Des fois, au Gobolistan, on se fait quelques frayeurs...
Il se trouve qu'au mois de janvier, le 22 pour être précise, il y avait de la neige un peu partout près de chez nous. Oh pas 15 cm, non, ni même 5 d'ailleurs. Juste une petite pellicule et de jolis cristaux sur les branches des arbres. Rien de très embêtant, on pouvait d'ailleurs très bien circuler.
Mais voilà, de la neige, il y en avait aussi sur les toits, en particulier sur celui de notre maison. Et comme je ne suis pas très rapide à la comprenette, parfois, eh bien j'en viens à tirer trop rapidement des conclusions erronées ou bien à ne pas réagir assez vite à une situation quelque peu problématique. C'est selon l'humeur du jour, si vous voyez ce que je veux dire.
Donc, le 22 janvier, il y avait encore de la neige sur le toit. Et il faisait un bon petit -4°C, ce qui incitait à rester au chaud. Cette semaine-là, Jean-Luc était parti le mercredi précédent (le 20, quoi), pour un salon à Vannes et les livraisons qui vont avec. Il ne devait rentrer que le lundi suivant. De plus, nous avions Thibault, le fils aîné de ma soeur, qui passait une semaine chez nous pour son stage de découverte du monde professionnel de classe de Troisième. Les enfants étaient plutôt contents, Thibault aussi... Bref, tout allait bien ou presque dans le meilleur des mondes.
Le samedi matin, 23 janvier, le réveil fut un peu plus facile que les jours précédents, à cause d'un redoux impressionnant. Et la tendance s'est confirmée : +10°C dans l'après-midi ! Bien sûr, toute la neige du toit se mit à fondre. Et c'est sans surprise aucune que j'ai vu des cataractes d'eau couler par la gouttière jusque dans le caniveau situé devant la maison.
Seulement voilà, le 24 janvier, vers 8h30 du matin, alors que je revenais de Sélestat où j'avais déposé Thibault à la gare pour son voyage de retour vers l'appartement qu'il habite avec son frère et sa maman (ma soeur, quoi !), je vis avec beaucoup de circonspection que l'eau coulait toujours par la gouttière. Et j'en fus quelque peu étonnée, parce que je ne pensais tout de même pas qu'il y ait assez de neige sur le toit pour que ça coule non-stop depuis la veille au matin...
Un peu pressée par le temps (je n'avais pas encore mangé et les enfants n'étaient pas prêts alors que Nathanaël était noté au tableau des servants d'autel pour la messe de 10h30 ce matin-là), je décidai de remettre la réponse au problème à plus tard et m'en fus ouvrir les volets du salon, les seuls que je n'avais pas eu le temps d'ouvrir ce matin-là, histoire de faire profiter cette pièce de la relative chaleur ambiante.
J'ai allumé la lumière... et je l'ai éteinte immédiatement. Je venais d'un coup de comprendre ce que c'était que ce bruit de cataracte que j'entendais depuis la veille et que je pensais au départ venir du toit, puis de la cave où se trouve la pompe immergée qui se met automatiquement en route en cas d'inondation (nous sommes 30cm au-dessus de la nappe phréatique, apparemment), ce qui arrive somme toute assez régulièrement en hiver et ne m'alarme pas outre mesure d'habitude, mais là, c'était quand même bizarre... parce qu'il n'avait pas plu depuis des lustres (à l'exception notable de la neige tombée en début de semaine) et que les routes, habituellement coupées en cas d'inondation, ne l'étaient pas du tout à ce moment-là. Bref, il y avait un truc qui ne collait pas dans le paysage, et je venais de comprendre lequel.
L'eau coulait bien, mais en provenance du plafond du salon, en passant par le lustre situé au-dessus du tapis du coin télé. Eh oui. Rien que ça.
J'ai beau être un peu lente parfois, je sais quand même que le mélange eau + électricité ne fait pas bon ménage en général. J'ai donc éteint la lumière, atteint (dans le noir complet) la première fenêtre à droite et ouvert le volet, histoire de voir ce qui se passait à la lumière du jour. Et je n'ai pas été déçue.
Ce que j'ai vu était assez délirant, avec une sorte de robinet ouvert en grand dans le lustre, qui déversait des litres et des litres d'eau directement sur le tapis. Ça gouttait sérieusement, éclaboussant au passage les fauteuils Ikea blanc et les poufs verts des enfants. J'ai contourné le tapis pour atteindre la deuxième fenêtre, avant de m'apercevoir que le tapis lui-même (pourtant d'une bonne surface) était totalement imbibé d'eau... J'ai donc évalué rapidement la situation et me suis mise à éponger l'eau, avant de comprendre que pour que ce travail de titan ne ressemble pas au tonneau des Danaïdes, il fallait d'abord que je trouve d'où venait la fuite pour pouvoir l'arrêter. Comme ça venait du plafond, j'ai réfléchi au moins trois secondes avant de réaliser que le seul point d'eau au-dessus du salon, c'était le robinet se trouvant sur le balcon du côté des chambres des enfants. Ni une, ni deux, je suis montée au premier étage, j'ai ouvert la porte-fenêtre... et ai trouvé le robinet ouvert à fond, déversant des litres d'eau à n'en plus finir. Avec beaucoup de peine, j'ai réussi à fermer le robinet, en me disant qu'il y avait quand même un "truc" qui n'allait pas dans tout ça : si le robinet avait été ouvert, pourquoi l'eau coulait-elle dans le salon et par la gouttière, et non pas simplement par la gouttière ? Il y avait donc forcément un problème quelque part ailleurs.
Je suis retournée au salon et ai commencé mon travail de titan consistant à éponger. J'ai commencé par les côtés du tapis, histoire de pouvoir approcher le tapis lui-même sans risquer de me casser un jambe en glissant dans la pataugeoire qu'était devenue mon salon. Et puis, alors que le robinet était fermé, je me suis rendu compte que le débit de l'eau ne diminuait pas du tout. Il y avait donc bien un autre problème ailleurs.
Entre-temps, Nathanaël s'était levé et avait fini son petit déjeuner et mon manège ne lui avait pas échappé. Il prit donc le relais à la serpillière et j'allai cette fois-ci à la cave pour trouver une solution à ce déluge. Entre-temps, j'avais attrapé le téléphone et j'essayais de joindre Jean-Luc qui, lui, s'en allait à la messe. Mais j'ai eu de la chance, j'ai réussi à l'appeler juste avant, ce qui m'a permis de savoir où chercher. Il m'a alors confirmé ce que je pressentais : il avait bien coupé l'arrivée d'eau du robinet du jardin, avant l'hiver... mais il avait oublié celui de la terrasse. Le gel avait donc fait son effet... et le dégel le sien. Il n'y avait aucun doute que la canalisation menant au robinet extérieur du premier étage avait gelé puis explosé sous l'effet du gel. Le dégel venu, le trou avait laissé filer l'eau qui s'infiltrait maintenant dans le plafond du salon et inondait toute la pièce. Youpi.
J'ai donc abandonné Nathanaël au salon, j'ai foncé à la cave où j'ai trouvé l'arrivée d'eau de la maison, que j'ai coupée avant de chercher la vanne qui fermait le tuyau d'eau du premier étage. Puis je suis remontée dans le bureau du premier étage, espérant y trouver la marche à suivre pour appeler l'assurance et déclarer le dégât des eaux, sachant que c'était dimanche et qu'il risquait de n'y avoir personne à l'autre bout du fil.
J'ai quand même eu de la chance : mon assurance maison a une permanence pour les dimanches et les jours fériés, avec une vraie personne chargée de prendre les appels, de faire la déclaration du sinistre même s'il faut attendre le jour ouvré suivant pour engager la procédure.
Rassurée, j'ai envoyé Nathanaël se changer avant de reprendre l'épongeage du salon et n'ai arrêté que quand 10h15 a sonné et qu'il était temps d'aller à la messe.
Entre-temps, les filles, au premier étage, m'avaient signalé une drôle d'odeur. Mais quand j'étais montée pour chercher des vêtements pour habiller Louise-Marie, je n'avais rien constaté d'anormal et en avait donc conclu que les enfants paniquaient un peu trop.
Après la messe, nous sommes rentrés à la maison où j'ai préparé un repas rapide, histoire de profiter des quelques heures de jour qui restaient encore pour terminer le nettoyage du salon. Seulement voilà, quand j'ai voulu coucher Louise-Marie vers 13h30, j'ai cette fois-ci nettement senti une forte odeur de brûlé en haut de l'escalier menant au premier étage, soit juste au-dessus du salon inondé.
Et là, j'ai paniqué.
Odeur de brûlé après une inondation dans le salon, où l'eau a emprunté le circuit lumière pour se frayer un chemin vers le tapis, ça ne me disait rien d'autre que "et si tu avais un incendie dans le faux-plafond que le détecteur de fumée n'a pas encore détecté ?"
Que faire ? Où aller avec les enfants ? Comment les mettre en sécurité si jamais il le fallait ?
J'ai alors appelé à la rescousse des amis du village, espérant qu'ils pourraient prendre les enfants le temps que je trouve l'origine de l'odeur. Sauf que les copains en question étaient à l'autre bout de l'Alsace. J'ai raccroché, au bord de la panique cette fois, et j'ai rappelé mon cher mari, toujours à 1000 km de là et sans doute tout autant paniqué que moi, avec en plus la certitude qu'en étant aussi loin, il ne pouvait strictement rien faire pour m'aider... Bref, je lui ai fait part de mon inquiétude et j'ai raccroché parce qu'on sonnait à la porte. Avant de raccrocher, j'ai quand même eu le temps de l'entendre me dire qu'il allait appeler l'électricien, histoire qu'il voie ce qui se passait dans le plafond. Je me disais, en allant ouvrir la porte, que ce n'était pas gagné parce que trouver un électricien un dimanche, c'était quand même une sacrée gageure. Et en ouvrant la porte, quelle n'a pas été ma surprise en voyant débarquer une autre amie, pharmacienne du village, accompagné d'un homme à peu près de son âge (et du mien) qui m'était totalement inconnu. Je les ai fait entrer, un peu sonnée qu'ils soient là alors que je ne savais pas du tout comment ils avaient pu savoir quand mon amie me dit qu'elle venait d'avoir un appel de notre ami commun (celui que j'avais appelé un peu avant) et qu'il lui avait demandé de passer pour voir si elle pouvait m'aider avec mon début d'incendie. Et coup de chance, son frère, pompier, était avec elle pour le déjeuner... et il me proposait son aide !
Un peu rassurée, nous avons fait le tour de la maison, depuis la cave jusqu'au grenier, histoire de voir de près cette histoire d'odeur de brûler (si je peux parler ainsi). Dans la panique, mon premier réflexe, avant d'appeler les copains, avait été de faire disjoncter les deux disjoncteurs de la maison. Je n'avais donc plus d'électricité ni de téléphone et j'avais dû utiliser le portable pour appeler à l'aide, malgré un réseau de téléphonie mobile plus qu'aléatoire. Du coup, après nous être assurés qu'il n'y avait pas de départ de feu apparent, nous sommes revenus vers les deux disjoncteurs et nous avons commencé à remettre progressivement l'électricité, pièce par pièce, en attendant à chaque fois pour voir si le fusible "tenait" ou s'il se mettait à disjoncter sous un éventuel court-circuit. Il n'y eut rien, heureusement, mais par sécurité, nous n'avons pas remis le circuit électrique du salon sous tension (pas fous, non plus !).
Nous en étions là quand on a à nouveau sonné à la porte d'entrée. Cette fois-ci, c'était l'électricien qui s'était occupé de refaire toute l'électricité de la maison, sauf dans le salon, justement, où nous avions décidé d'attendre d'avoir un peu plus d'argent avant de tout refaire...
Il a démonté en partie le lustre (heureusement que j'avais épongé et réussi à rouler le tapis situé juste en-dessous, sinon l'opération aurait sans doute été à la fois dangereuse et digne des aventures de Moogli dans la jungle humide du Bengale version Grand Ried) et vérifié ce qu'il pouvait voir depuis l'échelle sans démonter tout le plafond... et il n'a rien vu de particulier, si ce n'est que les fils électriques étaient en parfait état mais mouillés et que ça ne pouvait pas venir de là, parce que la gaine qui les protège est en plastique imperméable et en très bon état.
Seule conclusion possible : si départ de feu il y a eu, ce ne peut être que dans le plafond, à cause d'un court circuit provoqué par l'eau sur un domino situé quelque part entre la boîte de dérivation dans le mur et le lustre.
J'ai donc remercié à la fois mon amie et son frère d'être venus à la rescousse et l'électricien d'avoir pris sur son repos dominical bien mérité pour pouvoir secourir une pauvre mère de famille nombreuse et temporairement monoparentale d'un pseudo incendie consécutif à une véritable inondation due elle-même à un vrai dégât des eaux provoqué par les intempéries hivernales. Maintenant que la situation était quelque peu clarifiée et la maison sécurisée, j'ai pu refermer les volets avant la nuit complète et fermé la porte en interdisant aux enfants d'entrer dans la pièce tant qu'il ferait nuit et que leur père ne serait pas rentré. Parce que, bien sûr, il était impossible de remettre en route l'électricité...
Le lendemain, je suis quand même retournée sur les lieux du sinistre histoire de prendre quelques photos au cas où l'assurance contesterait. Le soir, Jean-Luc rentrait à la maison, encore paniqué à l'idée de ce que j'avais eu à affronter dans la journée, même si je l'avais rassuré plusieurs fois au téléphone.
Je ne sais pas ce qui est le pire, pour un bon père de famille : être à la maison quand il y a un problème de ce genre et ne pas trop savoir quoi faire pour le régler, ou bien ne pas y être, tout en sachant que ceux qu'on aime y sont et se retrouvent seuls pour trouver des solutions... En tout cas, il a eu encore plus peur que nous, mon cher Gobolof !





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