Il y a quelques temps, déjà, j'ai entamé une formation que d'aucuns jugeront sans doute loufoque pour moi. Ou plutôt qu'ils ne s'attendaient pas à me voir commencer. Je vais devenir esthéticienne. Oui, je sais, ça surprend, mais finalement, comme vous le verrez, c'est assez logique.
Il y a plus de 15 ans, maintenant, je terminais mon parcours au sein du MEJ (Mouvement Eucharistique des Jeunes), par ce qu'on appelle dans le mouvement l'Envoi apostolique. C'est une sorte d'envoi en mission, avec un projet de vie. En fait, il s'agit de quitter le mouvement une fois qu'on a atteint l'âge limite (17 ans), mais pas sans "filet". La dernière année dans le MEJ, pour ceux qui souhaitent faire cette démarche, est ponctuée de rencontre avec un "accompagnateur", qui aide le jeune à discerner quels sont les aspects importants de sa vie, et quels sont les projets qu'il souhaite mettre en oeuvre dans l'avenir (en théorie, "l'avenir", ce sont les quelques années qui suivent, tellement il est difficile de savoir ce qu'on veut faire "plus tard" quand on a 17 ans).
Bref, à l'époque, j'avais effectué cette démarche, avec plusieurs objectifs : le premier était de réussir mes études (je venais de passer le bac). Le deuxième était de vivre une vraie vie de famille (en gros, j'avais le projet de me marier et d'avoir des enfants, mais sans date limite). Le troisième était de continuer la musique (chose pas vraiment évidente quand on change de ville, de statut, d'environnement, de repères), et le dernier était de prolonger mon engagement auprès de personnes handicapées et âgées, et de me mettre, d'une manière ou d'une autre, à leur service.
Bref, à l'époque, j'avais effectué cette démarche, avec plusieurs objectifs : le premier était de réussir mes études (je venais de passer le bac). Le deuxième était de vivre une vraie vie de famille (en gros, j'avais le projet de me marier et d'avoir des enfants, mais sans date limite). Le troisième était de continuer la musique (chose pas vraiment évidente quand on change de ville, de statut, d'environnement, de repères), et le dernier était de prolonger mon engagement auprès de personnes handicapées et âgées, et de me mettre, d'une manière ou d'une autre, à leur service.
Et puis, à l'époque, j'étais une jeune femme un peu tête en l'air, et surtout assez papillonnante : de tels objectifs étaient assez difficiles à atteindre en un laps de temps restreint. Cela me demanderait au mieux quelques années, Mais je serais plus réaliste en disant que ça risquait de me prendre toute la vie... Bref, j'ai fini par "oublier" un peu tout ça, embarquée qe j'étais dans mes études de géographie, dans mon organisation un peu loufoque d'étudiante, et surtout dans ma nouvelle vie à Brest. Parce que qui dit vie étudiante, dit nouveaux repères, nouvelles activités, nouvelles connaissances, etc. Un monde tout neuf s'offrait à moi, avec tant de choses à voir, à accomplir, à découvrir...
En quatre ans d'études, dont 1 à Quimper et le reste à Brest, j'ai fait partie de deux aumôneries, d'un groupe de prière du Chemin Neuf (communauté nouvelle installée à Brest, qui accueillait en plus des membres proprement dits de la communauté un foyer d'étudiants, dont bon nombre fréquentaient comme moi l'aumônerie des étudiants), d'une chorale (annexe de l'aumônerie), d'un groupe d'animation liturgique, j'ai pris des cours de breton, de danse bretonne, je suis allée en boîte (une fois, et ça m'a vaccinée à vie), j'ai tenté d'intégrer la bande de falluchards de la fac de Brest, mais l'ambiance était trop... "fallucharde" (je ne trouve pas d'autres mots) pour moi (en gros, le but du jeu était de faire la fête, par tous les moyens : boire, aller en boîte, rentrer à pas d'heure... tout ça avec l'objectif officiel de créer des ponts entre les étudiants des différentes filières exitantes à Brest, chose dont je n'avais pas expressément besoin, avec mes amis des chorale, foyer, aumônerie... et surtout avec une soeur en fac de médecine, qui amenait tout le temps plein de copains à la maison, et que du coup, je voyais très régulièrement...). J'ai pris des cours de guitare avec un copain, à qui je donnais des cours de solfège, et c'est à la même époque que j'ai dû démissionner de l'école de musique de Quimper, et arrêter les cours de violon : trop de choses à faire, trop peu de temps pour travailler un instrument si exigeant...
Et puis, surtout, j'ai fait connaissance avec l'Hospitalité Diocésaine de Lourdes. Et ça, ça a radicalement transformé ma vie. En fait, je n'ai plus jamais été la même depuis. La première fois que je suis allée à Lourdes, j'avais 14 ans, et c'était avec des jeunes de mon diocèse, en pélerinage. L'année suivante, on a pris les mêmes et on a recommencé, ou presque. Et là, une des copines de la première année, qui avait un an de plus que moi et s'était retrouvée dans un autre groupe, avec des jeunes plus âgés que nous m'a demandé si nous avions passé comme elle une après-midi avec les malades. Il n'en avait pas été question dans notre programme, mais les malades, à Lourdes, il faut vraiment être aveugle pour ne pas les voir. Ils sont partout, ainsi que ceux qui les aident.
A 18 ans, en attendant la reprise des cours, je suis revenue à Lourdes, mais dans l'Hospitalité Diocésaine de Quimper : j'avais fait le saut, je suis partie non pas pour moi, mais pour aider des personnes malades, âgées, handicapées, à partir en pélerinage. En gros, on devenait leurs jambes, leurs bras, on était là pour les servir.
Et cette notion de service n'a pas cessé de m'accompagner, depuis. A Lourdes, j'ai découvert ce que c'est que de se mettre au service de l'autre. Ce que c'est aussi que de s'éclipser pour faire passer l'autre devant soi, et d'en être heureuse.
Et cette notion de service n'a pas cessé de m'accompagner, depuis. A Lourdes, j'ai découvert ce que c'est que de se mettre au service de l'autre. Ce que c'est aussi que de s'éclipser pour faire passer l'autre devant soi, et d'en être heureuse.
C'est aussi là que j'ai rencontré... tous mes flirts, sans exception : Nicolas, Frédéric, Patrick, et plus tard, celui qui est devenu mon mari, Jean-Luc.
Lourdes, c'est aussi mon lieu d'études pour mon mémoire de maîtrise, qui avait pour objet l'évolution de la ville de Lourdes depuis la création des pélerinages (très peu de temps après les apparitions de Marie à Bernadette). Bref, autant dire que ces années d'études, je les ai passées sur les routes, à faire un tas de choses que j'ai aimées...
Et puis, un jour, il a bien fallu me rendre à l'évidence : la géographie, c'est formidable, mais je ne voyais pas du tout où ça allait me mener. Par contre, la documentation... Et hop : en même temps que la maîtrise, j'ai passé 7 concours d'entrée dans les IUT qui permettaient aux titulaires d'un DEUG ou d'une Licence d'intégrer un IUT information communication, afin de passer le DUT en un an. Beaucoup de boulot, de déplacements, mais au final, j'ai obtenu le droit d'aller à Dijon. Maîtrise en poche, je reprends donc la route pour m'installer à l'autre bout de la France. Là, les choses étaient devenues beaucoup plus sérieuses : plus question de perdre du temps, mon DUT, je devais l'avoir. A part le ciné et quelques sorties avec les copains et copines de la promotion, c'était boulot, boulot, boulot. Et ça a payé : entrée en septembre 1997 à l'IUT, j'ai obtenu le DUT après un stage de 3 mois à Mulhouse, en juillet 1998. Et coup de bol : en août, j'ai appris qu'un post se libérait à Mulhouse, et qu'il me suffisait de postuler. Pari gagné, j'ai eu le poste, et l'aventure ISSM a commencé.
Oui, mais tout cela, ça m'éloignait pas mal de mes objectifs premiers (voir plus haut). De manière très pratique, j'étais maintenant embarquée dans une aventure dont je savais qu'elle ne serait pas facile tous les jours. Deux possibilités : soit je prends l'option "J'observe, je vois ce que ça donne, et si ça ne va pas, je rentre chez mes parents", soit je considère que je m'installe ici, et je prends les moyens nécessaires à une intégration durable en Alsace.
J'ai choisi la deuxième voie, et ne connaissant que deux systèmes d'intégration rapides, j'en ai appliqué dès mon arrivée : j'ai intégré la chorale de la paroisse. Première tentatives, rencontres plaisantes, mais pas assez "nourrissantes" à mon goût, à l'exception de l'amitié naissante avec l'organiste, jeune mère de famille qui me ramenait chez moi après chaque répétition. Sauf qu'au bout d'un peu plus d'un an, son mari et elle (enseignants) ont été mutés dans le Bas-Rhin, et que je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles. Et ce à un moment où les choses étaient devenues difficiles pour moi.
Dès que j'ai su que mon emploi était sûr (CDI), j'ai appliqué le "plan B d'intégration", c'est-à-dire la vie associative. Et là, j'ai choisi ce que je connaissais déjà, et que je savais exister dans toutes les régions : l'Hospitalité Diocésaine. A partir de là, les choses ont commencé à aller mieux, dans la mesure où j'ai pu trouver à l'Hospitalité soutien, amis, et même des hospitalières qui m'ont initiée aux us et coutumes, notamment culinaires, alsaciens. L'intégration était en marche. Dès le premier jour, j'ai recontré Jean-Luc. Evidemment, au début, lui ne m'avait pas vue, mais ça, c'est une autre histoire. Toujours est-il qu'au bout d'un an et quatre mois à Mulhouse, j'ai dû faire un choix : soit je déménage, soit je rentre chez mes parents, parce que c'est trop dur.
J'ai choisi de déménager, et là, les choses se sont tout doucement mises en place : "La" rencontre avec Jean-Luc, l'intégration définitive en Alsace par le biais de la chorale Coeurs Chantants de Sélestat, le boulot, les amis... pour aboutir au mariage, aux enfants...
Finalement, on peut dire que mes objectifs de mes 17 ans ont dans un sens été atteints :
Le premier était de réussir mes études (je venais de passer le bac) : j'ai non seulement réussi mes études, mais j'ai pu me réorienter, terminer mes études, obtenir diplôme et travail dans la foulée.
Le deuxième était de vivre une vraie vie de famille (en gros, j'avais le projet de me marier et d'avoir des enfants, mais sans date limite) : Ca a pris du temps, ça s'est fait dans la douleur et l'éloignement, mais finalement, je suis arrivée à ce que je voulais.
Le troisième était de continuer la musique (chose pas vraiment évidente quand on change de ville, de statut, d'environnement, de repères) : là encore, entre mes activités de chef de choeur et d'animatrice liturgique, on peut dire que je "baigne" dans la musique.
Le dernier était de prolonger mon engagement auprès de personnes handicapées et âgées, et de me mettre, d'une manière ou d'une autre, à leur service : je l'ai fait pendant un temps avec l'hospitalité, d'abord celle de Quimper, puis celle d'Alsace. Mais pour diverses raisons, incluant la vie de famille, mais pas uniquement, ce dernier engagement a pris définitivement fin l'an dernier, quand nous avons payé nos arriérés de cotisations à l'association, mais sans renouveler pour 2006.
Alors, pourquoi ce titre, si ces objectifs ont (presque) tous été atteints ?
Vous le saurez dans quelques jours, parce que là, j'ai de la lessive à faire. Eh oui, le quotidien me rattrape vite...
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