Ca y est ! Nous sommes entrés depuis Dimanche dernier dans la Semaine Sainte.
Je ne vous ferai pas l'affront de vous expliquer ce qu'est la Semaine Sainte : même les non croyants, en général, savent à quel point ce moment de l'année peut être important pour les chrétiens : on en parle même sur TF1...
Mais cette semaine, c'est aussi une semaine intense de stress, notamment quand on s'est engagé auprès de la paroisse en tant qu'animateur/animatrice/chef de choeur/organiste (rayer la mention inutile).
Parce que voyez-vous, la Semaine Sainte, c'est certes, comme toutes les semaines, une messe par jour (oui, il y en a qui y vont tous les jours, et pas uniquement le dimanche), mais comme c'est une semaine particulière, ce sont des messes particulières. Par exemple, pour 2008 (comme chaque année, d'ailleurs, me direz-vous), nous avons la Semaine qui commence par la Messe des Rameaux (ça, c'était dimanche dernier). Puis, le lundi, il n'y a pas grand'chose de particulier, ni le mardi non plus, d'ailleurs, si ce n'est des célébrations pénitentielles collectives, histoire de se préparer spirituellement aux événements à venir, et le mercredi, les grandes festivités commencent : messe chrismale à la Cathédrale (bon, là, d'accord, c'est pas évident pour nous). Le Jeudi, ça se corse un tout petit peu : c'est la célébration de la Cène, le dernier repas du Christ, moment où Il nous fait don de l'Eucharistie (personnellement, pour moi, la messe du dimanche est une véritable nourriture, au sens propre (la communion) comme au figuré (la Parole). La messe du Jeudi Saint est donc particulièrement importante, puisque c'est l'institution du don que Jésus nous fait de son corps et de son sang). Le Vendredi, c'est la célébration de la Passion du Christ : C'est le jour où Il meurt sur la croix. Moment intense et grave, où l'on fait silence (les cloches ne sonneront plus jusqu'à la Résurrection), et en Alsace, c'est particulièrement important, puisque héritage protestant oblige, on a en plus droit à un jour férié (pas moyen d'oublier, quoi !). Le samedi, on a droit à deux messes, si on veut : la messe du jour (comme tous les autres samedis), et la Vigile Pascale, le soir. Et là, c'est carrément la fête : le Christ est RESSUSCITE ! Rien que ça ! Si, si, il était mort, et il est Vivant ! Pour nous, et jusqu'à la fin du monde ! (bon, alors c'est vrai qu'expliquer ça aux enfants, ça peut paraître un peu compliqué, mais bon, pour l'instant, ils ne posent pas trop de questions, sans doute parce qu'ils ne semblent pas être encore bien conscients de ce qu'est réellement la mort...). Et le dimanche c'est la grande fête de Pâques.
Voilà pour le côté "religieux". Parce qu'il y a l'aspect stressant. Par exemple, pour le Jeudi Saint, c'est à mon tour d'animer la célébration. Et ben c'est pas gagné ! Parce que là, on est mardi soir, et je n'ai toujours pas le déroulement définitif de cette célébration (je l'ai préparée toute seule, et j'attends donc les modifications de notre curé... qui ne semble pas bien pressé de me faire ses observations !). Mais il y a pire. Samedi soir, pour la Vigile, les deux chorales rescapées plus mes ex-choristes chanteront, sous la direction des deux chefs, alternativement. Répétition ce soir, mais sans l'une des deux chefs ! Elle est partie pour la semaine, et rentrera en fin de semaine (mais quand ? That's the question of the day !). Autre sujet de préoccupation : notre curé (encore lui !) m'a gentiment demandé de chanter les psaumes qui seront comme un écho à chacune des lectures de la célébration. Oui, mais lesquels ? A l'heure qu'il est, il ne m'a toujours pas donné d'indications précises (ni les psaumes en question, ni les mélodies, ni les textes...). Heureusement, l'organiste est encore plus stressé que moi, et il m'a appelée ce soir pour me demander de lui donner les textes, afin qu'il sache exactement comment jouer sur les psalmodies. Il a été sidéré d'apprendre que je n'avais même pas le "programme" (oh que je n'aime pas ce terme quand il s'agit de la messe... ce n'est pas un concert !), et que je ne savais même pas ce que je devais chanter. Du coup, c'est lui qui m'a transmis ce qu'il avait, c'est-à-dire le déroulement précis, les titres des chants, et les partitions pour les trois psaumes. Et là, surprise ! Ce ne sont pas deux, mais trois psaumes, et uniquement des chants que je ne connais pas ! Chouette ! En plus, va falloir les travailler ! Bon, pas de panique, j'ai le temps, demain, entre 9h30 et 10h30, d'aller au presbytère "sonner les cloches" de notre curé pour obtenir des explications, des éclaircissements, et surtout des partitions complètes, comprenant non seulement la musique, mais aussi les paroles...
L'autre aspect de Pâques, ce sont les traditions culinaires alsaciennes. Parce qu'ici, il y a un petit truc que je n'ai jamais rencontré ailleurs : le Lammala. Le Lammala est un agneau en biscuit confectionné le samedi saint, et consommé exclusivement le matin du dimanche de Pâques. Et comme je me dois, ayant épousé un Alsacien pure souche, de me mettre aux coutumes locales, j'ai pris le parti de faire les Lammalas à la maison (parce que bien entendu, on peut les acheter, mais honnêtement, ce n'est pas pareil, et c'est bien plus cher...). En ces temps difficiles où le pouvoir d'achat des Français, des Alsaciens et des Goboloviens est mis à mal, ce n'est pas un aspect à négliger. Mais le Lammala n'est pas la seule tradition. S'y ajoute aussi le Pain de Pâques. Depuis quelques années, c'est-à-dire depuis mon arrivée à Sélestat, je me fais livrer tous les ans ce pain, confectionné uniquement le Samedi Saint, tout comme le Lammala. Et en plus, ça fait travailler une association à caractère social locale, et ce n'est donc pas plus mal (et encore en plus en plus, c'est carrément bon, donc on ne va pas refuser de se faire du bien, et de faire du bien aux autres, ce serait parfaitement stupide, non ?). Autre tradition, mais celle-là semble être répandue bien au-delà de l'Alsace et du Gobolistan : la chasse aux oeufs, et sa variante, la livraison du lapin de Pâques, qui tient à la fois de la visite familiale et du Père Noël à Pâques. Chez nous, ou plutôt dans la famille de Gobolof, cela se traduit invariablement par un défilé des frères, parents et oncles côté Platz. Et là, c'est la débauche, l'avalanche, à croire qu'il y a un concours, dont le gagnant est celui qui apportera le plus gros lapin en chocolat... Je vous avouerai que c'est l'aspect qui me plaît le moins là-dedans : que faire de trois lapins de 60 cm de haut chacun ??? et que faire quand ça se multiplie par trois parce que trois enfants, puis par 5, parce que chacun y va de son cadeau (les deux frères de Gobolof, ses parents, son oncle et sa grand-mère) ? Et comme ce serait mal vu que nous ne rendions pas la pareille, ben on est bien obligés de s'y mettre aussi... Mais je me refuse à la surenchère. Donc, ici, c'est un budget raisonnable par enfant, c'est la même chose pour tout le monde (comme ça, y'a pas de jaloux), et rien ou presque pour nos propres enfants (ils auront déjà bien assez de la part des autres, c'est pas la peine qu'on en rajoute...).
Le côté sympa, c'est que le week-end de Pâques dure 4 jours entiers, et qu'on a le temps de voir la famille (dont ma tante de Strasbourg, elle aussi "exilée" en Alsace depuis quelques années, et elle aussi "adaptée" aux traditions locales : elle a encore plus de mérite que moi, puisque son mari, tout comme elle, est normand, et qu'ils n'étaient pas du tout obligés de s'y mettre !) ! Donc, soit nous allons à Strasbourg le lundi de Pâques, soit, comme cette année, ce sont eux qui viendront nous voir, et puis ce seront les visites chez les parents, frères, oncle et grand-mère de mon cher Gobolof.
Et finalement, je trouve que ces traditions ont du bon : elles permettent de se préparer à la fête, de penser à chacun, elles permettent aussi de se revoir, alors que ce n'est pas si facile que ça de se poser quand on a un quotidien surbooké comme le nôtre (mais je sais que nous ne sommes pas des cas isolés, loin de là !). Ca demande beaucoup de temps et de préparation, un peu (beaucoup, parfois !) de stress, mais le plaisir de se revoir aussi...
Et puis, n'oublions pas le principal : si nous sommes ici pour en parler, de Pâques, c'est parce qu'il y a 2000 ans environ, un certain Jésus a donné sa vie pour nous sauver de la mort, et qu'il est ressuscité. Et qu'au passage, il nous a promis la Vie éternelle. Ca mérite qu'on s'y arrête, non ?
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