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mercredi 13 février 2008

Esclavage au Gobolistan

Oui, vous avez bien lu, au Gobolistan, nous pratiquons l'esclavage. L'esclavage des lutins. Parce qu'il faut vous expliquer quelque chose que nous avons découvert il y a déjà quelques années, avec Hall, c'est que contrairement à ce qu'on pense généralement, les machines n'existent pas. En tout cas, elles ne fonctionnent pas du tout comme on le pense généralement. L'électronique n'est qu'une vaste fumisterie, ce qui fait fonctionner votre imprimante ou votre ordinateur, votre lecteur DVD ou votre machine à laver, ce n'est pas l'électronique, ni même l'électricité, ce sont des lutins. Et des lutins il n'y en a pas que dans les maisons. On en trouve aussi dans les poinçonneuses des métros (vous savez, les successeurs des Poinçonneurs de la chanson de Gainsbourg ?), dans les distributeurs de billets de banque ou de timbres à la Poste, dans les voitures, bien sûr...

Moi, je vous le dit tout net : tous ces métiers (mécanicien, informaticien...), ce sont de biens grands mots pour nous cacher la vérité : en fait, ce sont tout simplement des dompteurs de lutins qui se sont spécialisés dans les lutins de la machine à laver, de la voiture ou de l'ordinateur. La preuve, c'est qu'ils reconnaissent leur maître. Vous n'avez jamais remarqué comme un ordinateur plante souvent, et que dès qu'un informaticien arrive, tout fonctionne ? Ca m'énervait toujours, jusqu'à ce que je découvre par inadvertance l'existence des lutins. Et là, tout est devenu clair : si l'ordinateur ne fonctionne pas, c'est que les lutins sont en grève. S'il se met dans le coma, comme en 2006, c'est soit que l'émotion du mariage avec l'imprimante a été trop forte sur le coup, soit que les lutins ont fait une grève massive pour refuser ce mariage. On ne le saura jamais, parce que le docteur Kaldorion, connu en Yokotsunie pour être un très bon vétérinaire pour ordinateurs, a pu sortir les lutins du coma.

 

Ceci étant dit, nous avons en particulier au Gobolistan une machine qui fonctionne très bien : lutins obéissant au doigt et à l'oeil, jamais en grève, contents visiblement de leur sort : ceux de la machine à laver. Et je tiens ici à leur rendre hommage : ils sont entrés chez moi il y a de cela presque 9 ans maintenant, alors que j'habitais à Mulhouse, et ont accepté d'immigrer avec moi d'abord à Sélestat, puis au Gobolistan, où ils vivent toujours, et rendent toujours de bons et loyaux services. Il faut dire que nous les bichonnons : anti-calcaire pour leur assurer une durée de vie plus longue, et limiter pour eux la tâche consistant à détarter les pièces mécaniques du lave-linge, et depuis plus d'un an maintenant, noix de lavage et poudre biologique détachante, ce qui évite l'intoxication des lutins sur le long terme.
Et depuis bientôt une semaine, nous avons un autre "esclave", en la personne du lave-vaisselle. L'arrivée de cette aide indispensable maintenant a été assez épique, tout comme celle du réfrigérateur, d'ailleurs (mais c'est de l'histoire ancienne, maintenant), jugez plutôt.

Le lave-vaisselle avait été commandé début décembre 2007 (l'an dernier, quoi), auprès du même fournisseur que le four, le réfrigérateur, la plaque de cuisson, l'évier, les placards de la cuisine... histoire de ne pas perturber les lutins : auraient-ils pu s'adapter à des étrangers ? D'ailleurs, les lutins semblent être des êtres plutôt fragiles, à solliciter avec précaution, et dont il ne faut pas trop perturber les habitudes. Peut-être sont-ils en plus racistes ? Toujours est-il qu'à chaque fois que nous les avons brusqués (changement de fournisseur internet, mariage avec une nouvelle imprimante, même déplacement de la télé...), ils ont fait la grève. Bref, nous avons décidé de les ménager, et donc d'en ajouter petit à petit, histoire de ne pas modifier trop vite leurs habitudes.

Comme nous partions en vacances pour Noël, nous avons demandé la livraison pour janvier. Et le lave-vaisselle est arrivé juste après la rentrée, aux alentours du 10. Seulement, comme c'est une cuisine aménagée, il fallait l'aide d'un spécialiste pour encastrer le lave-vaisselle à l'emplacement d'un des placards. Rendez-vous a été pris, mais Gobolof étant souvent en déplacements, le temps de trouver une date commune avec le poseur, il a fallu attendre début février. La date retenue était un mardi, le 5, jour où Gobolof était présent pour aider le poseur à soulever le lave-vaisselle (c'est que mine de rien, ça pèse son poids, ces bestioles-là !). 17 heures, personne. 17h30, 18h, 18h30, toujours personne.

Gobolof appelle le magasin, et là, on lui dit que c'est le jour de congé de "Jean-Jacques", mais qu'ils se chargent de lui laisser un message, et qu'il rappellera dès que possible.

Le lendemain, mercredi 6, donc, je reçois un coup de téléphone du fameux Jean-Jacques, qui se demande pourquoi donc on a bien pu l'appeler. Je me rappelais, moi, d'un certain "Jean-Marie", et dans le doute, lui demande s'il est bien le poseur. Il me répond que non, il est vendeur, et ne comprend absolument pas de quoi je veux lui parler, ni pourquoi on lui a demandé de rappeler. Je lui explique donc la situation, que Jean-Marie devait venir poser un lave-vaisselle, et qu'il n'est pas venu, et que c'est pour cette raison que Gobolof a appelé le magasin pour savoir où il en était, et qu'on lui avait dit qu'il était en congé, et qu'il rappelerait le lendemain. Erreur sur la personne, donc. Mais Jean-Jacques a été très gentil : il a lui-même appelé Jean-Marie, et lui a demandé des explications, et lui a demandé aussi de nous appeler directement pour prendre un autre rendez-vous.

Deux heures plus tard, Jean-Marie téléphone, s'excuse pour nous avoir posé un lapin la veille, explique qu'il avait totalement oublié, et demande s'il peut venir le lendemain, jeudi 7.

Ah que OUI !!!!

Jeudi 7, donc, vers 17 heures, Jean-Marie arrive, est accueilli par Gobolof, et installe en moins de temps qu'il ne faut pour le dire notre nouveau lave-vaisselle.

 

Mais les aventures ne sont pas finies pour autant ! Parce qu'un lave-vaisselle, c'est bien. C'est encore mieux s'il fonctionne. Et pour faire fonctionner un lave-vaisselle, il n'y a pas 36 solutions. Il faut de la vaisselle à laver (ça, y'en a, pas de souci), et il faut du produit pour laver la vaisselle dans le lave-vaisselle. Parce que non, il ne suffit pas de verser du liquide vaisselle dans le bac, c'est comme une machine à laver, y'a des particularités.

Fin janvier, toute contente d'avoir presque un lave-vaisselle, j'étais allée au magasin acheter des pastilles à mettre dans la machine. Devant la variété des produits, je me suis demandé lequel je devais prendre, et j'ai fini par prendre le moins cher, en me disant que si ça ne convenait pas, il vallait mieux avoir perdu 3,49€ que 10€.

Le 7, Jean-Marie repart après avoir installé le lave-vaisselle et expliqué à Gobolof qu'il fallait utiliser un sel régénérant, un liquide de rinçage, et un produit détergent. Et qu'il existait maintenant sur les rayonnages des magasins des pastilles qui faisaient tout en même temps, et qu'il n'y avait qu'à en mettre une dans le compartiment prévu à cet effet, et à mettre le lave-vaisselle en marche. Et pour preuve, il nous laisse un échantillon : deux pastilles, deux machines.

Question : les pastilles que j'ai achetées fonctionnent-elles comme ça ou pas ? Il est 18h45 ce jeudi soir. Je prend le téléphone pour appeler le service consommateur de la marque qui fabrique les pastilles que j'ai achetées 2 semaines auparavant, et là, je tombe sur un répondeur : "Nos services sont ouverts du lundi au vendredi, de 9 heures à 18 heures sans interruption" (ben voyons...) "En cas d'urgence, vous pouvez appeler le...". Je fais donc le numéro : c'est un cas d'urgence : avec quoi vais-je donc faire ma vaisselle ce week-end ???

Et là, on me répond : "Madame, pour ce renseignement, vous devez appeler l'autre numéro, nous n'avons pas les fiches techniques de tous les produits que nous fabriquons, nous ne sommes qu'un service d'urgence". Bon, va donc falloir que je trouve un créneau entre mon stage et les enfants à déposer à l'école demain, dernier délai.

Vendredi 8, je pars pour mon stage, avant 9 heures parce que je dois aussi passer au service de l'éducation inscrire les enfants au centre de loisirs, et ça urge : ça commence lundi, et le service est fermé à 17 heures le vendredi, et toute la journée le samedi : c'est maintenant ou pas du tout.

Pause déjeuner : je termine à 13h30 pour reprendre à 15 heures : chouette, j'ai le temps de rentrer déjeuner, NE PAS OUBLIER D'APPELER LE SERVICE CONSOMMATEURS !!!!

14 heures : je téléphone au numéro que j'ai déjà appelé la veille, et là, le monsieur qui me répond n'a pas la fiche sous les yeux, mais qu'il va me rappeler.

14 h 30 : coup de téléphone : "Non madame, vous ne pouvez pas utiliser ces tablettes seules, il faut ajouter un liquide de rinçage et un sel régénérant".
Zut alors, va falloir aller faire les courses.

Samedi matin : j'ai les trois enfants en garde. Je prends tout le monde, et on embarque pour le supermarché, avec la boite de pastilles. Parce que je ne vais pas me compliquer la vie à vérifier à chaque machine le niveau de liquide et de sel. Je vais rendre la boite et en acheter une "tout en un", ce sera plus simple. Seulement, j'ai laissé passer la date : 15 jours pour le remboursement, et ça fait maintenant 19 jours. Tant pis, je la rends quand même, ce sont des produits dangereux, et BBK ne fait pas encore la différence, et a tendance à tout goûter. En plus, ce sont des pastilles en sachet hydrosoluble : il suffit donc qu'un enfant bave dessus pour que le produit sorte de son emballage...

J'arrive au magasin, je dépose ma boite devant la préposée à l'accueil, et lui explique la situation : "voilà, je me suis trompée de produit pour ma machine, et j'ai dépassé la date, ça fait 19 jours, donc, je ne serai pas remboursée, mais je m'en fiche : j'ai trois jeunes enfants, alors je ne peux pas me permettre de garder les pastilles à la maison, c'est trop dangereux".

"Vous avez la carte fidélité ? Vous avez le ticket de caisse ?"

"Euh... oui !"

"Je vais vous faire un avoir".

(bon, j'avais rien demandé, cette fois. La dernière fois, j'étais venue furax parce qu'ils m'avaient vendu une pâte à tarte périmée depuis 10 jours déjà, et je ne m'en étais rendu compte qu'au bout de trois jours, mais c'était trop tard : "les produits frais, c'est 48 heures !", cette fois-ci, la même me rembourse sans que je ne demande rien... ça c'est de la psychologie ! Va falloir qu'on m'explique, là... Mais je ne vais rien dire, hein, pas folle, la guèpe !).

Je repars donc avec mes trois enfants, mon caddy, et sans ma boite de pastilles, je fonce au rayon lessives/produits d'entretien, et ô miracle, je tombe sur les mêmes pastilles que celles que le poseur nous a laissées en échantillon ! Bon, d'accord, elles sont trois fois plus chères que les premières que j'avais achetées, mais pour celles-là, il fallait deux autres produits avec, alors que les plus chères fonctionnent seules ! Chouette, je prends !

 

Retour au Gobolistan : la vie a changé !

 

La présence d'un lave-vaisselle dans une maison, c'est certes des problèmes d'approvisionnement de pastilles en vue. C'est aussi la fin des discussions avec les copains autour de l'évier, un torchon à la main. C'est la fin de la convivialité dans la cuisine, mais faut voir le bon côté des choses : la vaisselle à la main pour 5 personnes, ce sont deux heures par jour perdues. Vous imaginez ce que ça fait au bout d'une semaine ? 14 heures ! Et au bout d'un mois : 48 heures ! Plus qu'une semaine de travail à temps plein ! Sans compter l'eau, la casse...

Et puis, il suffit de changer un peu ses habitudes : au lieu de papoter autour de l'évier un torchon à la main, désormais, on pourra papoter sur le canapé, un verre ou une tasse à la main. Le bonheur, quoi !

(j'vous avais bien dit que les relations au Gobolistan allaient changer durablement !) (voir épisode précédent)

 

lundi 11 février 2008

Politique de l'emploi au Gobolistan


 

Le Gobolistan est, comme chacun sait, une toute petite entité territoriale située en Alsace centrale (au cœur de l’Alsace, donc), elle-même située certes sur les franges de la France, mais au centre de l’Europe (ou à peu près). On peut donc presque dire que le Gobolistan est au centre de l’Europe. Non, vous avez raison, si c’est pour dire des évidences pareilles, ce n’est pas la peine de l’écrire dans un blog : tout le monde le sait déjà. Seulement, le propos n’est pas uniquement là : il consiste aussi à dire que cette position centrale fait que finalement, nos us et coutumes ne sont pas fondamentalement différents de ce que sont les us et coutumes de nos voisins : au Gobolistan aussi, on fête Noël et Pâques, on se promène, on envoie les enfants à l’école, on se pose des tas de questions en ce qui concerne la garde des enfants pendant que les parents travaillent… et on a des contraintes que rencontrent tous les foyers du monde : quid des tâches ménagères ????

 

Au Gobolistan, comme un peu partout désormais (du moins j'ose l'espérer...), nous avons opté pour un partage plus ou moins équitable en fonction du temps dont dispose chacun.

Nous avons donc, en lieu et place de l’ancienne « mère au foyer, cent professions », un « père semi-au-foyer-beaucoup-de-professions », et une « mère semi-au-foyer-beaucoup-de-professions-également-mais-pas-les-mêmes-que-le-père », certes plus complexe à définir, mais ayant le mérite de permettre à la maman de faire autre chose que de s'occuper exclusivement de la maison et des enfants.

 

Pour Gobolof-Jean-Luc, ça se traduit donc par les professions suivantes :

-         Electricien (je suis trop petite, même sur un escabeau, pour atteindre les ampoules de la cage d’escalier, c’est donc lui qui se charge de les changer quand elles cassent)

-         Eboueur (attention, c’est plus difficile qu’il n’y paraît : il faut ne pas se tromper lors du tri, sortir la bonne poubelle le bon jour, etc.)

-         Facteur (c’est en général lui qui va porter le courrier à la Poste, quand ce n’est pas moi).

-         Educateur spécialisé

-         Chauffeur-livreur (et pas uniquement dans le cadre de son travail rémunéré de viticulteur)

-         Technicien de surface (anciennement « femme de ménage », mais comme c’est un homme, il faudrait dire « homme de ménage », et comme ça sonne « bizarre », on va dire « technicien de surface », je ne vous explique pas en quoi ça consiste)

-         Bricoleur tous azimuts

-         Bâtisseur (oui, il a monté des murs, et transformé des pièces qui n’en étaient pas en salle de jeu, buanderie, entrée…)

-   Donneur de bain (oui, c'est surtout lui qui s'y colle le soir, pendant que j'occupe la fonction "cuisinière en chef" au rez-de-chaussée, sauf quand il est en déplacements, logique.)

-   Conteur (le soir, le jour, et en relation étroite avec Gobol)

 

Pour Amélie-Gobol, nous avons donc :

-         Lingère (lessive, repassage (naaaaannn ! c'est pas vrai : j'ai toujours trouvé des excuses pour ne pas repasser : j'aime pas ça !!!), étandage, pliage, rangement dans les armoires)

-         Educatrice spécialisée

-         Rédactrice en chef du présent blog et du magazine d’information annuel du Gobolistan

-         Agent administratif multi-tâches du Gobolistan

-         Infirmière (oui, les enfants se font des bosses, sont malades (Gobolof aussi d'ailleurs), ont des traitements à prendre...)

-         Plongeuse (Gobolof est allergique à la vaisselle...)

-         Cuisinière en chef (bon d'accord, Gobolof aussi met la main à la pate, mais de moins en moins depuis que j'ai appris à cuisiner, ce qui n'était pas du luxe)

-         Préposée aux courses (celles qu’on fait au supermaché, pas celles qui ont lieu sur les hippodromes)

-         Factrice (quand ce n'est pas Gobolof qui s'y colle)

-         Enseignante (ça va se corser rapidement, surtout quand Gobolovna sera au CP, et surtout en Allemand...)

-         Préposée au rangement (Vous savez, l'impression de refaire les mêmes gestes dix fois par jour...)

-   Chauffeure : oui, aussi : mais pas vraiment livreure : en fait, il s'agit essentiellement des trajets maison-école, et école maison, quelle que soit la nature de l'école (école maternelle, de musique...)

-   Comptable (oui, les comptes de la maison, faut les faire aussi...)

-   Conteuse (le soir, le jour, et en relation étroite avec Gobolof)

 

Eh oui, et ça, ce ne sont que quelques-uns des « métiers » des deux adultes Goboloviens. Ils ressemblent certes à ceux de tout parent consciencieux, et nous sommes heureux de constater que pour notre part, ils sont partagés…

Bon, ok, ce n'est pas fondamental de savoir ça, évidemment. Et puis, il y a sans doute des personnes qui lisent ceci et qui s'en fichent éperdument de savoir qui fait la vaisselle, et qui fait le ménage. Oui mais voilà, il y a très peu de temps, nous avons connu un changement radical au Gobolistan. De quoi bouleverser durablement les habitudes établies depuis plus de 6 ans dans notre petit état autonome.

 

Vous en saurez plus au prochain épisode...