Alors la dernière fois, je vous avais déjà parlé de la rentrée scolaire de nos enfants, réjouissante pour les uns, plutôt mouvementée pour les autres. Noémi est donc à la MFR, avec un fonctionnement particulier par rapport à ses frère et soeurs. Et qui dit fonctionnement particulier dit adaptabilité à la maison. Et c'est parfois assez gratiné...
Jusqu'à l'an dernier, les choses étaient plutôt simples : à la maison, nous étions six : Jean-Luc et moi, Noémi, Nathanaël, Rebecca et, depuis trois ans, Louise-Marie.
Jusqu'à l'an dernier, les choses étaient plutôt simples : à la maison, nous étions six : Jean-Luc et moi, Noémi, Nathanaël, Rebecca et, depuis trois ans, Louise-Marie.
Durant les vacances scolaires, nous étions toujours six le soir et souvent cinq à midi, Jean-Luc étant au travail et ne pouvant rentrer pour le repas de midi, sauf le mercredi. Et durant les périodes scolaires, nous étions le plus souvent six le soir et les week-ends, parfois cinq quand Jean-Luc était en salon et trois à midi, Noémi et Nathanaël mangeant à la cantine quatre jours par semaine.
Cette année, les choses se compliquent un tout petit peu.
Par exemple, la semaine dernière, nous étions quatre aux repas de midi : Noémi, Rebecca, Louise-Marie et moi. Sauf mercredi midi, où nous nous sommes retrouvés à cinq avec Nathanaël en plus. Les vendanges battant leur plein, Jean-Luc n'était pas là. En revanche, le soir, nous étions six, ainsi que le week-end. Mais ce n'était pas le cas la semaine précédente.
Parce que la semaine d'avant, Noémi était à l'internat du lundi au vendredi. Et la semaine dernière, comme cette semaine d'ailleurs, elle est en stage à Ebersheim, mais uniquement le matin. Oui, parce qu'il y a trois semaines, elle était en stage aussi, mais toute la journée et pas tous les jours...
C'est compliqué ?
Mais non, voyons !
Petit récapitulatif :
Certaines semaines, Noémi est à l'internat du lundi au vendredi. Nous sommes donc trois à midi, Nathanaël étant demi-pensionnaire et Jean-Luc apportant son repas sur son lieu de travail. Et le soir, nous sommes cinq, sauf si Jean-Luc est en salon.
Les semaines où Noémi est en stage, les choses sont effectivement un peu moins faciles. Si elle est en stage à Ebersheim, elle rentre déjeuner à la maison à midi. Mais si elle est en stage à Bergheim, alors elle ne rentre pas. Si elle est en stage à Sélestat, eh bien ça dépend de ses horaires de travail et de son lieu de stage. En cas de stage dans un restaurant, il y a fort à parier qu'elle mangera sur place et donc qu'elle ne sera pas à la maison pour le déjeuner. Ou pour le dîner...
Bref, vous l'aurez compris, cette année, notre famille a commencé une petite révolution avec le début des départs progressifs des enfants qui commencent à quitter le nid. Oui, je sais, quatorze ans, pour partir, c'est un peu tôt. Mais rassurez-vous : notre grande n'est pas encore vraiment partie. D'ailleurs, si c'était le cas, je ne m'inquiéterais pas tant pour les ravitaillements hebdomadaires... Non, là, j'ai bien affaire à une ado en pleine croissance, qui mange à elle toute seule à peu près les mêmes quantités que ses frère et sœurs ensemble, ce qui fait beaucoup de mal au réfrigérateur et aux placards, ainsi qu'à notre budget alimentation... Mais bon, il paraît que c'est plutôt normal et sain à cet âge-là, alors on ne va pas se plaindre. Je préfère ça à une fille anorexique, moi !
Dans mon billet sur la rentrée, j'avais déjà expliqué pourquoi Noémi était à la MFR de Saulxures sur Moselotte. Je ne vais pas tout reprendre ici, mais nous sommes en train de peut-être découvrir des choses sur les raisons profondes de ses troubles de l'apprentissage, alors je bouillonne un peu... et ça pourrait devenir encore moins simple que ça l'est déjà. Réponse dans quelques temps, promis.
Noémi fait partie des élèves qui ont de telles difficultés d'apprentissages que même les PAI**, PAE***, PPRE-Passerelles* ou pas passerelles d'ailleurs ne fonctionnent pas du tout. Elle défie tout ce que les professeurs connaissent : elle travaille, mais n'arrive pas à faire ses exercices. Elle assiste à tous les cours mais ne comprend rien à ce que disent les professeurs. Elle apprend toutes ses leçons mais les a toutes oubliées le lendemain. Elle fait ses devoirs mais c'est exactement comme si elle n'avait rien fait du tout.
Dans tous les bulletins des deux collèges où elle est allée, on trouve, sur trois ans, exactement les mêmes choses : "Élève studieuse, qui travaille, qui participe bien à l'oral et qui fait des efforts. Dommage que les résultats ne soient pas à la hauteur du travail fourni. Continue comme ça ! Nous t'encourageons."
Alors c'est bien. Ses bulletins sont truffés de bonnes appréciations, d'encouragements, de félicitations pour le travail et l'effort fourni. Mais quand on regarde les notes, les moyennes, les résultats concrets, bêtes et méchants, il faut bien se rendre à l'évidence : cela ne sert strictement à rien.
Eh oui. Parce que Noémi fait partie de ces enfants qui ne comprennent pas du tout ce qu'on leur dit, mais qui comprennent parfaitement ce qu'ils font. Qui comprennent les différents états de l'eau en faisant fondre des glaçons dans une casserole jusqu'à l'évaporation, et pas en regardant de belles images dans de beaux livres. Qui comprennent les multiplications et les proportionnalités en faisant de la cuisine ou en repeignant une pièce, parce que les chiffres ne veulent rien dire pour eux, mais qu'ils savent que si un gâteau pour huit personnes se fait avec six œufs, alors il faut dix-huit œufs pour que les vingt-quatre élèves de la classe aient une part de gâteau...
La MFR, pour Noémi, c'est aussi et surtout la possibilité de devenir plus autonome, de comprendre en voyant les autres faire, de faire avec les autres, d'avoir des responsabilités, de tenir des engagements. C'est la possibilité pour elle de découvrir différents métiers, en dehors du cadre scolaire qu'elle déteste cordialement, et on comprend pourquoi malheureusement.
Là, avec l'alternance des stages et des périodes en internat, elle s'épanouit dans un autre cadre et un autre rythme que le collège. Elle apprend de nombreuses choses que tant d'autres ne découvriront que dans quelques années : la ponctualité, la responsabilité, l'autonomie, la persévérance, l'adaptation à un environnement nouveau, à des personnes et des situations inconnues, la réactivité, l'apprentissage un peu plus rapide pour elle et pour ses collègues de la MFR d'une réalité que leurs copains du même âge sont à des années-lumières de connaître (et peut-être que c'est une bonne chose d'ailleurs), celle du monde du travail et de l'autonomie. À 14 ans, notre fille apprend déjà à vivre sans nous, progressivement. Elle est plus mûre que les jeunes de son âge, sans doute parce qu'elle a déjà du traverser de nombreuses tempêtes. Mais pour la première fois depuis son entrée en CP, je la sens et la sais enfin à sa place. Cela ne veut pas dire que c'est facile, au contraire. C'est même dur, pour une jeune fille de 14 ans tout juste sortie de l'enfance de se retrouver toute seule dans le train à 5h42 du matin, le lundi, pour un voyage de plus de trois heures durant lequel elle devra changer de train puis prendre un bus et enfin la navette de la MFR qui la ramènera dans l'établissement pour la semaine. C'est difficile, pour elle, de devoir faire son lit le matin, de penser à ne rien oublier dans sa chambre parce qu'elle n'aura pas la possibilité d'y retourner avant 21 h le soir. C'est compliqué de trouver une solution de remplacement quand on s'est trompé d'arrêt et qu'il faut trouver un autre moyen de transport pour regagner la gare d'où part le prochain train. C'est difficile, à 14 ans, de se repérer dans une ville que l'on ne connaît pas. Mais c'est très formateur aussi. Et puis, en 2016, nos jeunes de 14 ans et plus ont tous un téléphone portable.
Et là, on peut dire : "Merci Maman pour le radio-guidage par téléphone !" (pour avoir un récit de son premier trajet toute seule, vous pouvez vous reporter au billet précédent. Pour une première, et compte-tenu des circonstances, elle s'en est remarquablement bien sortie !!)
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* PPRE-Passerelle : Programme Personnalisé de Réussite Éducative à l'entrée au collège : ce "programme" permet de signaler les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage en primaire et qu'il faudra particulièrement suivre à l'entrée au collège.
** PAI : Protocole d'Accueil Individualisé : protocole mis en place au bénéfice d'un élève qui présente des difficultés dans les apprentissages (type Dys...) ou dont l'état de santé nécessite des aménagements (diabète, allergies alimentaires, etc., mais ça, c'est plutôt valable à la cantine, ou dans certaines circonstances et n'a pas grand-chose à voir avec les apprentissages a priori). Ce type de protocole est décidé et mis en place par le médecin scolaire, en lien avec la famille et le personnel enseignant. Il a une valeur de conseil mais n'est en aucun cas obligatoire, en tout cas en ce qui concerne les aménagements scolaires (photocopies agrandies, notation particulière, tiers-temps supplémentaire, dispense de certains exercices, attribution d'un ordinateur portable durant les cours pour faciliter la prise de notes...). La mise en place du PAI par les professeurs dépend entièrement de leur bonne volonté.
*** PAE : Projet d'Accueil Éducatif : a remplacé les PAI à la rentrée 2015-2016. On a juste l'obligation de tout recommencer, avec le médecin scolaire et le médecin traitant, éventuellement avec l'orthophoniste, pour que le papier porte le bon intitulé... Et on parle de "choc de simplification" ? Ah ah ah !!! (pardon).




























