J'envoie un billet que j'espère court, pour vous expliquer un peu ce que je fais pour gagner ma vie. Parce que ce n'est pas forcément évident pour tout le monde, donc j'explique.
En fait, c'est à la fois très simple, et très compliqué (j'ai déjà entendu ça quelque part, mais où ???
) : l'Issm, c'est l'Institut Supérieur Social de Mulhouse (voir le site dans les liens). Je ne vais pas redire ici ce qui est mieux expliqué sur le site de l'Institut, mais sachez que c'est en fait un centre de formation de travailleurs sociaux (en formation initiale, l'ISSM forme des éducateurs spécialisés et assistantes sociales, en formation continue, ben y'a tellement de choses différentes que je ne pourrais pas vous dire exactement, sauf qu'en se moment, nous avons des étudiants CAFERUIS (cadres), des surveillants de nuit, des auxiliaires de vie sociale, et d'autres pour des formations plus ou moins longues).
Mon rôle dans tout ça ? Ben je suis documentaliste. Ce qui ne veut pas dire que je fais des documentaires, mais plutôt que je mets de la documentation à disposition des étudiants de l'école. En gros, je suis payée pour décortiquer pour eux les livres et les revues qu'on reçoit, leur concocter des résumés, y mettre des mots-clés pour pouvoir les retrouver quand on fait une recherche par thème. Documentaliste, quoi. Ou bibliothécaire, si c'est plus parlant. Ca n'a l'air de rien, mais c'est passionnant comme métier (et surtout, ça me donne une très bonne excuse pour pouvoir laisser les enfants à mon cher et tendre mari, sans culpabiliser, deux jours par semaine, et notamment quand je deviens folle à force de m'occuper d'eux).
(Petite digression : un jour ma directrice arrive dans le bureau, c'était quelques jours après la reprise du travail après la naissance de BBK. Et elle me demande comment ça va, si j'arrive à gérer maison, enfants, boulot, transports (Mulhouse-Sélestat, c'est 70km deux fois par jour), etc. Je lui réponds que je me sens bien, que tout va bien, que je suis sereine au boulot, pour la simple raison que je n'ai pas l'impression de travailler. Etonnée, elle me demande ce que je veux dire, et j'éclaire sa lanterne : "Ben tu vois, quand je suis à la maison, je suis en vacances de l'ISSM. Et quand je suis à l'ISSM, je suis en vacances de la maison. Je suis donc tout le temps en vacances. La belle vie, quoi !" Bon d'accord, en fait, les vraies vacances, les vraies de vraies, c'est quand on est tous en congés, et qu'on part (Autriche, Italie, Bretagne, peu importe, l'essentiel est d'être ensemble, et de ne pas avoir à partir pour Bergheim parce qu'il y a un client, ou ne pas avoir à se prendre la tête pour savoir comment gérer la situation avec les trois zouaves du Gobolistan...). Mais quand même, le boulot, qu'est-ce que c'est reposant !!!)
Bref, le boulot à mi-temps, c'est bien.
Et c'est d'autant mieux quand en plus, on fait ce qu'on aime. A l'ISSM, j'ai cette chance d'avoir une chouette directrice, et des chouettes collègues qui ne sont pas toujours sur mon dos à me demander si j'ai bien fini le travail pour vendredi, ou si j'avance bien dans le rapport truc-muche à rendre pour hier. J'ai mis le temps, mais je m'y sens bien maintenant, et je crois que j'y ai toute ma place, que mes compétences sont reconnues par mes collègues et ma directrice, et du coup, je me sens bien au travail. Bon d'accord, ce n'est pas tous les jours facile, il y a des situations complexes à gérer (un aide-documentaliste gay mentalement très perturbé, des secrétaires tout le temps remplacées à qui il faut tout réexpliquer, on ne sait même plus qui est la remplaçante de qui, puisque la remplaçante de la secrétaire-comptable, qui est en congé parental, est elle-même en congé parental et a été remplacée, mais la remplaçante a été opérée, et donc remplacée par l'actuelle remplaçante de la standardiste, remplaçante elle-même de la secrétaire qui était au standard mais qui est maintenant en formation continue... Vous suivez ? Moi non plus. Normal). Il y a aussi des tensions avec certains formateurs, qui demandent plus que ce qu'on peut humainement faire, mais on essaie quand même, parce qu'il faut bien qu'ils aient ce dont ils ont besoin pour travailler dans de bonnes conditions, il y a aussi la photocopieuse qui ne marche plus parce que la porte avant ne ferme plus correctement, alors on lui a mis du scotch, mais il se décolle périodiquement... Il y a également les ordinateurs de la bibliothèque, qui sont on ne peut plus capricieux : ils ont six mois à peine, et l'un des deux démarre en boucle sans jamais arriver là où il veut aller, visiblement, et l'autre a une souris capable de s'escamoter toute seule sans qu'on sache vraiment pourquoi, et qui ne réapparaît que si on redémarre la bête... Sympa, hein ?
A part ça, l'ISSM, c'est plutôt sympa.
La journée de jeudi, outre le petit déjeuner, était en fait une journée de travail autour d'un langage documentaire élaboré depuis plusieurs décennies par des documentalistes travaillant dans le secteur social, et réunies au sein de l'association PRISME. Le but de la manoeuvre étant de donner des outils communs à tous les documentalistes du secteur social, afin de faciliter tant le travail au quotidien de ceux et celles qui traitent les documents que d'apporter un catalogue collectif important, et potentiellement utile à tous les membres du réseau, avec à terme le rêve d'un catalogage partagé permettant d'éviter de saisir deux fois les mêmes références dans plusieurs bases de données du même secteur d'activité. Pour diverses raisons, le catalogue collectif est loin d'être opérationnel (problème d'accès aux bases, catalogage incomplet pour nombre de documentalistes, ou trop lent pour être exploitable pour d'autres, etc.). En revanche, le thésaurus permettant à chacun de travailler chez soi est certes en évolution constante (comme tous les thésaurus, il s'adapte à l'évolution tant du langage que des concepts, de leur utilisation ou de l'état des recherches dans le secteur auquel il se réfère), mais il est utile, et utilisé.
Le travail de notre petite commission de 8 documentalistes est d'élaborer ce thésaurus, en partant pour cela des candidats-descripteurs proposés par les documentalistes qui alimentent la base de données de l'association. Vaste chantier que le nôtre, sachant que notre thésaurus comporte d'ores et déjà plus de 2500 thermes, et pas moins de 3000 candidats...
Suite à de nombreux changements dans la commission à l'automne 2006 (trois départs en retraite, 2 en congé maternité, dont moi !), le travail de la commission, qui venait d'arriver à l'élaboration d'une nouvelle version du thésaurus, à jour, a été interrompu suite à une demande du Conseil d'Administration de l'association, pour des questions informatiques au départ (le logiciel de gestion de thésaurus que l'association avait acheté ne gère pas la polyhiérarchie, il fallait donc transformer notre thésaurus de façon à passer d'une structure polyhiérarchique à une structure monohiérarchique, autant dire tout reprendre au début).
Juin 2007, retour d'Amélie dans la commission, et découverte de notre nouvel axe de travail. Déception dans le camp gobolovien.
Septembre 2007, la pilule est passée, des propositions ont été faites par le prestataire (c'est un tel travail, ce qui nous est demandé, que ça nous demanderait 5 ans supplémentaires, alors qu'on avait déjà mis 5 ans à aboutir à la version de 2006...), et le travail est reparti sur de bonnes bases. Je suis donc tout à fait heureuse de continuer le travail là-dedans, sachant que du coup, nous aurons un outil cohérent, intégrable informatiquement dans nos bases de données et nos logiciels, et que nous pourrons surtout nous consacrer à l'essentiel : l'évolution du langage par l'ajout de certains termes et le retrait d'autres, sur propositions des "producteurs" (ceux qui alimentent les bases), et en fonction de l'évolution du secteur social. S'attaquer au fond après avoir mis 5 ans à patauer par rapport à la forme... j'exagère, mais à peine...
Sur ce, il se fait tard, je vais donc aller me coucher, et je vous souhaite à tous une très belle nuit, et tout plein de belles choses...
Ah oui, petite anecdote (rien à voir avec ce qui précède) : Nathanaël s'est mis à crier dans son sommeil, en appelant son père (qui n'est pas encore rentré, mais ça fera l'objet d'un autre message). Je suis donc montée voir, et je lui ai demandé ce qui n'allait pas. Il m'a répondu, aux trois-quarts endormi "Je veux aller à l'école". A quoi j'ai répondu que je voulais bien qu'il aille à l'école, mais que comme c'était la nuit, et que demain c'est dimanche, il faudra qu'il patiente jusqu'à lundi. Je lui ai promis qu'il irait à l'école lundi. "Tu es content ?" ai-je demandé "Oui. Je vais à l'école lundi. Bonne nuit. Dors bien. Fais de beaux rêves. A demain. Je t'aime". (c'est-y-pas beau, ça ???)
(et oui, ce devait être un billet court... Faut croire que je ne sais pas ce que ça veut dire...)