Au Gobolistan, nous sommes, comme chacun le sait, 5 habitants principaux (les multitudes d'autres sont en réalité de charmantes petites choses plus ou moins inanimées, plus ou moins humanoïdes, faites soit de tissu rembouré, et appelées dans le reste de la France et de l'Alsace "Peluches", soit en matière plastique, et dans ces cas-là, ça s'appelle des playmobyls. On a aussi des habitants "multipattes", avec soit 6, soit 8 pattes en fonction de l'espèce, à savoir insectes ou arachnides, mais ce n'est pas d'eux que je voulais vous parler, ni d'ailleurs des peluches ou des playmobyls, mais bien des habitants humains du Gobolistan, à savoir Gobolof, Gobolovna, Gobolovitch, BBK et Gobol.
Donc, ce soir, ce message traitera des questions liées au sommeil, questions fondamentales dans notre petit Etat indépendant, tant les rythmes des uns et des autres sont divers (vous imaginez si nous étions 8, ou pire encore, 14 ???).
Le sommeil est un état physiologique fondamental pour tout être humain normalement constitué, et la petite peuplade Gobolovienne ne fait pas exception à cette règle. Encore faut-il tenir compte des rythmes de chacun, et là, ça se corse sérieusement.
Nous allons commencer par Gobolof et Gobol, les deux adultes, normalement capables de s'adapter aux conditions et contraintes extérieures.
A force d'observation quotidienne, il est apparu le fait étrange suivant : un être humain adulte, en bonne santé, d'un poids et d'une corpulence normale, peut être réglé comme une horloge en ce qui concerne le sommeil, et ce quoi qu'on veuille faire pour modifier cet état de fait.
Par exemple, dans le cas de Gobolof, il est une certaine heure de la journée, en général après le repas de midi, où il est indispensable que ledit Gobolof change d'aspect, et de bipède vertical, passe à l'état de bipède horizontal, et ce pendant un laps de temps déterminé, compris entre 10 et 27 minutes, tous les jours.
Le même Gobolof redevient ensuite un représentant de l'espèce humaine version verticale, jusqu'à une certaine heure le soir, en fin de journée. Là, il se met à adopter un comportement immuable : Bol de lait, chocolat en poudre, puis transformation en espèce humaine version horizontale de nouveau. Nous observons donc chez le Gobolof une alternance verticalité - horizontalité tout à fait remarquable, puisque se produisant à heure fixe, tous les jours que Dieu fait. Il semble que le déclencheur de cette alternance soit un cocktail de boissons, ou plutôt deux boissons en alternance, à savoir le café, qui provoquerait un état horizontal tout à fait provisoire, mais uniquement aux alentours de 13 heures (moment appelé aussi "JT" dans le reste du pays), et le lait chocolaté, qui lui a pour conséquence supplémentaire de provoquer l'horizontalité, plus l'ascension : à cette heure-là, le Gobolof en effet ne devient horizontal que dans une certaine pièce du Gobolistan, située tout en haut du petit Etat indépendant, et qui a pour nom de code dans nos recherches "chambre à coucher". Il est à observer également que si les effets du café à midi et du lait le soir sont les mêmes, en revanche, le café du matin, que le Gobolof ne se prive pas de boire également, a des effets totalement inverses à celui de midi. Il y a donc là un mystère physiologique, que nous pouvons résumer de la manière suivante :
- le café le matin provoque l'effet inverse du café de midi.
Première hypothèse : le café du matin est-il le même que celui de midi ? Gobolof ajoute-t-il quelque chose ?
Après expérimentation, il apparaît qu'il n'y a au Gobolistan qu'une seule machine à café en état de fonctionner, et que Gobolof boit son café sucré, celui du matin comme celui de midi. En revanche, le café du matin est allongé avec un peu de lait froid, ce qui n'est jamais le cas de celui de midi.
Deuxième hypothèse : la quantité de café y est peut-être pour quelque chose ?
En effet, le matin, le Gobolof se sert du café identique à celui du midi, mais en quantité bien plus importante : à midi, il le boit dans une tasse, et le matin, il se sert d'un bol. Et le bol est loin d'être petit, vous pouvez croire un observateur attentif à ce détail depuis plus de 6 ans maintenant.
- le café du midi et le lait chocolaté du soir provoquent le même état horizontal, mais avec une durée d'horizontalité et un lieu de prédilection différents.
Première hypothèse : le lait chocolaté et le café du midi ont le même principe actif.
Cette hypothèse semblerait être la bonne, sauf si on inclus dans la logique le café du matin, qui lui, a l'effet inverse, et permet de faire passer le Gobolof d'un état horizontal à un état vertical. L'autre observation que l'on peut faire, c'est que le café du matin est allongé avec du lait non chocolaté, contrairement au café du midi, qui ne contient ni lait, ni chocolat, et que le lait chocolaté du soir, lui, ne contient absolument pas de café.
On peut donc émettre l'hypothèse suivante : le café et le lait chocolaté pris séparément ont le même effet, en revanche, le café et le lait pris simultanément provoquent un effet contraire à l'effet qu'ils ont pris séparément.
Autres indices à prendre en considération : le café du matin suit une nuit, le lait chocolaté du soir est accompagné généralement de biscuits (mais là, l'observation journalière montre que l'effet est toujours le même, quel que soit le type de biscuit ingéré avec le lait chocolaté), et le café de midi est souvent accompagné de chocolat seul (non dilué dans du lait), et solide, dit "à croquer", et qui est d'ailleurs souvent "au lait". Il semblerait donc que l'équation café + lait + post-nuit n'ait pas du tout le même effet que l'équation chocolat dilué + lait + pré-nuit, qui elle a le même effet que l'équation simple café + chocolat à croquer + lait.
A ce jour, nous n'avons toujours pas trouvé de réponse à cette épineuse question du changement d'état et de l'alternance horizontal-vertical chez le Gobolof. Il faut dire aussi que la recherche ne peut s'appuyer sur aucun élément de comparaison (aucune population "test"), le Gobolof étant un spécimen unique en son genre.
Passons donc à une autre partie fort importante de nos recherches comportementales : la Gobol.
Là encore, les recherches sont assez épineuses, vous allez comprendre assez vite.
La Gobol est la version féminine du Gobolof. Toutefois, les deux spécimens sont très dissemblables, notamment en ce qui concerne cette alternance vertical-horizontal, que l'on observe également chez la Gobol.
Seulement, cette alternance ne se vérifie pas systématiquement, comme c'est le cas chez le Gobolof. La Gobol ne change pas d'état à heure fixe : au contraire, son état semble dépendre étroitement de la présence du Gobolof, et non pas de l'heure de la journée. De plus, contrairement à ce qui a été observé chez le Gobolof, nous ne parvenons pas à établir de corrélation entre ce que la Gobol boit ou mange, et son état vertical ou horizontal. En fait, il semble qu'il n'y ait aucun comportement logique à l'état vertical ou horizontal de la Gobol. Nous avons pu observer par exemple, certains soirs, un Gobolof horizontal et une Gobol verticale. Nous avons pu voir aussi nos deux spécimens soit verticaux simultanément, soit horizontaux simultanément, et ce quelque soit le moment de la journée. Une constante cependant : en l'absence de Gobolof, il semble que la Gobol soit plus longtemps et plus tardivement verticale. Et ce même au milieu de la nuit, moment privilégié en présence de Gobolof pour que la Gobol adopte elle aussi la position horizontale. L'état de nos connaissances et de nos observations ne nous permet pas d'émettre plus d'hypothèses, et surtout pas de les vérifier, à l'exception de celle-ci : la position verticale ou horizontale de Gobol ne semble dépendre ni de l'heure, ni de la luminosité, mais liée au moins en partie à la proximité de Gobolof.
Les petits Goboloviens maintenant. On aurait pu penser que la génétique aidant, nous retrouverions des comportements similaires chez les trois spécimens observés : Gobolovna, Gobolovitch et BBK. Eh bien non. Pourtant, les choses avaient plutôt bien commencé, tant les comportements dans la petite enfance de Gobolovitch et Gobolovna étaient semblables. Par exemple, de leur naissance à six mois, les deux "enfants", puisque c'est leur nom scientifique, étaient en position horizontale la plupart du temps. Mais nous avons dû distinguer là deux états différents, ayant des causes différentes. Le premier état, nous l'appellerons "veille", et le deuxième état, appellé "sommeil". A l'exception des moments expressément dédiés à l'alimentation et au portage, les deux enfants étaient, au cours de leurs six premiers mois de vie, toujours en position horizontale, mais alternativement en état de "veille" et de "sommeil". L'alternance elle-même était la même, avec un ratio quasiment identique sur vingt-quatre heures, durée étalon choisie pour noter nos observations. Nous avons pu observer durant cette période, chez les deux enfants, une période de "sommeil" de huit heures environ sur vingt-quatre heures, période assez étrange et compliquée à observer, puisque assez discontinue. Cette durée correspond d'ailleurs grosso-modo à la durée de ce même état "sommeil" chez un spécimen adulte comme le Gobolof, la Gobol ayant visiblement une durée de "sommeil" plus courte, autour de 7 heures environ. Cependant chez un adulte, il est intéressant d'observer que cette période est le plus souvent continue, contrairement à ce que nous avons pu observer chez les deux petits Goboloviens. L'un des indices permettant de faciliter la distinction entre "veille" et "sommeil" est le niveau sonore qui accompagnait systématiquement, tant chez Gobolovitch que chez Gobolovna d'ailleurs, l'état de "veille".
Lors de la naissance de BBK, les observations ont été radicalement différentes : en effet, ce specimen passait certes autant de temps en position horizontale, mais l'observation a montré que la quasi-totalité de ce temps était en mode "sommeil", soit environ 20 heures sur 24. Quel contraste ! D'autre part, l'état de "veille" n'était pas systématiquement associé à une augmentation du niveau sonore ambiant, ce qui permet de supposer que nos observations ont pu être sous-évaluées à certains moments, mais nous ne savons pas dans quel sens : BBK était-elle en "veille" ou en "sommeil" quand nous ne l'entendions pas ???
Les observations nous ont obligés à nous renseigner sur cet état "sommeil" chez le bébé, et les pontes en ce domaine, appelés "sages-femmes" ou "médecins", ou encore "puéricultrices", nous ont tous dit la même chose (pour une fois, ils étaient tous d'accord !), 8 heures de sommeil sur 24 chez un enfant de 6 mois, ce n'est pas normal du tout. En fait, l'observation faite sur BBK (20 heures en "sommeil" sur 24) est bien plus proche de ce qu'on observe dans le reste du pays, en dehors du Gobolistan. Il nous a fallu nous rendre à l'évidence : quelque chose avait forcément troublé le sommeil des deux aînés, quelque chose que n'avait pas eu le troisième spécimen. Il nous a donc fallu revoir toutes nos observations, nos notes, et là, en relisant les descriptifs de l'époque, nous avons trouvé le facteur qui semble expliquer une telle différence : Gobolovna et Gobolovitch avaient tous deux des marques sur tout le corps, entre 0 et 1 an. Les dossiers médicaux des enfants ont montré qu'ils avaient souffert de la même maladie au même âge, et cette maladie a pour nom ECZEMA.
Toutes nos observations avant un an ont donc été faussées, et ne doivent pas entrer en ligne de compte pour nos conclusions, si ce n'est celle-ci :
- l'eczéma peut altérer ou modifier le sommeil d'un petit Gobolovien. Les réactions des Goboloviens adultes à plusieurs attaques virales ou bactériennes, ou autres, nous ont montré que cette acception se révélait vraie aussi pour eux, ce qui permet de généraliser : le sommeil d'un Gobolovien, quel que soit son âge, peut être altéré ou modifié par une maladie, quelle que soit la cause de cette maladie.
Il nous a donc fallu faire le deuil de l'observation du sommeil chez le Gobolovien de moins d'un an, pour s'attaquer à celui du Gobolovien entre 1 et 5 ans. Actuellement, nous avons donc trois specimens qui entrent dans cette catégorie en même temps, ce qui permet des observations simultanées, donc facilement comparables, contrairement à ce qui s'est passé pour la période 0-1 an, où aucun spécimen n'était au même niveau de développement en même temps qu'un autre.
Nous avons donc trois types de comportements différents :
- la Gobolovna, spécimen féminin âgé de 5 ans et quelques mois, qui a une seule alternance verticale-horizontale par 24 heures. Chez cette enfant, cette alternance correspond à des horaires très précis, à savoir 7 heures du matin - 8 heures du soir. C'est le cas le plus simple.
- le Gobolovitch, spécimen masculin âgé de 3 ans, présente lui une alternance horizontale-verticale qui dépend de plusieurs facteurs : l'heure du jour et de la nuit, et le jour de la semaine. Dans le détails, cela donne :
les lundi, mardi, jeudi et vendredi : deux alternances : une l'après-midi après le déjeuner, l'autre le soir, où le changement d'état se produit au plus tard à 20 heures, comme pour Gobolovna.
les mercredi, samedi et dimanche : une seule alternance, comme pour Gobolovna.
Il semblerait qu'une première explication de cette différence de rythme au cours de la semaine pusse trouver sa source dans les lieux de socialisation fréquentés par le Gobolovitch au cours de sa vie "verticale", à savoir l'école, pour le lieu le plus souvent fréquenté. Quant à savoir si c'est le lieu lui-même qui provoque ce changement d'état, ou si c'est une coutume locale, nous n'avons pour l'heure que la possibilité de faire des suppositions.
Un fait est à noter cependant : Gobolovitch et Gobolovna fréquentent le même lieu (sus-nommé "école"), mais celui-ci n'a pas les mêmes conséquences sur leur état vertical ou horizontal. D'ailleurs, des observations attentives ont pu démontrer que tous les individus du même âge que Gobolovitch et présents au même moment que lui à l'école présentaient ce même changement d'état. On peut donc tenter une hypothèse : ces enfants seraient-ils victimes d'une maladie ? Y aurait-il quelque chose à l'école qui provoque cet état ? Une observation plus attentive a montré que cela n'était pas le cas des enfants plus âgés, même s'ils fréquentent la même école. Il pourrait donc s'agir soit d'une hallucination collective ne touchant que les plus jeunes, ou encore d'une maladie contre laquelle ils ne sont pas encore immunisés, ou bien d'une activité spécifique à ces enfants en particulier. A ce jour, nous n'avons pas encore pu déterminer les raisons exactes de ce changement d'état.
Ceci dit, chez le Gobolovitch, l'heure de la fin de la plus longue période horizontale, à savoir le matin, est assez étonnante : en général, le changement d'état se produit vers 6 heures (soit une heure plus tôt que pour Gobolovna). Nos observations ont montré récemment qu'un Gobolovitch pouvait être déréglé : la nuit dernière, il s'est mis en position horizontale à 19 heures, et l'alternance s'est produite bien plus tôt que d'habitude, à savoir 1 heure du matin (nous avons pu remarquer d'ailleurs que c'est exactement l'heure à laquelle Gobol avait décidé de passer de la verticale à l'horizontale, et que cette décision a dû être différée de quelques minutes pour permettre à Gobolovitch de rester à l'horizontale, ce qu'il a fait jusqu'à 6 heures du matin, alors que Gobol, elle, ne s'est remise à la verticale qu'à 9 heures).
- la BBK est un spécimen féminin âgé de presque 14 mois, et a un rythme sensiblement différent : l'alternance est bien plus fréquente, avec une période longue comme pour les autres, correspondant chez les autres êtres humains à ce qu'on appelle la "nuit" (d'ailleurs, on dit aussi "faire ses nuits", d'un bébé qui dort plus de 6 heures d'affilée, faut-il voir dans ce rapprochement sémantique une explication à ce phénomène d'alternance horizontale-verticale ?), et des périodes de "sommeil" horizontal plus courtes, soit le matin, soit l'après-midi, soit avant la nuit, soit les deux ou les trois dans la même journée, auquel cas le ratio "sommeil"/"veille" se rapproche étrangement de ce qu'il était avant 1 an chez BBK.
A ce propos, il est à noter que Gobolovitch est le seul parmi tous les spécimens observés au Gobolistan à adopter un état de "sommeil" non exclusivement horizontal. A savoir que Gobolovitch peut adopter cet état en position "verticale-assise", ce qui est un phénomène suffisamment étrange pour être rapporté dans cette étude. Cette situation se produit la plupart du temps en fin de journée, et ce quand dans cette même journée, Gobolovitch n'a eu aucun moment horizontal, soit en général le mercredi, le samedi ou le dimanche, et ce à heure fixe, c'est-à-dire après 19 heures, et toujours avant 20 heures. Il semble donc que cet étrange fait soit lié à deux facteurs : une absence d'alternance, que nous nommerons "a-alternance", du préfixe privatif "a-" et de "alternance" d'une part, et une heure donnée, à savoir 19 heures d'autre part.
Après ces observations, nous pouvons tenter une conclusion : il semblerait que les Goboloviens soient un sous-groupe de l'espèce humaine, et qu'à ce titre, ils ont des coutumes que l'on pourrait sans doute retrouver chez d'autre populations. Ici, la particularité tient au fait que tous les membres de cette tribu ont des rythmes différents, et on peut donc classifier ces membres en sous-catégories. Nous avons identifié d'une part les couche-tôt-lève-tôt, à savoir Gobolof et Gobolovitch, d'autre part les couche-tard-lève-tard, dont font partie Gobol et Gobolovna, et gros dormeurs, avec pour unique représentante BBK (à l'heure où je vous parle, cela fait pas loin de trois heures qu'elle est au lit, et qu'elle dort à poings fermés). Nos lecteurs auront sans doute noté le raccourci employé : nous avons décidé de cesser d'appeler cette alternance verticale-horizontale "verticale-horizontale" pour employer un terme plus commun, plus connu aussi, et plus compréhensible donc par nos lecteurs : l'alternance veille-sommeil, ou tout simplement "dormir", "pioncer", "en écraser", "se pieuter", "aller au plumard", "aller au lit", "aller au dodo", "filer sous la couette", etc., qui est somme toute une activité physiologique de la plus haute importance, et que nous ne devions pas négliger pour tenter de comprendre les Goboloviens.
(pour tous renseignements complémentaires, données chiffrées et statistiques, merci de vous adresser à l'INEG, l'Institut National des Etudes sur le Gobolistan).
2 commentaires:
Comme toujour, l'humour ne fait pas defaut a notre Gobol nationale. J'étais literalement plié en deux à la lecture de ce billet.Amitiés,LGM (boing)
Contente qu'il t'ait plu !!!
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