On pourrait penser que le métier de viticulteur, c'est un métier sain, beau, au contact avec la nature, etc.
Oui, bien sûr ! Sauf si on utilise des pesticides, des engrais chimiques, divers produits, chimiques également, qu'ils rajouteront dans le vin et des insecticides pour protéger les vignes. Heureusement, Gobolof, lui, ne fait rien de tout cela. Vin 100% naturel, avec 0% de produits ajoutés dedans (sauf, il est vrai, le souffre naturel indispensable à la conservation du vin blanc, sans quoi, ce serait de la piquette que boiraient les clients. Au prix de la bouteille, autant ajouter un tout petit peu de souffre, histoire que le client soit sûr d'acheter ce qu'il boira réellement plus tard !).
Bref, trêve de bavardages, la viticulture, c'est quand même dangereux.
Surtout dans les vignes.
Bien sûr, il y a la période des vendanges : pendant les vendanges, le travail peut être dangereux. On peut se couper un doigt (ou couper le doigt du vendangeur d'en face) en lieu et place de la grappe de raisin. Ça, ça fait mal ( et j'ai testé pour vous, une année, Jean-Luc, lui, "teste" tous les ans : à croire qu'il en redemande et que la "leçon" ne sert jamais !).
Autre risque, toujours pendant les vendanges : les accidents avec les machines. Ce n'est pas parce qu'on travaille en bio qu'on n'utilise pas de machine. Notamment des tracteurs (pour rapporter les cuves des vignes à l'exploitation), une rogneuse (pour couper au-dessus et sur les côtés des rangées histoire de voir où on est et où on va), une charrue (ben oui, si on n'utilise ni engrais, ni désherbants, il faut bien trouver un moyen pour enlever les mauvaises herbes dans les rangées histoire qu'elles n'étouffent pas les pieds de vigne, et l'avantage de la charrue, c'est qu'elle enfouit les mauvaises herbes dans la terre et que, du coup, la décomposition des mauvaises herbes améliore quelque peu la qualité de la terre, sans pour autant utiliser des produits chimiques ni "surcharger" la terre. J'espère que mon propos est clair, j'avoue avoir un petit doute à ce sujet-là quand même), et d'autres machines diverses et variées, dont un pressoir ou deux, une étiqueteuse, une boucheuse, une capsuleuse, une laveuse de bouteilles, un trans-palettes pour déplacer les palettes de vin, etc, etc. Parmi toutes ces machines, il serait bien étonnant qu'aucune d'entre elles ne provoque jamais de dégâts chez ceux qui les utilisent, non ? Une année, c'est le pressoir qui a failli décapiter Jean-Luc alors qu'il était en train de le nettoyer. Il a eu "chaud", ce jour-là !
Mais bon, normalement, c'est un métier où on est à l'air pur, dans la nature. En hiver en particulier, quand c'est le moment de la taille. Pendant cette période, le viticulteur, armé de son sécateur (le même que pour les vendanges !) ou du sécateur électrique, c'est plus lourd, mais ça va plus vite, taille la vigne et arrache le bois. Pour les maladroits, il y a toujours la possibilité de se couper un doigt en taillant, ou encore de se faire une tendinite avec le sécateur (électrique ou pas) à force de faire toujours le même geste. Mais il y a aussi l'arrachage du bois, qui, lui, se fait à la main (avec des gants, ça fait moins mal !). La vigne étant une liane, elle s'accroche aux fils de fer avec des petites branches très fines qui s'entortillent autour du fil. Et là, gare au visage quand on tente de les décrocher de force ! C'est que ça tient bien, ces tortillons ! (bon, vous me direz avec une logique imparable que c'est quand même fait pour ça, certes...).
Seulement, il y a encore un danger que nous n'avions pas encore rencontré. Il a été inauguré cet après-midi, avec heureusement plus de frayeur que de mal, mais bon, j'imagine que Gobolof s'en serait bien passé.
Il était tranquillement dans les vignes en train de réparer (entendre par là remplacer les fils de fer et les poteaux cassés, par exemple), quand il a soudain entendu le bruit caractéristique d'animaux qui chargent. Une vingtaine de sangliers venaient à toute berzingue dans sa direction, dans la rangée où il était ! Il s'est mis à courir en criant à son frère et à ses neveu et nièce de se mettre à l'abri dans la camionnette. C'est sans doute ce qui l'a sauvé : le cri a du faire peur aux bestiaux, qui ont du coup dévié de leur trajectoire, partant en biais dans les vignes au lieu de suivre la pente et la rangée dans laquelle se trouvait Jean-Luc. Arrivés en bas (bien avant Gobolof, c'est que c'est rapide, ces bestiaux !), ils ont dû avoir peur des grues qui se trouvaient là (il y a un chantier en contrebas pour la nouvelle maison de retraite de Bergheim) et ils ont marqué un temps d'arrêt avant de repartir dans une autre direction, défonçant le grillage qui entourait le terrain voisin de celui du frère de Jean-Luc. Ledit voisin appréciera les dégâts, tout comme Gobolof, qui devrait se rendre dans la parcelle demain pour évaluer les réparations à (re)faire.
Plus de peur que de mal, donc, heureusement ! C'est qu'un sanglier qui charge, même seul, c'est capable de défoncer la carrosserie d'une voiture ! Alors un troupeau de vingt, même avec des marcassins, je vous laisse imaginer ! Bien sûr, malgré le port du téléphone portable, mon cher et tendre rescapé n'a pas eu la présence d'esprit de prendre des photos des assaillants. Je ne vais pas l'en blâmer : je préfère l'avoir vu rentrer vivant !