samedi 2 avril 2016

Aventures gobolistanaises en janvier - épisode 2

Nous en étions donc restés aux jours ayant suivi le dégât des eaux à la maison. Et au retour de Gobolof le 25 janvier, un lundi soir. Entre-temps, la machine de l'assurance s'était mise en branle et je n'allais pas tarder à avoir des appels téléphoniques et des messages m'informant de l'avancée de mon dossier sur mon téléphone portable ou ma messagerie internet. Mais bon, jusqu'à présent, je n'ai pas eu à me plaindre de la manière dont le dossier a été traité, si ce n'est un rien de "trop vite" dans les conclusions tirées et des erreurs - vite réparées - qui m'ont valu quelques sueurs froides.

Mais nos aventures n'étaient pas terminées pour autant.

Rentré le 25 janvier, Jean-Luc repartait en salon le jeudi suivant, soit le 28. J'ai oublié où c'était (sans doute du côté de Paris), mais en fait on s'en fiche un peu. Le tout, c'est qu'une fois de plus, je me retrouvai seule avec les quatre enfants et un lourd dossier à gérer avec l'assurance. Tout cela en plein hiver, bien sûr...
Bref.
Ce vendredi 29 janvier, vers 21h30, j'étais au téléphone avec mon époux, les enfants étaient couchés depuis un peu plus d'une heure et dormaient tous profondément. Installée dans l'un des fauteuils de la bibliothèque, je terminais ma conversation avec mon mari, projetant dans l'immédiat de retourner dans le garage pour y chercher deux ou trois pieds de vigne à brûler dans le poêle pour la nuit, avant de monter me coucher.
Oui mais voilà, à peine avais-je raccroché le téléphone que j'entendais du bruit, au premier étage. Je me dirigeai vers l'entrée, par où je devais passer pour aller dans le garage, en pestant déjà contre Noémi que je soupçonnais être toujours en train de lire dans son lit, contrairement à ma demande express qui avait été, ce soir-là, qu'elle se couche tout de suite et éteigne la lumière immédiatement, histoire de récupérer de la fatigue accumulée durant la semaine. Quelque peu irritée, j'appelais donc :
"Noémi ? Qu'est-ce que tu fais encore debout ?"
Mais rien, pas de réponse. En revanche, je perçus un bruit au premier, comme si quelqu'un marchait en essayant de faire le moins de bruit possible et s'arrêtait sur une lame de parquet grinçante en espérant ne pas être entendu. J'appelai de nouveau, certaine cette fois-ci (puisque depuis l'entrée je pouvais voir la chambre de Noémi par la porte entrouverte) que Noémi était profondément endormie et qu'il y avait quelqu'un d'autre au premier étage, espérant contre toute logique que ce soit Nathanaël ou Rebecca qui se soit levé(e) pour se rendre aux toilettes situées sur le pallier et qui, pour une raison que j'ignorais, aurait décidé de me jouer une mauvaise blague en me faisant peur à un peu plus de 21h30.

N'obtenant pas de réponse et de plus en plus certaine que les enfants étaient bien tous dans leurs lits, je décidai de gagner l'autre escalier, celui qui monte devant la cuisine et mène aux chambres des trois plus jeunes, histoire de vérifier la présence des enfants dans leurs chambre... et de donner le temps et la possibilité à un éventuel intrus de prendre la poudre d'escampette.
J'entrai dans la chambre de Nathanaël en faisant exprès assez de bruit pour alerter l'intrus et réveillai sans vraiment le vouloir mon second dont le sommeil est plutôt léger.
"Maman ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Rien, sans doute rien. Dors bien.
- Bonne nuit."
Et hop, le voilà retombé dans les bras de Morphée et moi, seule une fois de plus face à l'adversité (en même temps, je ne pouvais décemment pas faire retomber sur les épaules d'un garçon de 11 ans la responsabilité de sauver sa mère et ses sœurs de l'attaque d'un intrus. À son âge, on a encore besoin d'être défendu par ses parents parce qu'on n'est pas encore un homme, que les choses soient claires).

Je repris le couloir allant vers le bureau puis ma chambre et celle de Noémi, et donnant également accès à l'entrée, pour constater qu'il n'y avait strictement personne dans la maison, du moins au premier étage, en dehors des enfants qui étaient bien sagement endormis chacun dans son lit.
Rassurée quant à leur sécurité, j'étais en train de me dire que j'avais sûrement rêvé... quand je me rendis compte que la porte d'entrée était ouverte. Pourtant, je la ferme toujours soigneusement en hiver, tout simplement parce que la chaleur a une malheureuse tendance à s'échapper vers les endroits froids et que j'ai horreur de chauffer la maison pour rien...

Là, j'avoue que j'ai (re)paniqué, après la panique du dimanche précédent. J'ai donc rappelé Jean-Luc pour le prévenir, en me rendant compte immédiatement que c'était idiot parce qu'il ne pouvait rien faire pour moi et que j'allais donc l'inquiéter pour rien, une fois de plus. Après avoir promis de le rappeler pour le tenir informé des événements, j'appelai mes amis du village. Quelques minutes plus tard, Manu frappait à la porte et je le découvrais armé de son sabre de Kendo, prêt à en découdre avec mes éventuels agresseurs/intrus/fuyards.
Bref. Nous avons fait le tour de la maison, sécurisé les différentes parties les unes après les autres, fermé les portes à clé pour prévenir toute nouvelle intrusion, en commençant par la porte d'entrée pour isoler la maison du garage et de la salle de jeu, dans l'hypothèse où l'intrus s'y serait caché.
Après avoir vérifié chaque pièce, placard, cellier... et tout endroit susceptible de servir de cachette, au rez-de-chaussée, nous sommes arrivés dans le couloir des enfants, au premier étage... pour constater que la porte-fenêtre donnant sur le balcon était ouverte, ce que je n'avais pas remarqué lors de mon premier passage un quart d'heure plus tôt. Mais j'avoue ne pas avoir du tout regardé cette porte alors je ne sais pas si c'était déjà le cas avant ou si elle avait été ouverte entre-temps. Sorti sur le balcon, Manu s'est alors étonné d'entendre du bruit à l'extérieur, mais en provenance du hangar des voisins, cette fois-ci. Un bruit qui ressemblait à des coups portés sur un mur ou une paroi en métal...
Après la maison, nous avons exploré la cave, puis le garage et la salle de jeu, ainsi que le jardin, sans rien trouver d'anormal. Manu est donc rentré chez lui, son sabre à la main. Quant à moi, je m'apprêtais à aller me coucher, pas vraiment rassurée, quand le téléphone a sonné. Jean-Luc s'inquiétait à plus de 500 km de là... et je n'avais pas eu le temps de le rappeler. Je le rassurai comme je pus, lui expliquant que Manu était venu et que nous avions fait le tour de la maison, et je lui promis de le rappeler si un événement nouveau survenait. À peine avais-je raccroché que le téléphone sonnait à nouveau. Cette fois-ci, c'était Manu qui me demandait si j'avais appelé la gendarmerie pour signaler l'intrusion et les bruits entendus à l'extérieur, chez la voisine. Bêtement, je n'y avais même pas pensé...
J'ai donc composé le 17 et suis tombée sur la gendarmerie de Sélestat. Dix minutes plus tard, trois gendarmes débarquaient dans la cour avant de partir directement voir dans le hangar de la voisine si ils trouvaient quelque chose d'anormal. Quelques minutes plus tard, l'un des gendarmes vint me voir en me disant qu'il n'y avait rien d'anormal chez la voisine, mais qu'ils allaient faire des rondes dans le village pendant la nuit, histoire de voir s'ils repéraient des rôdeurs. Ce n'est qu'à ce moment-là que je compris qu'ils avaient mal interprété mon appel : ils pensaient que j'avais entendu du bruit dehors et que je m'étais inquiétée pour ma voisine... sans savoir que le ou les intrus étaient d'abord venus chez moi. J'expliquai la situation, ce qui me valut le débarquement des gendarmes dans mon entrée pendant que j'expliquais ce qui s'était passé (les deux escaliers, le bruit que j'avais fait en montant pour prévenir l'intrus, la porte d'entrée ouverte à mon retour en haut de l'escalier...). 
Le gendarme me dit alors que j'avais eu les bons réflexes, à savoir qu'il est toujours difficile de savoir comment un intrus va réagir s'il est découvert par les habitants de la maison dans laquelle il s'est introduit. Soit c'est un cambrioleur et il fera tout pour quitter la maison sans violence, quitte à abandonner sur place les objets qu'il était en train de dérober. Soit il cherche à faire du mal et il vaut mieux éviter de se retrouver face à lui. Dans tous les cas, ce sont des tendances générales et on n'est jamais à l'abri d'un cambrioleur stressé et violent qui pourrait se mettre à frapper l'habitant des lieux juste parce qu'il aurait paniqué à l'idée d'avoir été découvert (en même temps, faut vraiment être débile pour cambrioler une maison à 21h30, alors que les lumières sont encore allumées, montrant bien clairement que les occupants des lieux sont debout...)
Pour ma part, j'avais plutôt pensé aux enfants : que faire si, en montant l'escalier, je me retrouve face-à-face avec un homme qui risque de me frapper pour pouvoir s'échapper ? Et si je me retrouvais blessée, ou pire, qui prendrait soin des enfants jusqu'au lundi suivant ? Comment prévenir mon mari si je me retrouvais dans les pommes en pleine nuit ?

En tout cas, deux mois après, je me pose toujours la question : y avait-il vraiment quelqu'un dans la maison ce soir-là ? N'ai-je pas rêvé ? Le bruit que j'ai entendu, se peut-il que ce soit simplement le grincement du lit de Noémi, que j'ai pu entendre parce que la porte de sa chambre était entrouverte ? Mais si c'est bien le lit de Noémi, pourquoi la porte menant au garage était-elle ouverte, ainsi que la porte extérieure (qui, elle ne ferme pas bien, sauf si elle est verrouillée de l'intérieur, soit dit en passant, ce qui n'était pas le cas ce soir-là) ?


En tout cas, intrus réel ou imaginé, depuis ce soir-là, la porte extérieure est verrouillée en permanence. J'ai eu bien trop peur !


Nous en sommes restés là, mais environ un mois plus tard, alors que Jean-Luc et moi nous promenions dans le village, un dimanche après-midi, nous avons vu une feuille placardée sur les panneaux d'affichage du village, un peu partout. C'était un appel à témoins émanant de la gendarmerie de Sélestat, concernant des crevaisons des pneus de six véhicules appartenant à des villageois de la rue des Francs et de la rue Saint Martin. Soit la rue qui commence une maison après la nôtre et celle qui est dans le prolongement de la rue des Francs. Interpellée, j'ai cherché la date de l'affichage... qui précisait que les faits avaient eu lieu dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 janvier, soit le lendemain de l'intrusion chez moi et, sans doute, chez ma voisine.
Était-ce une bande de voyous qui repéraient les lieux et qui avaient décidé de ne pas s'en prendre à nous parce que je les avais entendus ? Ou bien ces deux faits n'avaient-ils rien à voir entre eux ?

En tout cas, je pensais que la vie était tranquille dans un village comme Ebersheim. Je finis par croire qu'il va falloir créer une armée gobolistanaise pour défendre notre petit territoire, moi ! J'ai déjà pu embaucher sur le vif un copain ceinture noire de Kendo, armé de son sabre de combat. Et ce n'est déjà pas si mal. En attendant, heureusement, les gendarmes font bien leur travail !

1 commentaire:

Cecile a dit…

Ben dis donc,Amélie, quelle histoire !
Tu ne m'avais jamais parlé de cette histoire, vraiment très bien racontée, que je ne découvre qu'aujourd'hui !
Malgré ce fait,tu es bien entourée par des voisins attentifs (mention spéciale à Manu pour son courage !

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