Il est beaucoup question d'égalité, dans les débats sociétaux du moment. Soit. La revendication d'égalité me paraît tout à fait légitime, mais il y a quand même quelques petites choses à savoir sur l'égalité : ce n'est pas quelque chose de très, très simple.
Pour prendre un exemple, j'ai un peu "bondi" l'autre jour à la lecture de commentaires sur un blog consacré à l'éducation, et en particulier à la réforme prévue des rythmes scolaires (celle de Vincent Peillon, vous savez ?). Un des lecteurs/commentateurs faisait part des légitimes soucis des instituteurs (notamment, si je me souviens bien, par rapport à la "mission" actuelle de l'école qui revient plus à éduquer les enfants en lieu et place des parents qu'à les instruire, comme c'est normalement son rôle). Mais il parlait aussi des difficultés des enseignants liées aux conditions de travail, en mentionnant par exemple le fait que la loi avait changé, et que dorénavant, en cas de maladie, les fonctionnaires avaient un jour de carence avant de voir leur salaire versé par l'assurance-maladie.
Et là, je me suis posé une question : en quoi est-ce un problème, cette histoire de jour de carence ? OK, les fonctionnaires n'y sont pas habitués : cette disposition est récente, et à chaque arrêt maladie, elle ampute leur salaire d'une journée de paye. Soit.
Les fonctionnaires sont pourtant bien informés que, dans le privé, cette disposition existe aussi, mais que pour le coup, la carence est de trois jours, contre un pour eux ? Non ? Ils l'ignorent ? C'est pourtant quelque chose de connu, cette différence de traitement public-privé.
Un autre exemple :
Dans le privé, quand je suis en congé maternité, j'ai droit au maintien de mon salaire (je ne sais plus trop s'il s'agit là d'une disposition particulière liée au Concordat, puisque j'habite en Alsace, mais peu importe, ça ne change strictement rien au problème). Le maintien de mon salaire, ça veut dire que c'est mon employeur qui continue à me payer, et qui reçoit à ma place les indemnités journalières de l'assurance-maladie. Ce qui est intéressant pour moi, puisque si mon salaire journalier est supérieur aux indemnités en question, je gagne plus que si j'étais payée directement par l'assurance-maladie. La contrepartie, c'est que ces indemnités sont déclarées sur ma fiche de paye, et que je les déclare aux impôts, même si ce n'est pas moi qui les ai touchées, mais mon employeur. Bref, la question n'est pas là.
La question, c'est que si je travaille à temps partiel, ce qui est actuellement mon cas, je serai payée à temps partiel, tel que le dit mon contrat de travail. Normal, me direz-vous.
Ben c'est différent pour les fonctionnaires.
Quand on est fonctionnaire et en congé maternité, même si le contrat est à temps partiel, les indemnités maternité sont versées à taux plein, au motif que là, il s'agit non pas d'un calcul sur le temps de travail, mais sur le fait qu'un agent ne peut pas travailler. La logique est donc différente : agent immobilisé versus temps de travail.
N'allons pas faire de procès d'intention là où il n'y a pas lieu d'en faire : loin de moi l'idée de demander des comptes sur la différence de traitement entre le public et le privé. S'il y a trois jours de carence dans le privé et seulement un dans le public, c'est qu'il y a des raisons. D'abord, il ne s'agit pas de la même caisse : dans un cas, le régime général, dans l'autre, le régime particulier des fonctionnaires, dont les règles sont visiblement différentes. Même chose pour les congés maternité : il s'agit là d'une question de logique : dans un cas on considère la personne, dans l'autre le temps de travail mentionné au contrat.
On pourrait dire qu'il y a là inégalité. Certes. Flagrante, même. En quoi la situation d'un enseignant fonctionnaire de l’Éducation Nationale, est-elle différente de celle d'un formateur travaillant dans une école de travail social, relevant du régime privé ? Dans les deux cas, il s'agit d'enseignement, d'un professeur ou assimilé. La différence entre les deux est uniquement liée au statut : l'un appartient à la fonction publique, l'autre non. Zut alors ! J'aurais dû tenter ma chance à l’Éducation Nationale ?
Deux situations différentes, deux traitements différents. Normal. Ca ne choque visiblement personne. C'est un acquis dans la fonction publique et un fait dans le privé. Sans doute que je ne connais pas non plus toutes les raisons qui font que c'est comme ça et pas autrement.
En revanche, ce qui me choque, c'est qu'au nom de cette même égalité, on se permette de demander des traitements équivalents dans des situations qui ne le sont pas.
Je m'explique.
Un certain Erwann Binet, rapporteur à l'Assemblée Nationale du projet de loi sur le "mariage" pour tous, a été interviewé à la radio (je crois que c'était France Inter), le 20 décembre dernier, et a clairement et explicitement dit que l'ouverture du mariage aux couples de même sexe ne signifiait aucunement l'ouverture des droits des couples d'hommes à la GPA (Gestation Pour Autrui, autrement dit les mères porteuses). Et si cette disposition est "exclue", c'est au motif qu'un couple d'hommes et un couple de femme, c'est "différent", selon M. Binet.
Soit. Donc un couple d'hommes et un couples de femmes, c'est différent, mais un couple du même sexe et un couple pas de même sexe, c'est la même chose ?
Là, j'avoue que je commence à avoir un peu de mal à saisir la logique. Parce qu'il s'agit bien là d'un gros problème de logique. Au nom de l'égalité, les homosexuels, hommes et femmes, réclament le droit de se marier, et par voie de conséquence, le droit d'adopter des enfants, peu importe qu'il s'agisse des enfants du conjoint ou d'enfants adoptables car sans parents (à l'international ou en France). Soit. Dit comme ça, ça se tient, forcément. Les couples hétérosexuels ont le droit de se marier, d'avoir des enfants, d'adopter, pourquoi pas les couples homosexuels ?
Sauf que si on considère, comme Erwann Binet, qu'un couple d'hommes et un couple de femmes, c'est différent, alors la question de l'égalité entre couples homosexuels et couples hétérosexuels se pose forcément et le "fait" qu'ils soient égaux (puisque c'est présenté comme ça par les militants homosexuels) ne tient plus du tout. Il y a même encore plus de différences entre un couple hétérosexuel et un couple homosexuel, qu'il soit composé d'hommes ou de femmes.
Un couple hétérosexuel, c'est un homme et une femme qui ont uni leurs vies (peu importe que ce soit sur le mode du mariage, du PACS ou de l'union libre). Cet homme et cette femme sont complémentaires, dans le sens où ils peuvent avoir des enfants.
La différence entre les couples d'hommes et les couples de femmes est beaucoup plus ténue : dans les deux cas, il s'agit d'homosexuels (j'espère que je n'apprend rien à personne) et dans les deux cas aussi, l'engendrement est impossible, puisqu'il faut un homme et une femme pour faire un bébé (parfois, je me demande s'il est bien nécessaire de rappeler de telles évidences).
Donc, entre un couple d'hommes et un couple de femmes, la différence fondamentale, c'est le sexe des partenaires. Le reste, c'est kif-kif, finalement, puisque les conséquences pour le "couple" sont exactement les mêmes (stérilité liée à la sexualité du couple, et non pas à une maladie).
Alors je me demande au nom de quoi il y a égalité entre un couple hétérosexuel et un couple homosexuel, qu'il soit composé d'hommes ou de femmes, puisque par ailleurs, un couple d'hommes et un couple de femmes, c'est différent (dixit Erwann Binet soi-même).
Vous voyez mon problème de logique ?
Alors il y a autre chose qui me turlupine. On parle d'égalité par rapport au droit au mariage, et ça soulève des débats incroyables. Normal, on touche là à l'identité même des personnes, à quelque chose de fondamental qui est lié à l'intime le plus profond, la sexualité. Soit.
Et au nom de cette "égalité", qui reste d'ailleurs à démontrer (voir plus haut), on demande une égalité de traitement, alors même que cette "égalité" n'est pas revendiquée pour des personnes qui ont simplement des statuts différents (fonction publique vs secteur privé) ?
J'avoue que là, j'ai un peu de mal à comprendre.
S'il y a réellement égalité, alors il ne devrait y avoir aucune différence entre le congé maternité d'une femme de la fonction publique et celui d'une femme du privé. Il devrait y avoir un jour de carence pour tous, ou trois jours pour tous, en cas de maladie. Il devrait y avoir des départs à la retraite au même âge pour tous, quel que soit le métier exercé. Et là, on me répondra "Stop, tu vas trop loin ! Et la pénibilité au travail ?". Oui. C'est exactement là où je voulais en venir : cette pénibilité de certains métier justifie à elle seule la différence de traitement, puisqu'elle compense une diminution de l'espérance de vie dans certains métiers dits "pénibles". Donc l'égalité, c'est un tout petit peu différent en fonction des personnes et des situations. La loi prend en compte ces différences liées aux situations, de manière à faire face à des inégalités de fait (espérance de vie, fatigabilité, risques professionnels...). Alors si la loi entérine déjà ce principe (qui est plutôt un principe d'équité), pourquoi cela ne peut-il pas être le cas au niveau du mariage ?
Je suis sûrement naïve en écrivant ça. Et je n'ai pas de réponse à cette question. Seulement, j'aimerais vraiment que quelqu'un m'explique en quoi, exactement, un couple homosexuel et un couple hétérosexuel, c'est pareil au point de justifier qu'on les traite tous les deux de la même manière ?
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