Au Gobolistan, cette année, nous avons vécu une rentrée en différé, décalé... bref, une rentrée un peu mouvementée.
Tout a commencé avant la rentrée, avec notre aînée, Gobolovna, qui intégrait cette année la Maison Familiale Rurale de Saulxures-sur-Moselotte, dans les Vosges. Une MFR ? Kezako, me diront certains.
Alors une MFR, c'est un établissement d'enseignement dépendant du ministère de l'agriculture. Ces établissements sont nés il y a 60 ans maintenant, pour permettre aux jeunes dont les parents étaient agriculteurs de se former en alternance, en passant un certain temps sur les bancs de l'école, pour la partie théorique (et surtout pour leur permettre d'acquérir des connaissances fondamentales dans les domaines du Français, des Mathématiques, de l'Histoire et de la Géographie, des Sciences Physiques et Biologiques, ainsi que de l'Anglais), tout en aidant leurs parents dans leurs tâches et contraintes professionnelles, la plupart d'entre eux, à cette époque, étant destinés à reprendre l'exploitation familiale.
Les temps ayant changé, le principe de l'alternance est resté mais les possibilités ont évolué. Les jeunes accueillis en MFR aujourd'hui ne sont plus obligatoirement issus du monde agricole, loin s'en faut. Il s'agit aujourd'hui d'établissement accueillant principalement des jeunes en rupture scolaire, pour diverses raisons : soit parce que le jeune s'en fiche totalement de sa scolarité et ne fait rien à l'école "classique", c'est-à-dire au collège "Education Nationale", soit parce qu'il sait déjà ce qu'il veut faire et qu'il attend "patiemment", c'est-à-dire sans faire grand-chose d'autre qu'attendre, d'avoir 16 ans pour quitter le collège afin d'entrer en apprentissage, soit, comme c'est le cas de Noémi, parce que sa manière de penser et d'apprendre est totalement inadaptée au moule du collège unique de l'éducation nationale et qu'il sera contraint et forcé, un jour ou l'autre, de quitter l'éducation nationale (ce n'est obligatoire que jusqu'à 16 ans, rappelons-le, ce qui veut dire aussi qu'à partir du moment où le jeune a 16 ans, l'école n'est plus tenue de lui assurer un enseignement...). Or si un jeune quitte l'école sans aucune qualification, pour la seule raison qu'il n'arrive pas à apprendre comme les autres, il met son avenir en péril juste parce qu'il n'y a pas vraiment de structures adaptées (sauf, si on a de la chance, les collèges et lycées privés, encore faut-il qu'il y en ait d'une part, et d'autre part, que les difficultés d'apprentissage du jeune puissent être résolues par les enseignants du privé, ce qui n'est pas toujours le cas).
Noémi, donc, est entré le mardi 30 août, avant nos autres enfants, à la MFR. Et c'était important que nous l'accompagnions, parce que ce même mardi avait lieu la réunion de rentrée destinée à accueillir les jeunes et à expliquer à leurs parents le fonctionnement de l'établissement, de l'internat, des stages, etc.
Parce que voilà, cette MFR fonctionne toujours selon les principes qui ont présidé à sa création : 16 semaines de cours en internat à la MFR, réparties sur l'année scolaire, et 20 semaines de stage en entreprise, quelle que soit l'entreprise d'ailleurs, tout au long de l'année également. Et ça commence fort avec, dès demain, le premier stage, normalement d'une durée de 4 semaines.
Noémi étant "casée" à l'internat, nous avons pu consacrer le mercredi 31 août aux dernières vérifications des fournitures scolaires des trois autres enfants. Parce que, oui, cette année, notre "Numéro 4" entre à l'école, en classe de petite section de maternelle, s'il vous plaît ! Et elle n'est pas peu fière de faire partie des "grands" qui vont à l'école. D'ailleurs, le 30 août, elle a absolument tenu à accompagner sa grande soeur à la MFR avec... un cartable d'école bien à elle, dans lequel elle trimbale, depuis le début de l'été, tout un tas de Playmobils. Si, si.
Le 1er septembre à 8h, Jean-Luc a donc déposé BBK, notre troisième, à l'école primaire du village, où elle entrait en CM2. Elle était un peu stressée parce qu'elle changeait de site (elle retourne à l'école des filles, dans le bâtiment de la mairie, alors que l'autre classe de CM1-CM2 reste à l'école des garçons, en face de l'église), et qu'elle ne connaissait pas du tout la maîtresse. Elle en est revenue toute souriante, en me disant que sa maîtresse était vraiment très gentille. Son seul regret, c'est que toutes ses copines sont dans l'autre classe et qu'elle se retrouve donc seule à la récréation. Je n'ai aucun souci de ce côté-là : Rebecca a toujours été très sociable et se fera rapidement des copines dans le groupe CM1 de sa classe, j'en suis persuadée !
Le même jour, à la même heure, j'allais quant à moi, accompagnée de Nathanaël, jusqu'à l'école maternelle pour y déposer Louise-Marie dans sa classe de petite section. Elle a pour maîtresse la directrice de l'école, que j'avais rencontrée au mois d'avril pour l'inscription, ainsi qu'une autre maîtresse, Emilie, qu'elle verra le jeudi, jour de décharge de la directrice. Les cours, ce jour-là (et le lendemain), avaient lieu pour les petits de 8h à 9h40 uniquement, les grands rentrant à 10h, jusqu'à 11h30. Ceci pour permettre une acclimatation en douceur des plus jeunes.
Les parents avaient la possibilité de rester dans la classe jusqu'à ce que l'enfant se sente bien. Pour ce qui est de Louise-Marie, aussitôt entrée dans la classe, elle s'est installée à une table devant un puzzle. Nathanaël et moi sommes restés moins de 3 minutes près d'elle : elle nous a fait un bisou et ne s'est plus occupée de nous. Indépendance...
Il faut dire que Louise-Marie me tanne depuis un an pour aller à l'école. Autant dire que sa rentrée, elle l'attendait de pied ferme ! Pas question donc de laisser maman la perturber dans son environnement. J'ai donc été "priée" de décamper en vitesse, histoire de la laisser évoluer dans son nouvel univers. Et j'en suis bien contente !
Gobolovitch, de son côté, rentrait en 5e cette année. Et au collège, c'est un peu comme à la maternelle : les enfants ont droit à une rentrée progressive. Avec l'accueil des 6e le premier jour, des 5e à 8h le deuxième jour, des 4e à 9h et des 3e à 10h ce même jour.
Ce n'est donc que le vendredi que j'ai accompagné Nathanaël au collège à Sélestat, où il est toujours en section bilingue (c'est désormais le seul de nos enfants à être dans cette section, nous avons préféré inscrire Louise-Marie en monolingue, compte-tenu des retards d'apprentissage de la parole que nous avons remarqué). La rentrée, pour lui, c'est la routine, et d'ailleurs il en avait marre des vacances, parce que cela faisait un moment qu'il n'avait pas vu ses copains. Il a de la chance : ses meilleurs amis sont tous dans sa classe cette année !
Le même jour, je suis partie à Strasbourg où j'avais un rendez-vous avec le directeur du SDEC (Service Diocésain de l'Education religieuse et de la Catéchèse), service de l'église dédié à l'enseignement religieux à l'école (spécificité alsacienne oblige) d'une part, et à la catéchèse en paroisse d'autre part. Alors là, il faut quand même que j'ouvre une petite parenthèse, parce que je me rends compte que, faute d'écrire régulièrement ici, il y manque quand même un certain nombre d'épisodes.
(en fait, non. Je vous renvoie tout simplement à cet autre billet, qui vous expliquera tout sur tout !).
Arrivée à 10h, j'ai pu rencontrer mes futures collègues IDR (Intervenantes De Religion), et le directeur du SDEC nous a expliqué en quoi consistait notre mission dans les écoles primaires. Et là, j'avoue que j'ai commencé par paniquer, en sortant de l'établissement. Parce que je me retrouve avec 5h de cours à assurer, alors même que je n'ai jamais rien enseigné à des enfants (sauf aux miens, et encore, les instits et les profs avaient bien mâché le travail avant !) et que je n'ai aucune formation dans le domaine.
Après quelques discussions avec des amis, tous plus confiants que moi en mes propres capacités, je me dis que c'est un beau défi à relever et que cette mission me donne une occasion de témoigner de ma foi, ce qui n'est pas une mince affaire mais fait partie de ce que tout croyant est appelé à faire dans sa vie. Je dois donc être en plein dans ma mission de catholique...
De retour vers 13h30, j'ai déjeuné à la maison et pris des nouvelles de Noémi, toujours à l'internat de la MFR, mais dont le retour était prévu pour le soir même, vers 20h17 selon les horaires de la SNCF. Tout allait bien à ce moment-là, et ça a continué jusque vers 17h, moment où elle m'a appelée pour savoir quels panneaux elle devait regarder à la gare pour ne pas se tromper de train. En fait, elle paniquait un peu pour le retour, qui s'avère être quelque peu compliqué quand on n'a pas trop l'habitude, comme elle, de prendre le train.
Voici un trajet type du vendredi soir :
- départ de la MFR vers 17h45 par la navette de l'école, qui dépose les jeunes dans le village du Thillot, un peu avant 18h.
- 18h03 : le bus 2 des lignes vosgiennes (LIVO) récupère les jeunes et les dépose à Thann vers 18h45.
- 19h05 : départ du train pour Mulhouse, arrivée vers 19h45.
- 19h50 environ : départ du train en direction de Strasbourg, avec arrivée à Sélestat à 20h17.
Seulement voilà, pour Noémi, même si ce n'était pas la première fois qu'elle prenait le train, c'était la première fois qu'elle faisait un trajet avec autant de changements et de correspondances, et la première fois, c'est assez flippant, je l'avoue volontiers.
Donc Noémi a bien pris la navette et est bien montée dans le bon bus. Elle est bien arrivée à Thann et montée dans le bon train. Seulement voilà, ce train est un omnibus qui s'arrête à plusieurs gares dans Mulhouse avant d'arriver à son terminus à la gare centrale. Et l'un des jeunes de la MFR, dans la classe de Noémi, habite Mulhouse et prend le même train qu'elle, sauf qu'il descend à l'une de ces gares intermédiaires, à Mulhouse-Dornach (une ou deux gares avant la gare centrale). Noémi est descendue en même temps que lui, avant de se rendre compte qu'elle n'était pas au bon endroit. Elle m'a appelée à ce moment-là et j'étais en train de la rappeler pour qu'elle ne "grille" pas son forfait quand elle s'est rendu compte de son erreur.
Après un moment de stress, elle a réussi à se calmer et à trouver quelqu'un, sur le quai, qui lui a indiqué un moyen simple de rejoindre la gare centrale, en empruntant le tram de la Soléa, l'agence de bus et trams de Mulhouse.
Elle n'est arrivée en gare de Mulhouse centre que vers 20h05, puisque du coup, ce tram fait tous les arrêts du centre-ville, mais cela n'a pas grande importance puisqu'à cette heure-là, en théorie, il y a encore au moins un train par heure en direction de Strasbourg, voire un toutes les demi-heures selon les périodes. Donc je ne me suis pas vraiment inquiétée : elle allait pouvoir prendre le train suivant, quitte à attendre un peu plus longtemps que prévu dans la gare avant de monter dans le train.
Seulement voilà, il y a quelque chose qui aurait du attirer mon attention un peu plus tôt : lorsqu'elle m'a appelée quand elle était sur la quai de la gare de Thann, j'ai entendu derrière elle une voix féminine, visiblement un agent de la SNCF, informant les jeunes qui montaient dans le train, que s'ils avaient une correspondance à Mulhouse, ils devaient se renseigner parce qu'il y avait des perturbations sur la ligne.
Et effectivement. À 17h45, ce même jour, un train est arrivé en gare de Sélestat. Les voyageurs sont descendus et le conducteur a commencé les vérifications d'usage avant de se rendre compte que l'huile du moteur de la locomotive avait pris feu. Le conducteur a immédiatement coupé l'électricité de la motrice et prévenu les pompiers, comme le veut la procédure, mais l'incendie était important et impressionnant. Même la toiture du quai a pris feu ! Les pompiers sont intervenus et la circulation de tous les trains de la ligne Mulhouse-Strasbourg a été interrompue totalement, dès 17h50. Pas de blessés à déplorer, mais Noémi était du coup en rade à Mulhouse, comme des centaines d'autres personnes naufragées des trains.
Vers 21h, les consignes des contrôleurs étaient d'attendre le départ du train, avec a priori deux heures de retard. J'ai donc conseillé à Noémi, toujours par téléphone, de commencer à travailler sur ses devoirs en attendant le départ du train. Ce qu'elle a fait d'ailleurs. Mais sans nouvelles rassurantes à 22h, Gobolov a fini par prendre le volant pour aller se renseigner directement à Sélestat. Les nouvelles glanées sur Internet nous apprenaient que l'incendie était maîtrisé vers 19h, mais trois heures après, rien ne permettait de dire quand le trafic serait rétabli. Jean-Luc est donc allé se renseigner à la gare, où il est tombé sur les pompiers encore au travail. Ceux-ci lui ont dit que le trafic ne serait pas rétabli avant plusieurs heures. Il m'a donc appelée pour me prévenir et j'ai appelé Noémi pour lui demander si, de son côté, elle avait d'autres informations. Elle a pu me passer le contrôleur qui, après m'avoir servi le discours "officiel" ("Les trains vont repartir, mais je ne peux pas vous dire quand exactement"), a fini par me dire officieusement : "Franchement, si vous avez la possibilité de venir chercher votre fille, c'est mieux : les trains risquent d'être bloqués toute la nuit"). J'ai immédiatement prévenu Jean-Luc qui m'a avoué qu'il était déjà à la hauteur de Bergheim, en route pour Mulhouse.
Il y est arrivé à 22h53 et a récupéré Noémi ainsi qu'un jeune militaire en rade, lui aussi, à Mulhouse, et qui se rendait à Colmar. Il l'y a déposé et est finalement rentré avec Noémi à Ebersheim à 00h03 exactement.
C'est ce qu'on appelle une rentrée mouvementée !
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