dimanche 4 septembre 2016

Fin du congé parental... et après ?

Si je n'ai pas écrit depuis longtemps, depuis le mois de mai, en vérité, c'est un peu parce que j'ai été très très occupée depuis.
Le 7 juin, j'ai repris le travail à Mulhouse, de manière très temporaire d'ailleurs, puisque j'avais obtenu, à la fin du mois de mai, la signature par mon employeur d'une convention de rupture de contrat de travail (une rupture conventionnelle, quoi). Seulement j'étais quand même obligée de reprendre mon emploi pendant la durée des délais légaux de la procédure, et j'ai donc repris le chemin de l'ISSM le 7 juin, pour un mois.

C'est très étrange de reprendre le travail dans ces conditions. On est au boulot mais on sait qu'on va le quitter, on a pris la décision mais on apprécie le travail parce que l'on sait justement que ça ne va pas durer. Du coup, il n'y a pas d'investissement, pas de prises de décisions, pas d'enjeux. J'étais "aux ordres" de la documentaliste de l'ISSM qui m'avait remplacée, chargée de faire toutes les tâches qu'elle-même, en l'absence de notre aide-documentaliste, n'avait pas le temps de faire, et chargée de faire tout ce travail de petites-mains peu gratifiant intellectuellement mais indispensable à la bonne marche de la bibliothèque tout en étant parfaitement reposant nerveusement parce que, justement, il ne demande pas de gros efforts intellectuels et, surtout, il est en souffrance depuis longtemps alors considéré comme non indispensable et pourtant très important... oui, je sais, c'est un peu paradoxal. Disons que ne pas le faire n'empêche pas la doc de "tourner", mais s'il est fait, ce travail facilite grandement le quotidien. Bref, c'est un peu le serpent qui se mord la queue.

Bref, je suis donc repartie à Mulhouse, et là, j'ai immédiatement compris pourquoi j'avais décidé de ne pas revenir.

Petit retour en arrière.
Il y a 4 ans maintenant, avant même d'être enceinte, j'éprouvais un vif sentiment de ras-le-bol à l'ISSM. Un certain nombre de choses me posaient problème, dont, en particulier, le fait de ne pas pouvoir exercer mon métier dans les règles de l'art, c'est-à-dire dans le respect de la déontologie de ma profession. En effet, en tant que documentaliste, j'ai pour mission d'apporter aux usagers de la bibliothèque où je travaille des informations, sans prendre parti sur l'orientation de cette information en question, ou plutôt en m'arrangeant pour apporter la pluralité de l'information. En pratique, cela se traduit, par exemple dans la presse, par plusieurs abonnements à des publications d'avis divergents, de manière à permettre aux lecteurs de se forger leur propre opinion quant à la question soulevée. Par exemple, si on est abonné à un journal de gauche, il faut aussi avoir un journal de droite... ce qui n'était pas le cas à l'ISSM. En fait, depuis le début de mon activité professionnelle, j'étais embêtée par cet aspect des choses, qui m'ennuyait de plus en plus : l'information était orientée, et les étudiants me semblaient du coup comme "formatés". Cet aspect-là de mon travail me pesant de plus en plus, c'est avec joie que j'ai accueilli la nouvelle de ma grossesse, y voyant le moyen - certes temporaire, mais réel - de prendre de la distance par rapport à cette question. Les choses ne sont pas allées en s'améliorant, parce que, de mon côté, j'ai mis à profit les trois ans de mon congé parental pour me former et m'informer autrement, découvrant des tas de choses dont je ne connaissais pas l'existence et, surtout, sortant du "politiquement correct" et du "prêt-à-penser" distillés aux étudiants tout au long de l'année. De plus en plus critique vis-à-vis de la doctrine enseignée à l'ISSM, parce que j'avais pris de la distance, j'ai fini par m'en désolidariser complètement. Et c'est cette ambiance que j'ai redécouverte dès mon premier jour, me confortant de fait dans la décision de mettre fin au contrat de travail qui me liait à l'ISSM.
Il faut dire que ce n'était pas la seule raison qui m'y poussait. Durant ces trois ans, jamais il n'avait été question que je reprenne mon travail. Avec Jean-Luc, nous étions d'accord depuis le début pour que je cesse complètement de travailler et que je reste à la maison pour m'occuper des enfants. Seulement voilà, à la fin du mois de mars 2016, quelques semaines avant la date butoir pour l'envoi de ma lettre de démission, Jean-Luc m'a dit qu'il n'arrivait pas à suivre au niveau de l'exploitation et qu'il allait devoir reprendre un apprenti. Sachant qu'il est chef d'entreprise, toute dépense supplémentaire impacte forcément sur son salaire de l'année d'après, d'autant plus sûrement qu'elle est récurrente. Or nous étions déjà justes au niveau financier. J'en ai donc tiré toute seule la conclusion qui s'imposait : je devais reprendre le travail. Seulement voilà : reprendre le travail était plus compliqué en mars 2016 que la situation que j'avais quittée en janvier 2013. Outre le fait qu'il y avait un enfant de plus, nous avions remarqué, au fil du temps, que le périscolaire et la cantine étaient préjudiciables aux enfants dans la mesure où ils étaient plus énervés et où l'aide aux devoirs n'était pas faite correctement, du moins quand ils étaient à Sélestat à l'école. Or j'avais vu les bienfaits du suivi des devoirs à la maison, chose que je ne pouvais faire que difficilement durant les années où je travaillais, et je ne voulais pas revenir à la situation antérieure pour ne pas pénaliser la scolarité des enfants, petits et grands.
Sauf que là, je n'avais plus le choix. Impossible de démissionner, difficile de reprendre le travail, le choix était cornélien. J'ai fini par accepter l'idée d'une reprise et j'ai appelé ma directrice pour voir avec elle les modalités de mon retour. Et quand je lui ai exposé mes contraintes, elle m'a fait la surprise de me proposer la rupture conventionnelle, solution que j'avais envisagée puis écartée, ne voulant pas profiter de la situation alors que je savais la santé financière de l'école assez précaire. Mais si la proposition émanait de la directrice elle-même, la situation était totalement différente...

Elle m'a laissé quarante-huit heures pour y réfléchir et m'a ensuite rappelée avec des détails chiffrés. Il faut dire que, compte-tenu de mon ancienneté, j'avais droit à un an de salaire brut comme indemnités de rupture conventionnelle et en plus, je pouvais m'inscrire au chômage, la procédure de rupture conventionnelle étant en réalité un licenciement qui ne dit pas son nom.
Je me suis donc engagée, après réflexion, dans cette voie, repartant du coup dans l'autre sens. Après avoir accepté difficilement l'idée de retourner au travail, je devais rapidement me faire à l'idée de me retrouver au chômage. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose psychologiquement parlant que de démissionner...

Bref. Le mois de juin a vu mon retour et mon départ définitif de l'entreprise, avec des perspectives à court terme assez complexes : inscription à Pôle-Emploi, démarches diverses et variées pour retrouver du travail ou au moins montrer que je fais preuve de bonne volonté et que je ne me satisfais pas de rester assise sur mon canapé sans rien faire (sic !)... les choses sont allées vite.

Le 1er juillet, après huit jours de travail effectif (selon mon ancien rythme : deux jours de travail par semaine, totalisant 17h30, soit un mi-temps), je m'inscrivais à Pôle-Emploi, munie de l'attestation de travail de mon employeur, et découvrant du même temps que j'avais droit à la carence maximum concernant les indemnités chômage... à cause de ma prime de rupture conventionnelle. Du coup, mes droits sont prolongés d'autant et je suis indemnisée jusqu'au mois de novembre 2018. Mais il faut du coup que je trouve du travail ou une activité à temps partiel.

Et c'est là que ça se corse. Parce que trouver du travail quand on ne sait être que documentaliste et qu'il n'y a pas de postes dans les environs immédiates, qui plus est avec les contraintes des enfants et des déplacements de mon mari, ça relève un peu de la mission impossible. D'ailleurs, la conseillère de Pôle-Emploi ne s'y est pas trompée : je suis employable seulement 20 heures par semaine, sur des horaires restreints aux horaires scolaires, dans un rayon de 20 km autour de mon lieu d'habitation. Autant dire que c'est gratiné pour trouver quelque chose avec ces contraintes.

Du coup, j'ai parlé de ma situation autour de moi. Et ça n'a pas traîné. À la mi-juillet, une de mes voisines m'a appelée pour me demander si j'avais une machine à coudre. Et si je savais m'en servir. Et un peu plus tard, elle m'a précisé sa pensée : elle avait des rideaux à faire pour sa maison et se proposait de m'employer pour cette tâche. Et de me rémunérer.
J'ai donc débuté cet emploi de couturière occasionnelle au mois d'août, après nos vacances, et j'ai encore pour un petit mois de travail, rémunéré sur deux mois pour ne pas trop gréver leur budget.
Et puis, le 17 août, j'ai eu la visite surprise du curé de ma paroisse qui m'a dit de but en blanc qu'une des intervenantes de religion (IDR) de la communauté de paroisses avait démissionné l'après-midi même et qu'il devait trouver quelqu'un pour la rentrée scolaire. Sachant qu'il partait en vacances le 21, il me laissait jusqu'au dimanche matin pour lui donner ma réponse. J'ai accepté le soir même, après en avoir discuté avec Jean-Luc.

Il n'y a aucune précipitation dans cette décision rapide. En réalité, quand j'avais pris la décision de démissionner, je m'étais posé la question de ce que je pourrais faire après. Je cherchais un travail m'occupant quelques heures par semaine pas plus, proche de la maison et sur les horaires scolaires de manière à être chez moi quand les enfants y seraient pour pouvoir les aider dans leurs devoirs et être présente, simplement. J'avais envisagé, en l'absence de poste d'IDR disponible, de devenir porteuse de journaux (j'avais reçu dans ma boîte aux lettres, le 1er juillet, une offre d'emploi émanant d'un des deux journaux locaux à ce sujet), sachant que ce travail a lieu le matin, qu'il doit être terminé à 7h au plus tard et qu'il est compatible avec le versement des allocations de chômage puisqu'il ne s'agit que d'un travail d'appoint et en aucun cas d'un véritable travail alimentaire. Seulement j'avais un doute sérieux quant à ma capacité à supporter sur le long terme des réveils quotidiens à 3h30 ou 4h en fonction de la tournée à réaliser. Pour autant, ce travail m'intéressait pour une autre raison : il me dispensait de chercher activement un emploi et me laissait le champ libre pour faire d'autres choses, que ce soit de m'occuper de la maison ou d'écrire, pour ne citer que ces deux activités.
Seulement, il y avait la dure contrainte horaire, à laquelle je n'étais pas certaine de pouvoir répondre sur le long terme.
Et puis, autre problème : l'intérêt de ce travail. Quand on travaille de la sorte, on est seul : il n'y a personne dehors à 5h du matin pour discuter. Les gens à qui on livre les journaux sont encore au lit, et il faut aller vite pour terminer la tournée dans les temps, sachant que sur un village comme Ebersheim, il peut y avoir 200 journaux à distribuer chaque jour. Peu d'échanges, donc, un travail pénible, surtout en hiver, solitaire... alors même que je savais que si je m'engageais là-dedans, c'était pour avoir du temps disponible avec les enfants. Ce qui veut dire que je devais être réveillée pour m'occuper d'eux, au lieu de retourner finir ma nuit. Or je ne suis pas vraiment du matin...

Bref, tout cela me paraissait assez incompatible avec mon rythme personnel et j'ai donc été immédiatement séduite par l'idée d'enseigner la religion à l'école, quelques heures par semaine.
J'ai donc accepté, et je me suis rendue à la réunion de rentrée des nouvelles IDR, à Strasbourg, le 2 septembre. J'ai une autre réunion, à Colmar cette fois, mardi prochain en plein après-midi. J'espère que je serai à la hauteur ! En tout cas, j'ai mon emploi du temps quasiment définitif : je travaillerai les lundis matins et les jeudis, une heure le matin et deux heures l'après-midi. Au total, j'ai 5 heures de cours, avec 5 niveaux différents, donc tous les cours à préparer obligatoirement... Du travail en perspective, alors que le directeur du Service Diocésain de l'Enseignement de la religion et de la Catéchèse préconise, la première année, une à deux heures de cours seulement...

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