Il y a des choses, comme ça, dont on ne se défait pas facilement. Des événements qui semblent n'être que passagers, uniquement relatifs à une période donnée de notre vie. On y participe, on y passe du temps, on s'y investit, et puis, un jour, la Vie nous fait prendre un autre chemin, on s'éloigne, et on pense que c'est définitif.
Quand j'étais adolescente, vers 14 ans, j'ai "rencontré" l'Arche, fondée par Jean Vannier. L'Arche, ce sont des communautés de vie qui accueillent des personnes présentant un handicap (mental, physique, à des degrés divers). Les personnes y vivent, y travaillent, et y meurent. Elles y sont accueillies jusqu'à la fin de leur vie, en ce sens, la communauté devient pour elles une vraie famille.
Pour les aider, et c'est en cela que l'Arche est un projet novateur, il y a, dans chaque foyer, plusieurs "assistants", des personnes valides, qui donnent un an de leur vie (ou plus, selon les affinités) pour les aider dans le quotidien. Autre originalité : des familles entières se greffent autour de ces communautés. Elles ne vivent pas au sein de la communauté, mais en partagent la vie quotidienne, par le travail, les activités...
Celle que je "fréquentais" à l'époque est établie à une quinzaine de kilomètres de chez mes parents, à Clohars-Fouesnant. Il s'agit de la communauté du Caillou Blanc, qui comporte plusieurs foyers de vie, un ESAT (ex-CAT) et plusieurs familles "amies" qui sont engagées dans la vie de la communauté. Je connais un peu ces familles, puisque, contrairement aux assistants qui "tournent" pas mal au gré des années et de leurs choix de vie, ces familles sont engagées sur le long terme. Durant mon adolescence, le Caillou Blanc a entrepris de nombreux chantiers pour retaper un vieux corps de ferme et agrandir l'Arche, devenue trop petite pour le nombre de personnes accueillies. J'ai ainsi, avec de nombreux autres jeunes, participé à plusieurs chantiers, où nous avons par exemple chevillé tout le plancher de la chapelle ou fait les joints du Cadran Solaire (l'un des bâtiments de l'ancienne ferme) à l'aide de petites cuillers. Outre le gain d'argent indéniable pour la communauté (vous pensez ! Une bande de jeunes en pleine forme, corvéables à merci, volontaires et qui, en plus, en redemande, c'est de la main-d'oeuvre bénie pour toute association sans le sou ou presque qui se respecte !), le bénéfice est immense aussi pour les jeunes que nous étions (j'ai l'impression d'être un dinosaure, là... !) : découverte du handicap, sensibilisation à la différence, à la maladie et au partage, vie spirituelle et de foi... De quoi nourrir la soif d'absolu que l'on a à cet âge...
Bien après la fin de ma "période Arche" (j'ai participé au rassemblement à Ottrott en 1992, et ai commencé mes études dans la foulée, mettant ainsi fin à mon engagement au sein de l'Arche), ma petite sœur, handicapée mentale, a intégré cette même communauté où j'avais "fait mes armes" avant de m'engager au sein de l'Hospitalité Diocésaine de Quimper et Léon. J'ai donc vu l'Arche revenir dans ma vie par un moyen détourné, au travers de ma petite sœur, et j'ai eu l'occasion d'y convertir Gobolof, mon mari, qui ne connaissait pas du tout. En fait, c'est ma sœur qui nous a invités à dîner, un soir, lors de nos vacances d'été en Bretagne, il y a quelques années, me replongeant des années en arrière, à une période où nous partagions les repas avec les jeunes, les assistants et les personnes accueillies.
Par l'intermédiaire de Facebook et de ma boîte mail (les messages sont arrivés simultanément sur ces deux supports, au cas où je risquais de manquer l'info sans doute), je suis allée voir, au mois de mars dernier, une vidéo tournée à l'Arche de Marseille. Un appel aux dons original, puisqu'il s'agit d'un clip de la chanson "Je te donne", de Jean-Jacques Goldman, tourné dans les locaux de l'Arche. D'ailleurs, elle est bien sûr toujours en ligne, ici. Revoilà donc l'Arche qui s'invite dans ma petite vie bien rodée (bon, pour le côté "rodé", on repassera : je suis en pleine "restructuration" depuis l'arrivée de Louise-Marie dans nos vies !)
Et puis, il y a deux semaines, à la sortie de la messe, nous avons retrouvé un couple de nos amis, des voisins, et nous voulions simplement les inviter à prendre l'apéritif chez nous. Ils ont décliné l'invitation en nous disant qu'ils attendaient du monde pour le repas de midi, mais que si nous le souhaitions, nous pouvions prendre l'apéritif chez eux, et qu'ils nous présenteraient leurs amis.
Quelle ne fut pas notre surprise de constater que ces amis, nous les connaissions de vue depuis de nombreuses années, puisqu'ils participaient régulièrement à la messe du dimanche à Sélestat, et que nous étions souvent installés un rang devant ou derrière eux. Au fil de la discussion, nous apprenons qu'ils sont engagés dans l'Arche d'Alsace. J'ignorais jusqu'à l'existence d'une communauté à Strasbourg, mais c'est normal : elle n'existe pas encore. En revanche, l'association, elle, existe bien, et met tout en œuvre pour créer une communauté à Strasbourg, qui permettra d'accueillir plusieurs personnes handicapées.
Et nous voilà embarqués dans l'histoire. Adhésion en cours, Katimavic... Je ne sais pas où nous allons, mais s'il y a bien une association en laquelle je crois et pour laquelle je sais que l'argent versé ira bien là où il doit aller, c'est l'Arche. Alors tant qu'à faire...
N'hésitez pas à aller voir leur site. Et puis, ici aussi, tant que vous y êtes. Et encore là (quand il ne sera plus en maintenance !)
Ou comment, dans la vie, il peut aussi y avoir des sortes de "boucles", comme les boucles temporelles décrites par les auteurs de science-fiction... Sauf qu'ici, il ne s'agit en rien d'un retour à la case départ, mais bien d'une continuité. À nous de voir, maintenant, ce que nous en ferons.