Il y a environ trois mois, je vous parlais ici même de mes essais un tantinet foireux concernant mon récurrent problème de règles trop abondantes et trop longues. Alors on est bien d'accord, il s'agit ici d'un problème très personnel dont on parle très peu, sans doute à cause de la gêne occasionnée. Les règles, l'intimité, la sexualité, tout ça, c'est un peu tabou, vous ne me ferez pas croire le contraire.
Eh bien j'ai décidé de lever le tabou, parce que ce qui m'est arrivé est absolument gigantesque, merveilleux, tout bonnement incroyable, et que je ne peux qu'y croire, justement.
J'ai été guérie. Si. Je vous raconte.
Tout s'est déclenché quelques jours seulement après le billet que j'ai écrit en novembre. Donc, je prenais mes tisanes, en essayant diverses choses qui me permettraient de vivre de manière normale au quotidien, surtout au boulot. Parce que pour dire les choses crument, des règles hémorragiques de 17 jours, c'est assez galère au quotidien. Du genre : vous êtes en réunion, et vous vous demandez toutes les 10 secondes si ça n'a pas "débordé", comme d'une couche de bébé. Ou bien vous vous levez toutes les 3 minutes pour vérifier l'état de la chaise sur laquelle vous êtes assise, chaise qui, bien sûr, est recouverte, comme de juste, d'un magnifique tissu bleu rembourré, et donc impossible à lessiver correctement. Et là, bonjour la honte si tous les mois, il faut aller voir la directrice en lui disant : "désolée, faut encore changer la chaise...".
Bref, c'est assez galère, donc. Et fatigant aussi, ça va sans dire. Parce qu'au bout d'un moment, les réserves en fer, contenues dans le sang, paraît-il, s'amenuisent dangereusement. Du coup, la tisane à la valériane, c'est bien : ça oblige à se coucher tôt. Mais ce n'est pas viable non plus à long terme.
Ce qui m'embêtait le plus, là-dedans, c'était finalement d'être sous somnifère en permanence, et de ne pas savoir si mes règles allaient ou non se terminer un jour. Avais-je un "stock" de sang à évacuer tous les mois, auquel cas ça durerait autant de temps qu'il le fallait pour que tout soit parti, ou bien était-ce lié au temps, auquel cas ça durerait aussi jusqu'à ce que l'échéance soit passée ? En bref, j'en étais arrivée à me demander si, chez moi, le cycle ne s'était pas totalement inversé, avec trois semaines de saignements pour une sans...
Pas bien réjouissant, hein ?
Et puis il s'est passé un truc bizarre, mais magnifique. Le 8 novembre, 17e jour de saignements ininterrompus ou presque (à cause des tisanes que j'avalais depuis déjà deux semaines), j'étais au travail, et le soir, il y avait une veillée de prière dans le nord de l'Alsace. Ayant épuisé ma 7e serviette hygiénique de la journée à 16 heures et étant à court de munitions, j'ai jeté l'éponge et dit à ma collègue que je rentrais à la maison. J'en avais plus que marre, j'étais incapable de me concentrer, alors je suis rentrée. Évidemment, dans le train, je n'ai pas osé m'asseoir, de peur de laisser une trace de mon passage. La contrôleuse m'a bien regardée de travers, dans le train de 16h15, vide, avec moi debout entre deux wagons, un livre à la main, mais elle n'a rien dit. Je me suis d'ailleurs fait un film assez marrant en imaginant quelles pouvaient être les réflexions qu'elle se faisait en me voyant bouder un wagon entièrement vide, alors que le matin, il faut se battre pour trouver une place assise... Je suis allée comme ça jusqu'à Sélestat, et arrivée à la maison, j'ai commencé par une bonne douche bien méritée. J'étais contente d'être venue à pieds, tiens ! Ça m'a évité de salir la voiture... (toujours voir le bon côté des choses, c'est important pour le moral).
Une bonne heure plus tard, vers 17h30, nous sommes partis, Jean-Luc, les enfants et moi, pour Walbourg, dans le nord du nord de l'Alsace, pour la veillée de prière. J'avais bien sûr pris de quoi me changer, au cas où... et je n'en ai pas eu besoin.
Parce que durant la veillée, qui a commencé un peu après 19 heures, je suis tombée à genoux devant le Christ, devant le Saint Sacrement. Et je l'ai supplié de m'aider.
Je lui ai demandé de me guérir, si telle était sa volonté, et si sa volonté n'était pas que je guérisse, qu'au moins il me donne une explication, histoire que je puisse comprendre et supporter le calvaire que je vivais (bon d'accord, c'est pas la mort, mais ce n'est pas non plus une partie de plaisir. Et c'est surtout épuisant moralement et physiquement, et j'ai besoin de toute mon énergie pour assumer au quotidien.).
Eh bien figurez-vous qu'en rentrant à la maison, vers 23 heures, je me suis rendu compte que ma serviette était sèche ! Alors que j'avais eu une véritable hémorragie dans la journée, tout était terminé le soir même ! Du jamais vu chez moi (parce que même quand ça s'arrête, ça met trois ou quatre jours d'habitude). Bref, incrédule, j'ai attendu le lendemain : même chose. Plus rien.
Évidemment, j'ai passé un bon moment dans l'oratoire de notre chambre pour remercier le Seigneur de m'avoir écoutée, et surtout exaucée !
Il restait une inconnue : étais-je réellement et définitivement guérie, ou bien les saignements avaient-ils cessé pour ce mois-ci et reprendraient-ils de la même manière le mois suivant ?
27 jours plus tard exactement, le 5 décembre, rebelote. Le premier jour étant à peu près normal, je me suis dit que c'était bon, que j'étais guérie. Mais le deuxième jour, le mardi 6, les saignements étaient de nouveau très abondants. Ce même soir avait de nouveau lieu une veillée, à Sélestat cette fois-ci. J'y suis bien sûr allée, et au bord de la crise de larmes, j'ai supplié Jésus dans le Saint Sacrement de ne pas m'abandonner. Je lui ai dit que je ne pensais pas qu'il était du genre à donner de faux espoirs, et que quand il avait guéri des gens, l'aveugle Bartimée, par exemple (c'était le texte choisi pour la veillée), ce n'était pas à moitié...
Deux jours plus tard, c'était terminé.
J'étais guérie.
Début janvier, retour des règles. 4 jours et demi. Du jamais vu en ce qui me concerne.
C'est pas beau, ça ?
Donc, je ne peux maintenant que témoigner. Dire que tout cela, ce n'est pas du chiqué, ce n'est pas non plus inventé. C'est du vécu, du vrai, de l’inexplicable. Mais réel.
Si j'en suis venue à m'en remettre totalement à lui, c'est qu'avant, le 18 octobre, j'avais fait retirer le stérilet qui me permettait justement de vivre sans ces hémorragies. Alors, vous allez me dire : "Pourquoi as-tu voulu te passer de stérilet si ça te permettait de ne plus saigner ?"
Judicieuse question, je vous l'accorde. Ça aurait été en effet bien plus simple.
Sauf que les médecins ne le disent pas, mais les stérilet hormonaux jouent avec l'humeur et la personnalité de celles qui les portent. En l'occurrence, dès que j'ai fait retirer le stérilet, j'ai eu la sensation d'être enfin libre, comme si on m'avait sortie d'un carcan qui me tenait enfermée depuis si longtemps que je ne me rendais même plus compte de son existence. Mais aussi, et surtout, j'ai commencé à voir les choses différemment. Le stérilet, comme son nom l'indique, rend "stérile". Ce n'est pas rien. Je suis maman, certes, et de trois enfants. Et nous n'envisageons pas la venue d'un quatrième. Mais j'ai toujours eu du mal à me sentir mère, et encore plus depuis que j'avais ce truc dans le ventre. Comme si la stérilité provoquée me rendait inapte à accueillir mes enfants, déjà là, et anesthésiait ma capacité à être pleinement mère.
Je voudrais pouvoir crier à toutes celles qui prennent la pilule, qui sont sous stérilet ou implant, pour des raisons pratiques, que ce n'est pas une bonne solution. Qu'un stérilet en particulier inhibe la femme et peut la rendre inapte à l'accueil de la vie, et pas seulement d'une vie nouvelle, mais aussi de celle(s) qui est(sont) déjà là. Le stérilet hormonal, comme son nom l'indique, fonctionne exactement de la même manière qu'une pilule. Sauf que c'est plus retors qu'une pilule. Parce que là, le stérilet est implanté dans l'utérus, et délivre sa dose d'hormones en continu, sans aucune pause. C'est redoutablement efficace. Même si ce n'est pas à 100% (aucune méthode contraceptive n'est efficace à 100%), le stérilet a un effet psychologique important et indéniable. Il régule les hormones féminines en permanence, alors que justement, ce qui fait la spécificité de la femme par rapport à l'homme, c'est que le taux d'hormones varie au cours du cycle. Alors bien sûr, il faut tenir compte des sautes d'humeur, des fatigues périodiques. Mais le stérilet m'a a posteriori donné l'impression de m'avoir transformée en machine. Et je n'ai pas aimé ça...
Je voulais juste vous livrer ce témoignage, même si cela va en surprendre quelques-uns. Sans doute y aura-t-il beaucoup d'incrédules, sans doute aussi me prendrez-vous pour une illuminée, une masochiste ou une dingue. Peut-être. Mais quand le Seigneur fait des merveilles, et que tant d'autres femmes sont enfermées comme je l'ai été, comment me taire ?
Merci d'avoir lu jusqu'au bout, si toutefois vous êtes arrivés jusqu'ici !





















