaniste de Sélestat que l'on trouve la première mention écrite du sapin de Noël !), le vin blanc, les bredalas, etc... Vous remarquerez d'ailleurs que nombre de ces emblèmes sont culinaires, ce qui tendrait à prouver, si besoin était, que la région est un tantinet penchée vers les mets de bouche, et riche à ce sujet (et dans tous les sens du terme, puisque l'on peut également considérer que si l'Alsace est riche en cuisine, la cuisine Alsacienne est aussi très riche). Bref, je n'ai pas mentionné le filet de Sandre au Riesling, ni la choucroute garnie, royale ou pas d'ailleurs, ni le Kouglehopf glacé ou la Forêt Noire... Je laisse l'imagination des lecteurs faire le reste).

 

Les petits Goboloviens ont ramené du Périscolaire d'autres chansons, pour certaines très connues, comme celle-ci :

 

Petit escargot

Porte sur son dos

Sa maisonnette

 

Aussitôt qu’il pleut

Il est tout heureux,

Il sort sa tête !


 

Ou encore celle-ci : 

 

L’araignée Gypsie

Monte à la goutière

Tiens voilà la pluie,

Gypsie tombe par terre

Mais le soleil

A chassé la pluie

Mais le soleil

A chassé la pluie

L’araignée Gypsie…

 

Ces deux derniers titres sont devenus depuis quelques temps de grands tubes au Gobolistan, et sont chantés plus ou moins en boucle selon la météo et les centres d'intérêt de chacun. L'histoire de l'escargot a trouvé un regain d'intérêt par l'intermédiaire des grandes sections de l'école maternelle où va Nathanaël, avec une visite de la classe Arc-en-Ciel en classe Soleil, dépositaire cette semaine-là d'un terrarium et de huit escargots, dont les enfants devaient s'occuper pendant une semaine. A la fin du mois de septembre, donc, les enfants de la classe Soleil ont invité ceux de la classe de Nathanaël pour leur faire partager leurs découvertes, et ont chanté avec eux cette comptine, ce qui a immanquablement fait remonter ladite comptine en première place du top 5 des chansons du Gobolistan. Ceci dit, l'avantage de ce top 5, c'est qu'il n'est pas lié à la vente d'un ou plusieurs disques, à mais bien à un réel degré de popularité, mesurable très facilement d'une part en fonction du nombre de fois où on entend cette chanson, et d'autre part en conjonction étroite avec le degré d'énervement après la 50e écoute consécutive de ladite chanson pour les parents. (Pour la petite histoire, la visite chez les "grands" a eu une autre conséquence : notre petit Nathanaël s'est lancé dans l'observation d'escargots à la maison, et a profité des jours de pluie de la première quinzaine d'octobre pour aller à la chasse, et nous ramener quelques spécimens... Les spécimens en question on moyennement apprécié le changement d'habitat, et ce n'est que parce qu'il était clair qu'ils étaient mieux dehors que Gobolovitch a accepté de les remettre dans l'herbe...).

 

Notre top 5 comporte en ce moment un autre titre, celui du générique des "Cités d'Or". Et là, ô surprise, même BBK s'y est mise : depuis dimanche dernier, elle se réveille une heure plus tôt qu'avant (en réalité, pour elle, c'est la même heure, mais ça fait une heure plus tôt pour nous, avec le passage à l'heure d'hiver). Du coup, comme elle est réveillée plus tôt, et qu'elle ne peut pas sortir de son lit à barreaux, elle passe le temps. Et nous avons donc droit, vers 6h05 le matin, à des "Aaaaaa", sur tous les tons, vocalisés, entrecoupés de "Papa !!!" et de "Am !" (ce qui signifie pour elle "Manger", ou encore "J'ai faim"). Bref, une fois que le ton est donné, tout y passe, et les "grands" prennent vite le relais.

BBK n'est d'ailleurs pas en reste en ce qui concerne les chansons. Elle a trouvé récemment (durant l'été, en fait), le moyen de monter sur une chaise, après l'avoir déplacée devant le lecteur de CD, et de mettre le lecteur en marche, d'y insérer un CD, et s'amuse beaucoup à mettre le disque en route, à l'interrompre, à passer sur la radio, puis à changer des fréquences moyennes vers les grandes ondes, et inversement, ce qui peut, là aussi, être particulièrement difficile à supporter nerveusement, pour quiconque tente de suivre un programme musical, quel que soit le programme d'ailleurs... Je vous laisse imaginer ce que ça peut donner...

 

Bref, depuis la suppression de la télé au quotidien, la musique prend de plus en plus de place au Gobolistan, et ce, sous toutes ses formes : violoncelle pour Gobolovna (je vous en dirai plus dans un prochain billet), chants, disques, radio, détournement de comptines et de chansons apprises à l'école, et ce en Français autant qu'en Allemand... Le champ d'exploration musicale est vaste !

 

Très prochainement, vous aurez donc l'immense plaisir, l'honneur et l'avantage de suivre d'autres aventures (en différé sur nos ondes) des Goboloviens du Gobolistan.

Au programme :

- les vendanges, suite et fin

- Gobolovna et le violoncelle

- naissance, vie et mort d'une entreprise

- les tergiversations de Gobol

- réunions Tupperware et autres Pierre Lang

- C'est reparti pour la PEEP

- La fête des lanternes

- La Saint Nicolas

- Recettes de Bredalas de l'Avent...

 

Il y aura de quoi faire, durant les deux mois qui viennent !

 

 

jeudi 16 octobre 2008

Magali a une remplaçante !

Nous en étions restés, à l'ISSM, à la première salve d'entretiens d'embauche pour une documentaliste, remplaçante de Magali, partie en congé maternité.

Le lundi qui a suivi cette journée mémorable (voir billet précédent), le 29 septembre, donc, la directrice avait décidé de procéder aux autres entretiens d'embauche, et de mettre tout le monde à égalité en le faisant également par téléphone. Et ceci pour plusieurs raisons.

La première, c'est que notre directrice manque de temps. Et recevoir 7 personnes au total, c'est beaucoup de temps... surtout quand on n'en a pas. Donc, faire des entretiens par téléphone, c'était un gain de temps appréciable.

La deuxième, c'est que les premiers entretiens s'étaient bien déroulés, même si faire passer des entretiens par téléphone, c'est à double tranchant, et c'est un exercice très difficile, tant pour le recruteur que pour le candidat. C'est redoutable, parce qu'il est difficile de se mettre dans une situation de convaincre quelqu'un quand on ne le voit pas. Par téléphone, c'est toujours un peu virtuel... Pour le recruteur, c'est délicat aussi, parce qu'il se passe beaucoup de choses dans le non-dit : l'attitude, la tenue (la façon de se tenir, en fait), les gestes, etc. On voit si la personne est plutôt ouverte de caractère, ou si elle est anxieuse, renfermée, ou au contraire avenante, souriante... bref, on peut se faire une idée relativement précise sur une personne rien qu'en la voyant... ce qu'on ne peut pas faire par téléphone...

La troisième raison, c'est tout bêtement qu'il aurait été particulièrement injuste pour les candidates venant de loin d'avoir des conditions de recrutement difficiles (par téléphone), et de favoriser de fait les candidats du lundi, qui eux viennent tous de la région, en les recevant. Pour ne léser personne, la directrice a donc préféré appeler tous les candidats, en se réservant le droit de convoquer par la suite les personnes qui avaient retenu notre attention, si jamais nous ne parvenions pas à les départager.

 

Bref, ça a commencé un peu comme le jeudi précédent, à l'envers.

Je devais être à l'ISSM pour 14 heures. Et pour cela, j'avais un train qui quittait la gare de Sélestat à 13h11. Le temps de manger, et hop, Jean-Luc passait à la maison récupérer BBK, pour que je puisse partir. Si j'avais décidé de prendre le train précédent, j'aurais dû quitter la maison à 11h40 pour un train quittant Sélestat à 11h50... Trop tôt, difficile pour Jean-Luc, et parfaitement inutile, puisque les entretiens ne devaient débuter qu'à 14h15...

Oui, mais voilà, c'était sans compter sur la formidable ponctualité des réseaux ferrés européens, puisque le train de 13h11, c'était en fait un train venant de Bruxelles, et allant à Zurich. Il faisait donc une partie du trajet en Belgique, un bout en Alsace qu'il traversait du nord au sud, et avait son terminus en Suisse.

A mon arrivée à la gare, je vois deux lignes qui clignotent sur les moniteurs. Pour deux trains dont le départ est prévu à 13h11 : l'un en direction de Strasboug, l'autre vers Zurich. Sur le premier, le retard indiqué était de 5 minutes. Fort bien, me dis-je naïvement, 5 minutes, comme d'habitude, mais je serai quand même relativement à l'heure... Sauf que quand je suis arrivée sur le quai, l'affichage indiquait 30 minutes de retard. Je suis donc retournée à l'intérieur de la gare, furieuse contre la SNCF d'être si mal organisée, et ne sachant pas si mon train avait en définitive 5 ou 30 minutes de retard... pour me rendre compte au final que les deux trains avaient du retard et que j'avais lu un peu vite l'affichage : l'un avait 5 minutes de retard, et l'autre 30 minutes. Et devinez lequel était le mien ?

 

Déroutée et surtout très embêtée (parce que 30 minutes de retard, ça me faisait arriver au mieux à 14h30 à Mulhouse... donc sérieusement en retard, pour le coup...), je suis allée directement au guichet, pour demander si par hasard, il y aurait un autre train qui irait vers Mulhouse. Après avoir cherché, la guichetière m'a gentiment dit que le plus rapide, c'était d'attendre le train de Zurich, parce que la seule autre solution, c'était un train omnibus qui allait jusqu'à Colmar, puis un autre omnibus, qui me faisait arriver à Mulhouse bien après 15 heures...

Décidée à faire contre mauvaise forture bon coeur, mais consciente malgré tout des problèmes qui s'ensuivraient, j'ai quand même expliqué à la guichetière (pour une fois que c'en était une sympa, j'en ai profité) que je devais aller faire passer des entretiens d'embauche à 14h15, et qu'il fallait au moins que je prévienne de mon retard (rentrer à la maison récupérer la voiture, et y aller avec ce moyen de transport n'était pas non plus envisageable, puisqu'aller de Sélestat à Mulhouse en voiture, ça prend en soi 45 à 50 minutes, plus 10 pour rentrer à pied de la gare, plus 5 pour appeler Jean-Luc et lui expliquer la situation, plus 10 pour qu'il rentre à la maison avec la voiture, plus un certain temps pour que je me perde dans le centre de Mulhouse, puisque je n'y vais jamais qu'en train, et ne sais donc pas trop comment on va de l'autoroute au centre-ville en voiture, plus au moins le même temps pour que je trouve une place pour me garer... soit au total bien plus de temps que si j'attendais tranquillement le train, malgré la 1/2 heure de retard).

Dont acte. La guichetière me passe le téléphone, et j'appelle l'ISSM. Il est 13h15, et je réalise qu'il est sans doute un peu tôt : le secrétariat n'ouvre qu'à 13h30... Mais c'était sans compter Hassina, qui mange régulièrement à l'ISSM à midi, après avoir fait son marché. Et là, coup de bol, elle est là, et peut prendre le message : je n'arriverai que vers 14h45...

En attendant, je prends mon mal en patience... et un bon bouquin. Et j'attends. 13h50, le train de Zurich entre enfin en gare, et je m'empresse d'y monter. A cette heure-là, il n'est pas trop bondé, en revanche, il est plein de bagages plus ou moins volumineux... Mais tant pis. De mon côté, je voyage léger, il suffit de trouver une place, ce qui n'est pas un problème à cette heure-là.

 

14h30, le train entre en gare de Mulhouse. Avec donc presque 40 minutes de retard sur l'horaire prévu. Je me dépêche, et 10 minutes plus tard, je tombe nez à nez avec Casimir, qui rentre chez lui. Il m'annonce en pleine rue qu'il a fini par partir, parce qu'il est là depuis 9h30 du matin, et qu'il n'a toujours pas mangé, mais qu'il ne voulait pas laisser la bibliothèque ouverte sans personne, parce que s'il n'y a pas de documentaliste, en revanche, les étudiants sont bien là ! Et la doc ne désemplit pas, atelier de recherche oblige.

Il m'annonce qu'il est quand même parti, et qu'il y a plein de monde au centre de doc... Il m'accompagne à l'ISSM, et m'explique en chemin que Cyril, formateur, lui a demandé de laisser les étudiants travailler au centre de doc... ce qui ne doit pas se faire, en temps normal... Donc, je fonce avec Casimir, pour trouver Cyril dans la bibliothèque, avec quelques étudiants. Et il me dit, la bouche en coeur : "Ah bon, c'est bien, maintenant que tu es là, les étudiants peuvent rester..."

Euh... Non, Cyril, parce que je repars illico presto pour les entretiens, là, je n'ai que le temps de récupérer les 4 CV et lettres de motivation, ainsi que les numéros de téléphone, et je m'en retourne au 2e étage... Pas de doc à la doc !

Entre-temps, Casimir, qui fait preuve d'une grande initiative sur ce coup-là, et semble être en très grande forme (comme quoi, les champions du monde, des fois, ils peuvent être tout à fait bien !), revient avec Odile, la directrice-adjointe. Elle a l'habitude de ce genre de situation, elle saura gérer avec Cyril. Je prends mes papiers, du brouillon, un stylo, et je me sauve.

 

Annie (la directrice) m'attend dans son bureau. Je m'excuse... et on récapitule : l'ordre des candidats, les numéros de téléphone, les CV... tout y est. Je fais un topo rapide sur le premier à appeler : tout jeune, 20 ans, sorti tout juste de l'IUT, peu d'expérience à part les stages obligatoires dans le cursus... A voir.

Annie l'appelle, s'excuse du retard et explique le souci de train. "Ce n'est pas grave", répond le jeune candidat... On commence l'entretien : rappel de son parcours, "Qu'est-ce qui vous plaît dans ce métier ?" "Comment vous décririez-vous ?" "Pouvez-vous nous donner votre plus gros défaut et votre plus grande qualité ?" Le petit jeune ne se laisse pas démonter, et se décrit comme quelqu'un de sérieux, de rigoureux, avec le défaut qui va avec : la tendance à être un peu trop méticuleux... Ce qui peut être une qualité pour un documentaliste, mais qui peut vite tourner au cauchemar si deux documentalistes de la même équipe ont ce même "défaut"... ce qui est mon cas justement... parce que les deux n'ont pas forcément la même vision du travail, et que cette rigueur peut aller jusqu'à une certaine rigidité, et si on est tous les deux rigides, mais pas de la même façon, ça risque de poser de légers problèmes...

On arrive à la partie "questions". Je prends le combiné, pour lui répondre, et les seules questions qu'il pose, ce sont les horaires, et où mange-t-on ? Je lui explique notre organisation de travail actuelle, ainsi que le rôle de la cuisine pédagogique (sans lui parler pour autant des repas du mardi et du jeudi), et rends le combiné à Annie, interloquée par ces questions très en-dehors de la question centrale qui est le travail en doc, au quotidien...

 

On passe vite à la suivante. L'entretien était prévu à 14h45. Il est 15h20. Une jeune fille, qui finit une vacation à l'école des Beaux-Arts de Mulhouse. Elle est de Strasbourg, et a demandé à ce qu'on la rappelle sur le portable de sa collègue.

Le coup de fil commence très bizarrement. Annie commence directement par confondre haut-parleur et touche pour raccrocher quand on est en mains-libres. Elle fait donc le numéro, et raccroche aussitôt, en appuyant sur le mauvais bouton. Elle regarde le téléphone, très surprise du résultat, et visiblement, ne comprend pas tout de suite d'où vient l'erreur, puisqu'elle me dit : "Ca n'a pas marché ? Je recommence ?" Je ne sais pas trop comment lui dire qu'elle s'est trompée de bouton... J'acquiesce, et la voilà repartie. Elle tombe cette fois-ci sur la propriétaire du téléphone portable, et commence à lui parler, pour se rendre compte au bout de quelques secondes qu'elle n'a pas mis le haut-parleur. Et raccroche.

Sauf que là, elle se rend compte qu'elle a fait une erreur de bouton, et rappelle illico. Evidemment, comme souvent, ça sonne occupé... On recommence la manoeuvre, et là, la "collègue" de notre candidate qu'elle a au bout du fil lui dit que de toute façon, la jeune documentaliste n'est pas là, qu'il faut l'appeler chez elle, parce que passer un entretien d'embauche par téléphone pendant ses heures de travail, c'est... disons... moyen...

Dont acte. Annie raccroche, puis décroche le combiné, forme le numéro, attend que ça réponde, tente de mettre le haut-parleur et... raccroche ! Là, je n'y tiens plus, et je pars d'un grand éclat de rire. En fait, j'ai essayé au départ de ne pas rire : je ne voulais pas que ma directrice pense que je me fichais d'elle... Seulement, quand un fou rire vient, il vient, et il n'y a rien à faire pour l'en empêcher. C'est exactement ce qui s'est passé ce jour-là. Et coup de bol, la directrice l'a bien compris comme ça, et s'est mise à rire franchement également... Le temps de nous calmer toutes les deux, et elle refait le numéro de téléphone, non sans m'avoir confié la lourde tâche de mettre moi-même le haut-parleur en marche lors des prochains appels...

La suite est un rien plus classique : mêmes questions que pour le premier : Pourquoi ce métier ? Qu'est-ce qui vous plaît ? Comment vous décririez-vous ? Votre plus grande qualité ? Votre plus gros défaut ? Des questions sur notre organisation ?

Celle-ci se décrit comme un peu réservée (ce qui se sent au téléphone, mais n'en fait pas pour autant quelqu'un d'aussi insaisissable que celle de Caen, la semaine précédente), mais fiable. Quand on lui demande de préciser, elle nous dit qu'elle entend par là qu'elle est digne de confiance. La suite de l'entretien est édifiante : contrairement au précédent, elle pose des questions. Des tas. "J'ai vu sur votre site internet que vous avez instauré un système de chèque de caution pour éviter les vols... c'est la première fois que j'entends parler de cette possibilité. Vous n'avez pas de système anti-vol ?..." S'ensuit une discussion très intéressante sur le rôle de la documentaliste quant à l'incitation à la lecture, la question des retours d'ouvrages, du problème des pertes et des vols... Bref, quelqu'un de plus ouvert et de moins réservée qu'elle ne le pense elle-même, et en tout cas de très intéressante...

 

Suivante. Une Jordanienne. L'entretien était prévu à 15h15. Il est 15h45. Nous l'appelons sur son téléphone portable. Elle marche, elle doit aller prendre un bus ou un tram. Elle s'excuse, et nous demande s'il est possible de la rappeler après 17 heures, parce que là, elle ne sera pas dans de bonnes conditions pour répondre à nos questions et passer cet entretien... Annie approuve, et confirme qu'elle rappellera à 17 heures.

Entre temps, Annie découvre sur sa messagerie internet deux messages de cette même jeune fille, expliquant qu'elle ne peut pas attendre plus longtemps l'appel d'Annie, et demandant qu'on la rappelle soit le soir, soit le lendemain... Réaction d'Annie : "Au moins, elle est réglo !"

Du coup, on est quasiment à l'heure pour le dernier entretien, prévu à 15h45. C'est parti. Une jeune fille de Sélestat. Mêmes questions que pour les autres. Elle avait préparé l'entretien. Elle avait des questions, elle lisait visiblement des notes qu'elle avait prises à la lecture de la présentation de notre centre de doc sur Internet, et quand on lui a posé les questions de son défaut et de sa qualité, elle a eu une réponse qui trahissait tant sa jeunesse que sa candeur : "Ah zut, celle-là, je ne l'ai pas vue venir : c'est une question bateau, pourtant, mais je ne l'ai pas préparée !" Sourire en coin de la directrice. Et réponse de la candidate : "Je me décrirais comme rigoureuse, méticuleuse, peut-être au point que ça en devienne un défaut". Encore !

 

Le "classement" est le suivant, à l'issue de ces trois entretiens : La candidate de la région Bordelaise, entendue le jeudi précédent, vient en première position, suivie de très près par la Strasbourgeoise. Vient ensuite la jeune fille de Villeurbanne, puis celle qui est en CDD aux Beaux-Arts, et enfin le jeune homme. La personne de Caen est éliminée. Reste la Jordanienne. Et les scrupules.

S'engage alors une longue discussion sur la jeune fille de Bordeaux : peut-on décemment la faire venir pour 1000 € par mois, pour 6 mois, dans une région qu'elle ne connaît pas, même si elle y a des amis et pas de problème de logement ? On finit par en arriver à mon propre parcours : il y a 10 ans, je démarrais à l'ISSM, débarquée de Quimper, avec les mêmes questions. Et 10 ans après, je suis mariée, mère de famille, et je ne regrette aucun des choix que j'ai fait à ce moment-là (ni plus tard). Et j'explique à Annie que j'ai eu la chance d'avoir été la seule candidate à l'époque pour ce poste. Et que si ma place s'était jouée sur la question géographique, j'aurais été déçue de me la voir soufflée par une candidate "locale", pour la seule raison qu'elle était originaire d'un peu plus près...

Annie en convient, mais me dit que l'un des administrateurs, plus particulièrement chargé des questions de personnel à l'ISSM, n'aurait pas les mêmes scrupules : si deux candidates sont bien, et que l'une d'elle vient de la région et l'autre pas, il prend celle qui vient de la région. Sans état d'âme.

Je reparle alors de l'entretien passé avec l'administrateur, où il me posait très justement la question de la distance. Je l'avais rassuré en lui disant que j'avais de la famille dans le coin, et que pour ce qui était de la mer, elle ne s'évaporerait pas de sitôt, et que je pourrai toujours y retourner... le principal pour moi étant de trouver du travail, tout en sachant que les postes de documentalistes sont rares, donc chers...

 

Décision est prise de rappeler la candidate de Bordeaux, pour rediscuter avec elle de la question de la distance, justement...

Il est 17 heures 15, l'heure de rappeler la Jordanienne. Et pas de réponse : c'est la boîte vocale.

Seulement, de mon côté, je dois rentrer, partir au plus tard à 18 heures... S'il faut encore attendre pour la rappeler, ça va être dur pour Jean-Luc...

Annie me renvoie chez moi, en me disant qu'elle rappellera la jeune femme vers 18 heures, et qu'elle lui dira de m'appeler si elle a des qestions sur le travail lui-même. Je rentre à la maison en me surprenant à prier pour que la candidate de Bordeaux soit prise... Le CV de la Jordanienne est impressionnant, mais sa personnalité semble loin de "coller" au poste. Et puis, il semble aussi, au vu de son parcours, qu'elle soit plus informaticienne que documentaliste... elle risque de s'ennuyer dur ! et très vite !

 

Mardi 30 septembre. Je croise Annie à 8h30 au secrétariat. Et je vais donc aux nouvelles. Pour elle, la Jordanienne ne bouleverse pas beaucoup notre "tiercé" gagnant, et elle vient plus en 4e ou 5e place... ex-aequo avec la jeune femme de Villeurbanne. Je lui demande si elle a pu joindre la Bordelaise, comme on l'a surnommée entre nous, et elle me répond qu'elle s'apprêtait à l'appeler quand je suis arrivée...

Rien d'autre à faire, donc, qu'attendre que la décision soit prise.

Je descends à la doc pour ma matinée de travail. J'y trouve Casimir, inquiet, très inquiet sur l'identité de la remplaçante... et sur la sauce à laquelle il va être mangé ! Je le rassure, en lui disant qu'on a deux candidates sérieuses, et qui ont l'air toutes les deux très bien, bien que très différentes l'une de l'autre. Et que je suis aussi dans l'expectative...

12h30 : l'heure du déjeuner dans notre "cuisine" devenue "cantine" pédagogique. Et Annie se joint à nous. Elle me demande alors si la Jordanienne a appelé. Tiens, non, c'est vrai, je n'y pensais plus... Aucune nouvelle...

Je redescends à la doc, libère Casimir pour qu'il puisse rentrer déjeuner, et me lance dans mon après-midi d'enregistrement des nouveaux étudiants dans notre base de données. Vers 16 heures 30, le téléphone sonne : la Jordanienne. La conversation prend un tour surréaliste :

"Bonjour, je vous appelle parce que la directrice m'a demandé de le faire".

Ah. Ca commence bien.

"Oui, c'est essentiellement pour pouvoir répondre aux questions que vous vous posez sans doute sur le poste".

"Ben écoutez, en fait, non, je n'ai pas trop de questions : j'ai travaillé dans un CDI, d'après ce que j'ai pu voir, c'est très comparable, je m'en sortirai... Ah si, les horaires ? Madame Steiner me les a donnés, hier, mais je ne les ai pas bien notés... Vous pourriez m'en dire plus ?"

"Bien sûr : Lundi toute la journée, mardi, mercredi, jeudi après-midi. Pas d'autres questions ?"

"Non, c'est bon... J'espère que je pourrai travailler avec vous ! A bientôt, peut-être ?"

"Oui, peut-être... Au revoir !"

Et hop, conversation terminée. Elle n'avait pas de questions. Rien. Décevante.

 

Annie redescend à ce moment-là, et passe à la doc (je ne l'aurai jamais vue autant en si peu de temps ! D'habitude, il faut se lever de bonne heure pour la voir une fois dans la semaine !). Je lui raconte l'entretien, qui confirme son impression à elle, et place la Jordanienne en 5e position, à égalité avec le jeune homme, et uniquement à cause de son expérience professionnelle, sinon, elle était en dernière position...

 

Jeudi 2 octobre. Toujours pas de nouvelles. Qu'en est-il ? Annie a-t-elle pu joindre la Bordelaise ?

Je la croise dans l'escalier en arrivant. Elle me dit qu'elle viendra me voir très vite.

Effectivement, un peu plus tard dans la matinée, Annie m'apprend que le mardi, elle n'a pas eu une seconde pour appeler notre "favorite". Mais que la veille, mercredi, elle avait prévu de passer ce coup de fil en priorité, en arrivant. A 8h40, donc, elle s'apprêtait à décrocher le téléphone, quand celui-ci a sonné. C'était elle, qui appelait, inquiète, pour savoir si elle pouvait avoir des nouvelles sur sa candidature. Parce que si elle devait venir le lundi suivant, il fallait qu'elle le sache très vite...

Je ne sais pas ce qu'elles se sont raconté mercredi matin, mais toujours est-il que Mathilde a été embauchée à partir du mardi suivant. Elle avait déjà regardé sur Internet pour les billets de train, elle avait appelé sa meilleure amie pour savoir si elle pourrait loger à Thann, dès la fin de la semaine...

 

Mardi 7 octobre, la "Bodelaise", qui jusque-là n'avait qu'une voix, a enfin un visage. Elle s'est présentée au centre de documentation à 9 heures, comme prévu, et je me suis retrouvée dans la peau d'un guide et historien de l'ISSM et de son centre de documentation.

Bien sûr, je n'ai pas fait l'impasse sur Casimir. J'ai préféré la mettre au courant immédiatement. Annie lui en avait déjà touché un mot lors de leur rencontre la veille (Mathilde était passée à l'ISSM pour repérer les lieux, et avait pu voir Annie), et lui avait dit que je lui en parlerais plus le lendemain.

A 10 heures, Casimir, justement, est arrivé. J'en ai profité pour entamer une visite de l'école avec Mathilde, et pour lui présenter nos collègues. Ca nous a pris le reste de la matinée (Françoise est bavarde !), et quand nous sommes retournées au centre de documentation, ce fut pour dire à Casimir que nous montions manger... J'avais prévenu Caroline que nous serions un de plus au déjeuner ce jour-là...

L'après-midi, Magali est venue rapporter ses clés, pour que Mathilde ait son propre jeu pour le lendemain : Casimir serait là à son arrivée, mais elle n'aurait pas de clé pour le caisson où nous rangeons nos sacs et affaires personnelles, et elle ne pourrait pas fermer le soir... Je lui ai ensuite parlé de l'histoire du centre de documentation, de son lourd passif, de son fonctionnement quand j'étais seule, des nouveautés introduites par Isabelle, puis Magali, quand on a pu être plusieurs sur le poste, et donc mettre en place ce qu'il était impossible de réfléchir avant, en termes d'animations, d'expositions...

 

Je l'ai quittée le soir en lui disant que le lendemain allait être difficile, et toute la semaine suivante aussi : je devais aller à Paris le jeudi 9 : elle serait donc seule à la barre dès le lendemain de son arrivée, et pour une semaine... Un baptême du feu en quelque sorte, puisque dans le même temps, elle aura aussi à apprendre à connaître Casimir, avec qui elle travaillera toute la matinée du vendredi, pour avoir une semaine complète. Le lundi, ce sera journée continue, et le mardi, je serai de retour. Elle pourra bien sûr m'appeler le mercredi ou le vendredi, en cas de problème, à la maison. Je lui ai laissé les codes d'accès à ma session informatique pour qu'elle puisse travailler, et nous avons créé un profil pour elle sur le logiciel documentaire, pour qu'elle puisse commencer à se faire la main en indexation (redoutable exercice, mais le plus efficace pour se mettre d'emblée dans le bain). Elle s'en est bien sortie, et a appelé Magali le jeudi, parce qu'elle ne savait pas quoi indexer dans les revues qu'elle devait dépouiller. Et bien sûr, j'étais injoignable.

Si si, un jour, j'aurai un téléphone protable. C'est promis.

 

Mardi dernier, nous avons donc fait le point sur ce qui s'était passé durant la semaine. J'ai repris certaines choses, rattrapé d'autres, mais globalement, elle avait su prendre les bonnes décisions, sélectionné les bons articles, et après quelques recadrages, ça ira comme sur des roulettes. Nous ne nous sommes pas trompées en la préférant aux autres...

Du coup, je suis aussi moins inquiète. Quelle que soit la décision de Magali, nous avons une remplaçante tout à fait compétente. Et libre, ce qui est important, si elle doit rester après le congé maternité de Magali...

 

La suite (ou plutôt le reste) dans un autre billet : il est temps d'aller au lit !